L’étranger

Cher lecteur,

Depuis quelques semaines je vois ressortir en France un débat sur lequel il me semble important de revenir : la double nationalité. C’est en relisant le Spleen de Paris de Charles Baudelaire, que je suis retombé sur un petit poème que je souhaite vous faire partager : l’étranger.

Je pense qu’à travers ce texte une lecture de la situation actuelle peut être mis en avant et c’est ce que je tenterai d’évoquer dans cette note. Ceci tant avec des exemples personnels que ceux que la société nous expose dans la vie quotidienne. Ceci m’est venu à l’esprit lorsque j’ai pris connaissance de la lettre adressée par Marine Le Pen, Présidente du Front National, aux 577 députés français au sujet de la double nationalité.

Mais pourquoi tout d’un coup, ce sujet est redevenu sur la place publique, alors que pendant des années personne ne se préoccupait de savoir si, oui ou non, une personne avait une autre nationalité que celle française ? Serait-ce alors la polémique lancée par la F.F.F. (Fédération Française de Football) sur les quotas ? Tout cet engrenage médiatique a bien commencé là, pour finalement être repris comment leitmotiv par le Front National. Car finalement rien de tel pour continuer à segmenter et à engranger les thèmes de campagne de l’extrême droite.

Mais pourquoi cela pose-t-il tant de problème en France, qu’une personne est ou non la double nationalité ? Pour le Front National, il est légitime d’aborder les sujets de mondialisation et d’inégalité mais en aucun cas celui de la double nationalité ! Ce qui est en soit aberrant si l’on y pense au vue que la mondialisation d’une personne va de paire avec sa mondialisation.

Mais j’ai ressenti ce problème lorsqu’en en 2002, pour mes 18 ans, j’ai du refaire mes papiers d’identité français. Arrivé à l’état civil de ma mairie, je remplis les formulaires adéquates et tend le tout avec les papiers préparés et exigés par l’Etat Civil pour le renouvellement de carte d’identité. Quel ne fut pas ma surprise de m’entendre dire au bout de dix huit ans : « Mais vous n’êtes pas français Monsieur B. »

Chose qui pour moi était complètement fausse car selon l’article 18 du Code Civil : « Est français l’enfant dont l’un des parents au moins est français. » C’est donc avec mon Code Civil à la main, et armé de patience, que je m’y suis rendu à nouveau le lendemain pour faire entendre raison à l’officier d’état civil. Car en effet étant né à l’étranger (Suisse), ayant une mère étrangère (Italienne), l’officier d’état civil avait déclaré que je n’était pas français. Mais il avait oublié de regarder la nationalité de mon père : française ! C’est à cette époque que j’ai appris l’existence du « Certificat de nationalité », permettant ainsi a des personnes dans mon cas de prouver leur nationalité, après avoir prouvé que depuis au moins deux générations l’un des parents est français !

Alors à l’approche de la campagne présidentielle, je vois bien qu’une certaine partie d’un certain électorat se revendique bien le droit d’aborder ce thème de campagne. Mais comment devrais-je me situer face à cela ? Moi qui suis né en Suisse d’une mère italienne et d’un père français. Dois je me considérer comme Français et renier ma nationalité italienne (et vice versa) ? Toute la complexité réside bien là dedans et je l’ai ressenti lorsque j’ai osé mettre en avatar sur un réseau social célèbre une carte de l’Italie avec son drapeau dessus. Quel ne fut pas mon étonnement de me voir reproché dans l’heure qui a suivit ce choix d’image plutôt que d’avoir mis une photographie de moi à la place ! Est-ce-que cela aurait été la même chose si j’avais mis la France à la place ? Je ne crois pas !

Je voudrais en guise de conclusion, vous faire partager ce texte de Charles Baudelaire, qui pour moi évoque beaucoup de chose et rappelle quelques points évoqués dans mon exposé. Car ce thème de l’étranger évoqué par Baudelaire dans son texte appel à un certain détachement des choses et des actes vis-à-vis de la vie. Cette personne n’a plus de famille et d’amis et son seul but et patrie reste les nuages du ciel. Je trouve que cette image doit nous rester en conclusion.

L’étranger ; in Le spleen de Paris (1862) Texte de Charles Baudelaire.

Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère?

– Je n’ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.

– Tes amis?

– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.

– Ta patrie?

– J’ignore sous quelle latitude elle est située.

– La beauté?

– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.

– L’or?

– Je le hais comme vous haïssez Dieu.

– Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger?

– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages!

@romainbgb – 09/06/2011

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