Monsieur Boris Vallaud

L’ombre des Landes.

Chers Lecteurs,

Dans la continuité de la série de portrait Dans l’ombre des Présidents, un nouveau personnage vient s’immiscer dans la galerie des portraits qui jalonnent la présidence de la République française.

Après des années passées dans les Cabinets préfectoraux, il rejoindra le ministère de l’Économie. Ce qui l’emmènera dans l’ombre des présidents en devenant secrétaire général adjoint de la présidence de la République sous la présidence de Monsieur François Hollande. Il prendra ensuite le chemin laissé par Henri Emmanuelli dans les terres des Landes, faisant son entrée dans l’Hémicycle national du Palais Bourbon en 2017.

Suite à l’élection d’Olivier Faure à la tête du Parti Socialiste, en 2018, il deviendra porte-parole du Parti et responsable du Projet.

Je vous laisse découvrir ce nouveau portrait avec le député de la 3ème circonscription des Landes, porte-parole du groupe Socialistes et apparentés : Monsieur Boris Vallaud !

Monsieur Boris VALLAUD
M. Boris Vallaud, député de la 3° circonscription des Landes –  ©M. Mathieu Delmestre.

Compte-tenu du contexte pandémique que nous connaissons, la réalisation de ce portrait avec Monsieur Boris Vallaud a été réalisé dans un café parisien, avec les règles de distanciations sociales en vigueur, le 21 juillet 2020.

Bonne lecture !

@romainbgb – 30/07/20

 

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Biographie de Monsieur Boris Vallaud :

*1975 : Naissance à Beyrouth (Liban).

Titulaire d’une Maitrise en droit public.

*2000 : Diplômé de l’Institut de Sciences Politique de Paris.

*2002-2004 : diplômé de la promotion Léopold Sédar-Senghor de l’École Nationale d’Administration.

*2005-2006 : directeur du cabinet du préfet du Gard.

*2006-2008 : secrétaire général de la Préfecture des Landes.

*2008-2012 : directeur général des services du conseil général de Saône-et-Loire.

*2012-2013 : conseiller du ministre de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique, Arnaud Montebourg.

*2013-2014 : directeur du Cabinet du ministre de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique, Arnaud Montebourg.

*nov.2014-dec.2016 : secrétaire général adjoint de la Présidence de la République.

*dec.2016-mai 2017 : conseiller du Président de la République, François Hollande.

*juin 2017 : élu député de la 3ème circonscription des Landes. Porte-parole du groupe Socialiste et apparentés.

*avril 2018 : nommé Porte-Parole et responsable du Projet du Parti Socialiste.

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Une observation sur la France et ses institutions ?

« Je serais tenté de vous faire une réponse ambivalente. D’un côté, il y a des miracles qui s’accomplissent quotidiennement, des tours de force dont on ne prend plus guère la mesure : on reçoit des milliers d’enfants dans nos écoles, on soigne des centaines de milliers de personnes chaque jour, chaque semaine. On assure la sécurité des Français en tout point du territoire et en toute circonstance, même si des événements dramatiques peuvent survenir, comme les attentats de 2015. L’État est une machine qui se met en branle. C’est vraiment l’État en majesté et en puissance.

« De l’autre, il y a une forme d’impuissance à saisir les choses, à inverser leur cours, à affirmer des choix. Mon sentiment, c’est que cette impuissance s’est nichée, décennie après décennie, à la confluence de deux choses : nous surestimons les contraintes d’une part, nous consentons à notre propre impuissance d’autre part. Nous nous sommes donnés des camisoles à nous-mêmes, de toutes natures : des autorités administratives indépendantes (à quelques rares exceptions comme le Défenseur des droits) aux traités de libre échange, en passant par le droit de la concurrence…

« La question qui se pose aujourd’hui aux décideurs publics, et singulièrement à la faveur de la crise de la Covid et de ce qu’elle a révélé de nos vulnérabilités, c’est celle du retour de la puissance publique, notamment dans un rapport de force avec la puissance privée. Ce retour de la puissance publique pose la question de la place de l’État (de sa nature et de sa forme), de la souveraineté (entendu précisément comme une capacité à agir) mais aussi de la démocratie qui manque cruellement de vitalité. Ce retour de la puissance publique, c’est évidemment aussi le retour de la politique : faire des choix, affirmer un chemin, changer la vie…

« La crise du COVID nous met au seuil de cette réflexion parce que l’État y est apparu dans toute son ambiguïté. La pièce est en l’air, il ne tient qu’à nous qu’elle retombe du bon côté. »

Que retenez-vous de votre expérience de secrétaire général adjoint à l’Élysée ?

« Ce que je retiens, c’est précisément cette ambivalence et la conviction que l’exercice de l’État c’est la nécessité de résister à la fatalité et à la facilité. On vous donne toujours mille raisons pour que ce que vous proposez se heurte à tout un tas d’impossibilités. Aux collaborateurs qui vous expliquent pourquoi ça n’est pas possible, j’avais souvent pris l’habitude de dire “revenez en m’expliquant comment cela peut être possible”. Aux gouvernants, il appartient de résister souvent à leurs administrations, pour ne pas être gouvernés par elles et ne jamais sur-intégrer les contraintes. L’État en définitive peut beaucoup. »

Vous aviez déjà ce sentiment-là quand vous étiez au ministère de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique auprès d’Arnaud Montebourg ?

« Oui, naturellement, surtout dans un domaine aussi sinistré que l’industrie. La désindustrialisation est d’ailleurs une forme de résumé saisissant de cette impuissance, de cette perte de maîtrise de notre destin, en même temps que le terrain privilégié de sa reconquête. On avait le sentiment d’une fin de l’histoire commencée avec le démantèlement de la Compagnie générale d’électricité, sa vente à la découpe et tout le délire de la “France sans usine”. On arrivait au bout de l’impasse avec la conviction qu’il fallait tout reprendre. C’est dur, c’est long, mais c’est nécessaire et c’est possible. Avoir une politique industrielle, c’était déjà l’affirmation d’un retour de la politique dans une matière qu’on avait abandonné à la loi mortifère de la libre concurrence et à la mondialisation déloyale. »

Ce qui nous amène à la place du parlement au sein de la 5ème République.

« Oui, les sujets sont liés. Une démocratie forte est une condition de la puissance publique. J’avais la connaissance théorique de la place du parlement dans notre système institutionnel mais en devenant député, j’en ai eu la connaissance pratique et mon constat est assez dur : nous sommes un parlement très faible dans une grande démocratie, cela nourrit autant l’impuissance politique que la perte de confiance. Le cœur du pouvoir n’est pas là et c’est à mon sens un problème pour surmonter les défis considérables qui nous font face.

« La Vème République est à bout de souffle. Il faut une réforme institutionnelle qui redonne de la vitalité à la démocratie, c’est-à-dire du point de vue qui est le mien, qui redonne une place éminente au Parlement. La dérive de la Vème République, le quinquennat, l’inversion du calendrier électoral, la faiblesse des prérogatives du parlement, tout a déjà été parfaitement diagnostiqué… mais la pratique personnelle du pouvoir par le Président Macron a sans aucun doute aggravé le déséquilibre institutionnel.

« La figure présidentielle est devenue dévorante, responsable de tout et pourtant constitutionnellement responsable devant personne ; elle efface les corps intermédiaires et postule un dialogue direct avec le peuple. Simplisme politique et institutionnel dangereux selon moi. Pour ma part, je crois à la sophistication du régime parlementaire, avec beaucoup d’élus et une part de proportionnelle, un parlement ayant vraiment des prérogatives et qui retrouve de la puissance, de la légitimité, de l’intérêt, du pluralisme et de la diversité. Qui a envie de venir siéger dans un parlement qui finit par devenir une chambre d’enregistrement ? Il faut un parlement qui donne beaucoup de pouvoir aux oppositions.

« A la fin il y a le fait majoritaire, très bien, mais des pouvoirs d’investigations, de contrôles, d’enquêtes, d’initiatives ; une meilleure maîtrise de l’ordre du jour. Que les pouvoirs du président soient entre les mains du Premier ministre, que celui-ci procède de la majorité parlementaire.

« Et, évidemment, il faut se poser la question de la place des citoyens. La convention citoyenne est intéressante mais reste dans une forme d’ambiguïté sur son positionnement. D’ailleurs elle a été partagée entre l’idée de renvoyer toutes ses décisions au référendum, les  renvoyer à l’Assemblée ou les assumer politiquement ? Il faut à mon avis que cela soit institutionnalisé, par des processus, et que tout aboutisse au parlement. Que des conférences de consensus puissent nourrir le travail parlementaire mais qu’à un moment donné, s’il y a une responsabilité politique à avoir, elle doit s’assumer. La façon dont elle s’assume le mieux, c’est au moment où on la défend devant des électeurs qui décident de vous donner, ou non, leur confiance. »

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M. Boris Vallaud, député de la 3° circonscription des Landes –  ©M. Mathieu Delmestre.

Comment percevez-vous votre travail de député de la 3ème circonscription des Landes à l’Assemblée nationale ?

« Être élu est une expérience singulière, on parle au nom de celles et ceux que l’on représente et on assume personnellement les choix que l’on fait. On s’appuie sur ses convictions et ses valeurs mais parfois on doute, on s’interroge, on se trompe aussi, alors il faut toujours se poser cette question simple : est-ce que c’est juste ? Et toujours ramener ses choix à ce que vous entendez sur le terrain et dans votre permanence. Ne jamais oublier pour qui on est là. »

Ce qui ajoute la complémentarité avec votre rôle de porte-parole du groupe socialistes et apparentés dans l’hémicycle.

« Être porte-parole, c’est porter la parole d’un groupe politique et heureusement que l’on a des positions qui sont largement communes au groupe socialiste, sinon l’on ne serait pas ensemble [Rires]. On porte la parole. Après, il faut l’expliciter, lui donner une forme. »

Vous êtes nommé porte-parole du Parti Socialiste en 2018. Vous êtes également responsable du Projet. Comment vivez-vous cette expérience ?

« C’est à la fois passionnant, cette exploration des sujets, leur confrontation à notre histoire à notre philosophie politique et aux réalités du présent, mais c’est aussi frustrant de se heurter souvent à l’indifférence médiatique, à l’immédiateté de l’actualité, à la caricature des réseaux sociaux…

« On intéresse plus facilement à l’écume des choses qu’à la profondeur de ce que l’on fait. C’est une frustration permanente. Ce qui fait que parfois l’on se pose la question de son utilité et capacité à faire bouger les lignes : est-ce qu’il ne vaut mieux pas être un artiste engagé, un intellectuel ou chercheur qui fait avancer le débat public, une ONG qui défend une cause ? Ce qui ramène toujours à ce qu’est le parlement aujourd’hui. Il vaut mieux être un parlementaire britannique ou allemand. Nous, on est dans un régime qui, du point de vue de la vitalité démocratique, est devenu très insatisfaisant. »

Ce qui fait rebondir sur le fait de savoir si le petit Boris avait déjà cette envie de se lancer dans la politique ?

« Les débats publics, politiques, ont toujours bercé mon enfance : j’ai des parents historiens et professeurs et qui, sans avoir été engagés dans des partis politiques, ont toujours eu une conscience politique forte. Et dans mes engagements professionnels, j’ai trouvé du sens à être fonctionnaire. Cela m’a plu. Après, non, “la politique” n’est pas du tout un rêve d’enfance. Vous le lirez partout mais je voulais être cuisinier. Je n’ai absolument pas renoncé à cette idée. »

J’ai lu que vous étiez l’un des rares, à la sortie des bancs de l’École nationale d’Administration, à vouloir aller directement sur le terrain dans l’administration ?

« Disons que je n’avais pas du tout envie d’aller en administration centrale en sortant de l’ENA. En fait, je vais vous dire, si je n’avais pas eu l’ENA, je ne l’aurais jamais représenté. J’aurais fait complètement autre chose. »

Quel regard portez-vous sur la pandémie mondiale qui nous touche ?

« La pandémie elle-même, je pense qu’il faut être modeste sur ce que les uns et les autres auraient pu faire ou auraient fait étant aux responsabilités. Ce que je peux dire c’est que l’on aura des leçons à en tirer, c’est sûr. C’est l’objet de la commission d’enquête à laquelle j’appartiens.

« Une leçon, c’est que, notamment en matière de communication, elle ne peut pas être variable et dépendante du stock de masques et/ou de la capacité à faire des tests. Se fait aussi jour la question de la confiance dans la parole publique, du lien avec l’expertise scientifique et avec la science elle-même. Il y a des choses extrêmement intéressantes qui ont émergé cela dit quand même. Cette espèce d’inversion des priorités : la vie avant le profit. Ça rappelle un slogan mais on l’a vue, l’inversion de la hiérarchie des valeurs. Cela rejoint certains sujets sur lesquels on travaillait déjà avant la Covid, comme les écarts de rémunérations. Pourquoi les petits salaires augmentent-ils si peu quand les grands salaires augmentent autant ? On nous parle du coût du travail, on a surtout un problème avec les gros salaires qui n’en finissent pas d’augmenter. C’est cette inversion des hiérarchies qui est en question.

« On a vu aussi ce retour du care, que l’on avait moqué mais qui est une réalité. L’attention aux autres. Le soin. Qu’est-ce qui est important ? Au fond, on redevient dans la crise ce que le bébé humain est à la naissance, vulnérable. On a fait l’apprentissage d’une vulnérabilité considérable. C’est tout cela qui doit nous interroger dans “le monde d’après”. Tout en ayant bien conscience que tout le monde n’a pas vécu la même crise selon que l’on ait été confiné dans une maison à l’Île de Ré ou dans un logement exigu.

« Je pense qu’à certains égards, il y a une forme d’ultimatum. Il y a la nécessité sans relâche de se battre sur les inégalités, encore plus insupportables durant la crise du covid. Ma conviction reste que l’on ne manque pas d’argent. Il faut sonner la fin de la guerre de sécession. Le libéralisme nous réduit chacun à un atome. Quand on parle de commun, c’est d’abord nous et comment on réduit les inégalités, les écarts, les fractures. Voilà un peu la leçon de la pandémie. »

Quel est votre rapport avec les réseaux sociaux ?

« Aucun, parce que je ne les ai pas installés sur mon téléphone ! J’ai un regard très distant par rapport aux réseaux sociaux. Ce qui est sans doute une erreur. J’y suis, mais je ne vais jamais les regarder. C’est mon collaborateur qui fait l’interface et filtre. C’est lui qui fait la veille. Sinon je considère, à bien des égards, que c’est trop souvent une décharge à ciel ouvert ; des tombereaux d’insultes, de harcèlements, de haine, d’intox etc… Je m’épargne tout cela. »

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Un grand merci à Monsieur Boris Vallaud pour sa participation et sa bienveillance dans la réalisation de ce portrait.

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