Monsieur Éliot Blondet Flament

Un œil photographique :

Chers Lecteurs,

Dans un monde de l’image et de la communication omniprésentes, je vous invite à découvrir une nouvelle personnalité dans ma galerie de portraits.

L’envers du décor est une fois de plus présent avec la présence de la photographie. Je vous invite à partir à la rencontre d’un jeune érudit qui nous laisse entrer dans son monde et son univers, le temps d’un bavardage à ses côtés. On ressent l’impact de l’image et du message photographique qui se glisse dans ses photographies. Le message et l’œil photographique qui s’expriment au travers de la signature de l’artiste.

Celui qui a connu dans un premier temps le milieu sportif au sein de la Fédération française d’Escrime en photographiant les déplacements des coupes du monde et d’Europe marquera son empreinte. Le regard social passe par là aussi. C’est en photographiant les migrants à Calais pendant la Coupe d’Europe de Football en 2016 que l’agence de Presse ABACA le remarque et l’engage comme photojournaliste au sein de ses équipes.

 

Je vous laisse découvrir le portrait d’un jeune photojournaliste : Monsieur Éliot Blondet Flament !

Monsieur Éliot Blondet Flament

Compte-tenu des règles sanitaires que nous connaissons, la réalisation de ce portrait a été réalisé lors d’un appel téléphonique le 04 octobre 2020.

 

@romainbgb – 14/10/20

 

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Biographie de Monsieur Éliot Blondet Flament :

*1994 : naissance à Paris.

*2013 : Obtention du Baccalauréat, série sciences économiques et sociales.

*2013-2015 : BTS de Photographie à CE3P à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).

*2015-2016 : Master de Photographie à l’École Nationale Supérieure Louis Lumière à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

*depuis janv.2016 : photojournaliste auprès de l’agence de Presse ABACA.

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A quoi rêvait le petit Eliot lorsqu’il était enfant ?

« A l’époque je voulais devenir marin pêcheur. La photographie c’est venu beaucoup plus tardivement parce que mon grand-père maternel était photojournaliste.

« C’était quelque chose dont on n’avait jamais parlé. C’est vraiment pendant mes années de lycées, quand j’ai commencé à m’intéresser aux problématiques sociales, aux questions politiques à travers les options que j’avais pris. En fonction de comment on grandit, on s’intéresse à plus de choses. C’est venu tout doucement de me mettre à la photographie. Ce moment où il a fallu s’orienter après le Bac. C’est un peu comme cela que ça s’est fait.

« Je faisais à l’époque beaucoup de photographies de sport. C’était vraiment plus ce qui m’intéressais, avant la photo politique et la photo sociale, voir l’actualité. J’étais photographe de la Fédération Française d’Escrime. Je photographiais les coupes du monde, un peu, à droite, à gauche, de manière très amateure. C’est comme cela que j’ai mis un premier pied dans la photographie. »

 

Quel souvenir gardez-vous de vos années estudiantines ?

« La photographie m’intéressais de plus en plus. Je n’avais pas spécialement envie de faire une école de journalisme. De toutes les façons je crois que je m’y étais pris beaucoup trop tard. La photographie a été quelque chose d’accessible, même si tout se fait sur sélection. Je n’avais pas encore le recul de me dire que j’allais faire une école de Lettres, Sciences Po plus tard etc… J’en n’étais pas là ! C’était plutôt la photographie, la technique photographique.

« Ce qui m’a emmené à postuler aux deux BTS qu’il y a dans les écoles publiques à Paris. J’ai été pris dans l’un des deux. Ce qui m’a permis de me forger une culture et une technique photographique. C’est quand même un brevet de technicien. »

« L’École Louis Lumière ensuite est une école exclusivement technique. Ensuite il y a un très fort apprentissage dans tout ce qui est rédaction, à créer ce qui est une narration d’un sujet. C’est une grosse réflexion. A la fin c’est quand même un mémoire que l’on rend. Ça reste un Master à la fois technique mais réfléchit. »

 

Comment avez-vous débuté votre expérience de photojournaliste ?

« Pendant le BTS on doit faire des stages. J’ai réalisé un premier stage à L’Équipe en tant que stagiaire photo. Ils m’ont repris tout de suite pour l’été, comme cela c’était très bien passé, en tant que rédacteur photo. On index le fond de L’Équipe en numérique. On édite la production des photographes, qui couvrent l’actualité sportive au jour le jour. Je m’occupais aussi beaucoup de la partie de tout ce qui est argentique. On avait des demandes par jour du journal où l’on devait apposer X plaques de verres, X diapositives, X films. Il fallait les scanner, les retoucher, les légender. Ensuite l’on pouvait les envoyer pour l’utilisation dans le papier.

« Sinon il y avait aussi quelque chose de très intéressant, qui me plaisais énormément. L’Équipe a un énorme fond de plaques de verres, de grands quotidiens sportifs comme L’Aurore, dans une cave qui sont enfermés dans des boites. Le principe c’était qu’il fallait les scanner, les nettoyer. Parfois il fallait les recoller parce qu’elles étaient brisées. Ensuite il fallait essayer de retrouver le numéro du journal en question avec toute l’histoire de la photo qu’il y avait derrière. C’était vraiment passionnant, avec un vrai travail de recherche historique. On voyait des choses qui étaient très étonnantes. C’était des vrais documents historiques sur comment l’on pratiquait le sport pendant la seconde guerre mondiale, par exemple.

« J’ai continué en faisant un stage à l’AFP, qui s’est très bien passé aussi. Ce qui fait que l’AFP a continué à me donner quelques piges de temps à autre pour travailler pour eux.

« Pendant toute ma scolarité on nous faisait dire que « le poste de photographe salarié dans une agence, c’était terminé, jamais on n’en aurait, que l’on galèrerait à vivre en tant que pigiste. » C’est ce que je dis encore aux jeunes aujourd’hui, que s’il on veut réussir dans ce métier, c’est qu’il y a peut-être un moment à sacrifier, dans sa vie sociale ou certaines choses, c’est justement pendant ses années d’études. Je n’ai pas arrêté de travailler, de produire, de faire des sujets, de m’intéresser à plein de choses. D’aller à droite, à gauche.

« Je pense que c’est cela qui a fait que très vite certaines agences se sont intéressées et m’ont dit : « pourquoi on n’essayerait pas de le former ?! » Je pense que c’est ce qui s’est passé chez ABACA. Il avait besoin d’un photographe salarié mais il avait envie aussi de former quelqu’un. Voilà, je pense, comme cela s’est fait. Le jour où le patron m’a appelé pour me proposer un contrat, j’étais en train de faire un sujet, pendant l’Euro de Foot 2016, sur les migrants à Calais. Comment les migrants à Calais vivaient cette coupe d’Europe ? Ce qui n’avait rien à voir. Je n’ai fait aucune démarche pour solliciter l’agence ACABA. »

 

Comment vivez-vous votre expérience de photojournaliste dans ce monde où les photographes et la Presse ne sont pas toujours bien vue ?

« Je la vit plutôt bien. J’ai la chance de travailler dans des conditions plutôt exceptionnelles dans le sens où j’ai quand même une rédaction qui me soutient, qui finance mes reportages. Je n’ai pas de problème.

« Après, le vrai souci est que cela fait cinq ans que je fais ce métier à plein temps maintenant. Au début je suis parti couvrir deux ouragans pour Le Monde à Saint-Martin. Je pars en voyage officiel tout le temps. Je bouge tout le temps.

« Je rêvais de couvrir une campagne présidentielle. J’ai pu la couvrir dans des conditions qui étaient exceptionnelles par mon agence parce qu’elle me payait les billets de trains, les nuits d’hôtels. Tous les jours j’étais dans une ville différente. Aujourd’hui, la différence, c’est que cela n’aura plus lieu. La Covid a fini d’achever le peu de sécurité que l’on avait pour vendre nos photographies. Certaines agences ne passeront pas l’hiver. Mais ça c’est un autre problème.

« Ce qui est terrible dans notre génération de photographe qui arrivent, c’est que l’on n’a pas eu cette insouciance des anciens photographes qui ont quand même vécus l’âge d’or de la photographie. Dans le sens où ils avaient la possibilité de faire des sujets qui étaient complètement différents. Même si sur le terrain cela pouvait être la guerre etc… Ils faisaient ça dans des conditions plutôt optimales. Dans le sens où ils partaient avec de l’argent, avec des moyens de s’offrir une sécurité, de partir. D’avoir l’opportunité de passer d’un conseil des ministres à l’Élysée à un désastre social ou environnemental dans le Puy-de-Dôme tout en allant couvrir un tapis rouge à New-York s’il le fallait. C’était ça l’idée fantastique.

« Dans notre métier, il y a quand même cette pluralité de sujets qui fait que c’est intéressant. Je pense qu’on le fait. Aujourd’hui on n’a plus cette insouciance. Même pour moi. Même si couvrir la présidence est hyper intéressant et assez exceptionnel. J’ai beaucoup de chance de le vivre maintenant. C’est quand même un milieu où l’on s’enferme énormément. La communication aujourd’hui fait que l’on doit s’investir énormément. On s’enferme un peu dans ce sujet. On n’a pas la possibilité de « s’aérer » notre esprit photographique, notre œil photographique, pour aller voir d’autres sujets pour essayer de se renouveler. C’est un vrai gros point négatif.

« Il y a un vrai problème de génération aussi. Dans le sens où quand je pars en voyage officiel avec des collègues, les trois-quarts soit pourraient être mon grand-père soit ont l’âge de mes parents. Il n’y a aucun renouvellement. Les jeunes qui arrivent avec des yeux photographiques magnifiques, plein d’entrain, n’y arrivent pas. C’est dur. Il y a des délais de payements. La photographie ne se vend plus. Ce qui est complètement irrationnel parce que l’on vit dans un monde où il n’y a jamais eu autant d’images. On n’a jamais eu besoin autant d’images. »

 

Depuis 2017 vous êtes correspondant auprès de la Présidence de la République française. Comment vivez-vous cette expérience ?

« Je le vis bien. Comme je l’ai dit au début c’est très intéressant. Après, malheureusement, entre ce que nous on souhaite faire, ce que l’on souhaite raconter et ce que souhaiterait montrer, ce que souhaiterait faire appliquer la communication… C’est vraiment deux choses différentes.

« Ce qui me gêne énormément aujourd’hui c’est que j’ai l’impression parfois de plus négocier, d’avoir l’impression de faire de la politique pour expliquer et imposer mon point de vue, que de faire de la photographie. Ce qui est pénible c’est qu’aujourd’hui l’on se rend compte, que ce soit à l’Élysée ou ailleurs, partout dans le paysage politique français, il n’y a personne qui réfléchit à une communication en image. Personne n’est capable d’être juste dessus. Il y en a qui s’en sortent mieux que d’autres. Je pense par exemple à Dimitri Lucas qui aujourd’hui est chez Bruno Le Maire, qui réfléchit vraiment à l’image. Aujourd’hui, personne ne réfléchit par une communication par l’image fixe.

« C’est qu’est-ce que peut rapporter une photographie ? Qu’est-ce que l’on peut raconter à travers une photographie ? Au final, en parquant les photographes en permanence, ce ne serait pas contre-productif pour le message que l’on souhaite donner ? C’est ce qui me rend fou ! Quand on discute avec des communicants, de tous bords, très peu sont sensibles à ça, voir même n’ont pas été sensibilisés à ça. Il y a un manque de culture terrible là-dessus. Dans le sens où, en photographie, ils ne se rendent pas compte qu’il y a vraiment des choses à raconter en nous utilisant. Je ne devrais pas dire cela parce que je suis journaliste mais malheureusement, c’est vrai !

« Je me souviendrai toujours que ce soit pendant la campagne, ou même en suivant certains ministères, où à force de nous parquer, on ne racontait que la partie institutionnelle, froide, de l’instant. Alors que l’autorité avait en fait une démarche qui était beaucoup plus dans l’empathie, beaucoup plus complexe, plus humaine. Ce qui s’est vue à pleins de reprises. C’est là notre travail de journaliste. C’est s’opposer à cela, le montrer, le raconter. »

 

Comment avez-vous organisé votre confinement ?

« Plutôt bien dans le sens où j’ai beaucoup travaillé pendant le confinement. Du moment où j’ai du travail, je suis heureux. J’ai eu des sujets qui étaient durs mais qui était intéressants. J’ai rencontré des gens qui étaient passionnants. Je l’ai plutôt bien vécu dans le sens où pour moi, mon métier, ma pratique de la photographie, fait que l’on est H 24 sollicité ! Même le week-end. Vous voyez ce matin je suis allé faire un portrait. Il faut que l’on réponde à des mails ; il faut que l’on réponde à des demandes de pool. On est sur sollicité.

« J’ai été confiné malheureusement quand il n’y avait plus de travail, puisqu’il n’y en avait pas non plus tous les jours. Le confinement je l’ai vécu comme un moment où je pouvais enfin reprendre soin de moi, avoir du temps pour moi, pour lire, pour faire ces choses-là. Ce qui m’a fait du bien puisque cela a complètement cassé mon rythme. Au début ce n’était pas facile puis après on en voit tout de suite les bénéfices. Ce qui nous donne du recul, ce n’est pas plus mal. »

 

Quel est votre rapport avec les réseaux sociaux ?

« Pour moi c’est à double tranchant. Aujourd’hui j’ai une utilisation des réseaux sociaux qui est plutôt saine dans le sens où je poste mon travail. Je poste une actualité parce qu’il y a des jeunes qui utilisent mon compte Instagram pour s’informer.

« Notamment dans un lycée à Lisieux où une classe de Première et de Terminale s’abonnent tous à mon compte. Cela date de quand j’étais à Louis Lumière. Le Lycée Gambier souhaitait faire des cours d’éducation à l’image. Chaque année cela ce fait. C’est un projet d’un an. La première partie c’est la sensibilisation à l’image photographique, à l’image journalistique. Cela se fait avec un professeur d’histoire, un professeur de français et la bibliothécaire du lycée entre autres. Ils doivent créer une image avec une narration et la présenter à la fin de l’année. Ce qui donne lieu à une exposition. Ce projet perdure depuis au moins trois ans.

« Quand je mets une photo d’un conseil des ministres, d’un ministre, je me dits que pour eux, c’est une information. Je vois ça comme cela. Par exemple lorsque l’on publie la photo d’un gros évènement, c’est une manière pour eux de découvrir cet évènement-là avec une autre information, avec un autre regard. Je trouve que c’est important.

« Plus personnellement, c’est aussi une vitrine pour nous. Je sais que beaucoup de communicants s’abonnent à mon fil Twitter et mon compte Instagram. C’est aussi une manière de les sensibiliser à tout ce que l’on fait. Eux surveillent aussi ce que l’on fait. Ils ne nous empêchent pas de publier les photos que l’on souhaite ; il n’y a pas de censure à ce niveau-là. C’est plutôt bénéfique. Personnellement, ça me permet de montrer mon travail et d’être plutôt connu dans le milieu aussi. C’est-à-dire que maintenant certains connaissent ma signature ; connaissent la signature d’autres photographes. C’est très bon pour les photographes de pouvoir exposer leurs travails comme bon leurs semblent aux yeux du plus grand nombre. Après cela a ses contres-coups.

« Sur Instagram, le réseau social reste très sensible à l’image donc on ne va pas tomber dans les polémiques. Mais une même photographie sur Twitter n’aura pas du tout la même résonance. Sur Twitter, tout de suite l’on va parler politique. On va changer la nature de la photo, le contexte de la photo etc… Très rapidement. C’est quasiment à chaque poste. Sur Instagram on s’arrête plus au rendu de l’image. On s’intéresse plus à l’image.

« Twitter, pour avoir des informations, c’est hyper intéressant. C’est hyper chronophage dans le sens où je reçois dix mille alertes à la minute mais j’aime bien être au courant de tout. D’être abonné à trois mille journaux pour voir comment l’actualité est abordée de manière différente. Je trouve cela passionnant d’avoir cette quantité d’information et de réflexion. Je trouve cela géniale ! Tout n’est pas intéressant ; bien sûr parce qu’après chacun choisit de retenir ce qu’il veut. Je trouve que c’est une super avancée.

« Il y a aussi le côté négatif. Je me souviens d’avoir fait un tweet à propos d’une photographie de communication qui c’était retrouvé dans un magazine. Ce que je voulais vraiment dénoncer c’était que la communication politique arrive dans la Presse. Au finale, le tweet est parti dans tous les sens parce que les gens ce le sont approprié avec le propos qu’il voulait donner au tweet. Mon but était très clair : c’était l’image de com’ dans un magazine. Beaucoup de trolls, et même certains journalistes, ont utilisé ce tweet pour dénoncer quelque chose, insulter un tel ou un tel… C’est le gros problème de Twitter. On perd toute la forme, le fond et le contexte de son tweet.

« Je n’ai plus Facebook depuis le confinement. Je n’en voyais plus l’intérêt. Twitter et Instagram me suffisent. »

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Merci à Monsieur Éliot Blondet Flament pour sa participation à ce portrait.

Publié par RomainBGB

Franco-sicilien né en Helvetie. Co-auteur de l'ouvrage "Dans l'ombre des Présidents" paru en mars 2016 aux éditions Fayard.

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