Madame Valérie Boyer

Une passion phocéenne.

Chers Lecteurs,

En cette Journée internationale des Droits des Femmes, continuons notre chemin avec la parution de ce nouvel entretien-portrait sur #LaLettreR. C’est dans cette hommage que je souhaite partager avec vous le portrait d’une Femme, élue depuis 2001.

Nous allons donc rester dans les hémicycles afin d’ajouter une nouvelle interrogée dans notre galerie des entretiens-portraits. Le Palais du Luxembourg nous fera les honneurs de la rencontre.

Aix-en-Provence. C’est au sein de cette ville méridionale que notre interrogée fera ses études sur les bancs de l’IEP d’Aix. Dans cette continuité, les Langues seront aussi à l’honneur avec une Licence LLEA en Anglais-Espagnol.

Saint-Etienne. Notre interrogé poursuivra son parcours universitaire en rejoignant le CNESSS. Son parcours professionnel au sein de la Santé et de l’Assurance Maladie commencera dès lors à prendre forme.

Le parcours professionnel de notre personnalité débute alors entre Paris et Marseille où elle débutera comme chargée d’accueil à la CNAVTS de Paris. Elle rejoindra dans la foulée les équipes de la CPAM des Bouches-du-Rhône à Marseille.

Municipales 2001. L’entrée dans la vie politique de notre personnalité se fait à ce moment-là lorsqu’elle rejoint les équipes municipales de Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille. Elle sera élue conseillère d’arrondissement de la Ville.

En 2007, notre personnalité entre au Palais Bourbon en devenant députée de la 8ème circonscription des Bouches-du-Rhône. Mandat qu’elle conservera jusqu’en 2012 où elle sera élue députée de la 1ère circonscription des Bouches-du-Rhône jusqu’en 2020.

Maire du 6ème Secteur de Marseille. Dans la continuité de ses engagements citoyens, notre personnalité sera élue à ce poste en 2014.

Les élections sénatoriales d’octobre 2020 amèneront notre interrogé sur les bancs de la Haute Assemblée. Elle est élue sénatrice des Bouches-du-Rhône.

 

Je vous laisse découvrir le portrait de Madame Valérie Boyer, sénatrice des Bouches-du-Rhône.

Mme Valérie Boyer, sénatrice des Bouches-du-Rhône ©droits réservés

Dans le cadre pandémique que nous connaissons, la réalisation de ce portrait a été réalisé par visioconférence le 2 mars 2022.

Bonne lecture !

@romainbgb – 08/03/22

 

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Biographie Express de Mme Valérie Boyer :

*1962 : naissance à Bourges (Cher).

*Classe Préparatoire Lettres Modernes au Lycée Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés.

*1982 : diplômée en section service public de l’IEP d’Aix-en-Provence.

*Licence LLEA Anglais-Espagnol à l’Université d’Aix-Marseille.

*diplômée de l’École du Louvre (Fondation Rachel Boyer).

*1986-1987 : XXVe promotion du CNESSS (Saint-Etienne).

*1987-1989 : responsable d’accueil à la CNAVTS de Paris.

*1989-1997 : CPAM des Bouches-du-Rhône à Marseille.

*1997-2008 : secrétaire générale de l’Agence régionale de l’hospitalisation PACA.

*2001-2008 : conseillère d’arrondissement de la Ville de Marseille.

*2001-2015 : membre de la Communauté urbaine de Marseille Provence Métropole.

*juin 2007 – juin 2012 : députée de la 8ème circonscription des Bouches-du-Rhône.

*2007-2017 : membre de la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale.

*2008-2014 : adjointe au maire de Marseille en charge de la Politique de la Ville.

*juin 2012 – sept. 2020 : députée de la 1ère circonscription des Bouches-du-Rhône.

*2014-2017 : Maire du Sixième Secteur de la Ville de Marseille.

*depuis 2015 : conseillère métropolitaine de la Métropole d’Aix-Marseille-Provence.

*2017-2020 : membre de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale.

* Depuis oct. 2020 : sénatrice des Bouches-du-Rhône.

-membre de la commission des lois du Sénat.

-membre de la délégation aux Droits des Femmes du Sénat.

***

À quoi rêvait la petite Valérie lorsqu’elle était enfant ?

« Je rêvais à dessiner et à voyager. Je rêvais plutôt à des choses artistiques.

« J’étais très intéressée par la chose politique et les relations internationales, déjà. Je regardais beaucoup les informations. Je me souviens qu’au Collège j’étais déjà intéressée par la politique avec l’élection de Valéry Giscard d’Estaing.

« Chez nous, on parlait beaucoup de religion, de politique, de littérature, de géographie. Ce sont des sujets qui ont baigné mon enfance. Mes parents étaient Pieds-noirs. Je suis née en 1962 donc je savais que la vie était dépendante de décisions. Je savais que la politique avait de l’importance dans la vie des gens.

« Mon père travaillait dans le commerce international. Il voyageait beaucoup derrière le Rideau de Fer. Je savais ce qu’était un pays communiste. Je voyais mon père partir dans ces pays-là. À l’époque, les gens ne voyageaient pas beaucoup. Il partait très souvent en Pologne, en Bulgarie, en Hongrie, en Roumanie etc… »

Comment avez-vous vécu vos années d’études à Aix-en-Provence ?

« J’en retiens beaucoup de bonheur. C’est une période qui est extrêmement intéressante.

« Je n’ai pas souhaité faire du Droit en même temps que l’IEP parce que j’avais fait une Hypokhâgne avant. Ce qui m’avait permis d’avoir des équivalences à la Faculté de Langues. Il est vrai que lorsque j’ai fait l’IEP, j’imaginais plutôt faire relations internationales que service public. C’est comme cela que j’ai continué. Je m’intéressais à cela. J’aimais beaucoup la géographie, la politique, l’Histoire de la politique. Tout cela me plaisait énormément. J’ai des enseignants qui m’ont marqué, bien sûr.

« C’est un privilège de faire ses études dans une ville comme Aix-en-Provence, que je traversais tous les jours pour aller à la Fac de Lettres. Je passais par le Parc Jourdan, le long de la Voie Ferrée, pour y aller. Je marchais beaucoup.

« J’avais étudié l’Art Baroque en Hypokhâgne. J’aimais beaucoup le côté baroque d’Aix-en-Provence. L’IEP d’Aix est situé en face de la Cathédrale d’Aix-en-Provence. J’avais la possibilité de me rendre au Cloître, qui était ouvert au public. Aujourd’hui, c’est plus difficile. Un grand moment aussi que l’ouverture des portes de la Cathédrale d’Aix. Ce sont des portes protégées par des morceaux de bois qui sont extrêmement bien conservées.

« Le parcours Anglais-Espagnol reste somme toute assez classique. Il est vrai que j’étais allée plusieurs fois en Espagne. Une seule fois en Angleterre. J’avais aussi des amis d’enfance en Espagne. Mon père voyageant aussi beaucoup en Espagne et au Portugal. Ce sont des pays qui m’étaient familier. J’aimais beaucoup la Littérature espagnole. »

Le côté artistique ne vous a jamais quitté puisque vous aviez ce besoin de culture et d’enrichissement personnel.

« Effectivement. Je me souviens que je faisais beaucoup visiter la Ville. J’organisais des visites d’Aix-en-Provence sur le plan architectural. Je m’étais intéressée à cela. J’ai toujours beaucoup aimé la peinture et l’architecture. »

Que retenez-vous de votre passage au CNESSS de Saint-Etienne ?

« C’était sympathique. C’était la première fois où je n’étais pas chez moi. J’ai toujours fait mes études en étant chez mes parents. C’était l’année aussi où je préparais mon mariage. [Rires] C’était très marrant. Je m’y suis fait des amis.

« C’est une École où vous avez un Concours externe et un Concours interne. Les filles venaient majoritairement du Concours externe. Les garçons du Concours interne. C’était une année très agréable, très sympathique. C’était l’aboutissement des années d’études. J’avais fait une Prép’ENA, le CPAG. Ce qui était intéressant aussi sur le plan intellectuel, toute l’Histoire de la Sécurité Sociale, de l’Assurance Maladie et du système de protection sociale etc…

« J’étais très intéressée pour rentrer : Saint-Etienne-Lyon-Marseille, cela va assez vite ! C’était plus facile que d’aller à Rennes. »

Que retenez-vous de votre expérience professionnelle à Paris et à Marseille ?

« Intellectuellement, cela m’a toujours intéressé.

« Il est vrai que j’ai commencé ma vie professionnelle où j’avais à gérer des très gros services où il y avait beaucoup de monde. J’étais responsable de l’accueil lorsque j’étais à la CNAV. J’ai pu mettre en place beaucoup de choses passionnantes à Paris.

« Très vite, je suis tombée enceinte de mon premier enfant. Je me suis rendue à Marseille. J’y ai fait des choses extrêmement intéressantes dans le service en lien avec les professionnels de Santé. C’était une mission compliquée sur le plan de la gestion des ressources humaines. Pour vous la faire courte, et c’est une des raisons pour lesquelles j’en suis partie pour la RH PACA où j’ai eu une expérience professionnelle formidable.

« J’ai rencontré des gens formidables. Notamment, Jean Castex ! Au moment où j’étais à la RH PACA, j’étais secrétaire générale de l’Agence régionale de l’hospitalisation. Je m’occupais du Conseil d’administration, bien évidemment. Ce qu’on appelait la Commission exécutive, un nom qui n’est pas très beau. J’avais tous les dossiers de relations avec les patients, les soins de suite, enfin ce genre de choses. Jean Castex était responsable du Var. Je le voyais donc très souvent. On a gardé de cette époque une relation professionnelle.

« J’ai revu Jean Castex lorsqu’il travaillait pour Nicolas Sarkozy. Lors de mon 1er mandat de députée j’ai été membre de la Commission des Affaires sociales et j’étais chargée pour mon parti politique des questions de Santé. J’ai eu donc beaucoup de contacts avec Jean Castex. On a chacun eu une vie politique. On s’échangeait des courriers.

« Je l’ai revu ensuite en tant que Premier ministre. C’est quelqu’un que j’apprécie énormément sur le plan humain et personnel. »

Comment est née votre entrée en politique ?

« Ce qui s’est passé c’est que toutes les équipes municipales cherchaient des Femmes parce qu’il y avait l’obligation d’avoir des listes paritaires. Pas 3 et 3, mais bien un Homme, une Femme, un Homme, une Femme. J’ai été approché comme cela.

« J’avais un profil universitaire et professionnel qui m’avait fait rencontrer des personnes dans l’entourage de Jean-Claude Gaudin. On m’a proposé de participer à cette élection. »

Vous êtes conseillère communautaire puis métropolitaine depuis 2001. Comment vivez-vous ce mandat ?

« Au début, c’était la Communauté Urbaine. C’était le début de la métropolisation pour Marseille. Cela m’a permis d’apprendre un certain nombre de dossiers.

« Lorsque j’ai commencé ma vie politique j’avais des convictions mais je n’étais absolument pas encartée. Je pensais que l’on allait me faire travailler sur des sujets qui étaient liés à mes compétences. Ce n’est pas tout à fait le cas. Ce n’est pas comme cela que cela s’est passé. J’ai dû acquérir de nouvelles compétences ; m’informer sur la façon dont la Ville était gérée. Je l’ai appris notamment en siégeant à la Communauté Urbaine. »

De 2008 à 2014, vous avez été adjointe au Maire de Marseille. Comment avez-vous vécu ce mandat local ?

« Je l’ai très bien vécu. C’était passionnant. J’étais députée et adjointe au Maire de la 2ème Ville de France. Ceci sur des questions qui étaient en marge de mes centres d’intérêts, à la Commissions des Affaires sociales où je siégeais. J’ai été à l’origine de pas mal de textes sur tout ce qui tournait autour de la santé et de l’alimentation.

« Je m’occupais du groupement d’intérêts publics de la Ville, ce qui était passionnant. À Marseille, on avait une quinzaine de projets de rénovation urbaine. Je siégeais à la MRU. Je suivais tous les dossiers pour Marseille.

« Malheureusement, lors de l’arrivée de François Hollande au pouvoir, les choses se sont extrêmement dégradées pour ce dossier de la politique de la Ville et rénovation urbaine.

« Je dois dire que la complémentarité entre mon mandat de députée et mon mandat d’adjointe au Maire et ensuite de Maire, c’est quelque chose que, j’espère, il faudrait absolument remettre. »

Vous avez été députée des Bouches-du-Rhône de 2007 à 2020. Comment avez-vous vécu votre expérience au sein de l’hémicycle national ?

« Avec passion et intérêt, bien évidemment, vous imaginez bien.

« Lorsque j’ai été élue en 2007, je n’imaginais pas qu’une fille comme moi puisse être députée. J’ai été élue dans une circonscription particulièrement difficile parce qu’il faut se souvenir du contexte politique de l’époque. Nicolas Sarkozy gagne la présidentielle, certes. Mais nous avons une majorité parlementaire assez courte puisqu’il y avait que 320 députés UMP. Là-dessus, seule 2 circonscriptions ont été gagnée sur la gauche. Celle que j’ai arrachée à Marseille et une autre dans les Pyrénées-Orientales.

« C’est un peu un évènement politique à Marseille parce que je bats Christophe Masse, qui était l’héritier d’une dynastie d’hommes politiques marseillais, le 4ème du nom. C’est Jean-Claude Gaudin qui m’avait montré un document officiel de la composition du Conseil municipal de la Ville de Marseille en 1900. Un certain Léon Masse y siégeait. Après, il y a eu Jean Masse, député. Ensuite, il y a eu Marius Masse, député, président du Conseil général de l’époque. Pour arriver à Christophe Masse. Ils se sont donc toujours succédés, avec sa sœur Florence Masse qui était aussi conseillère municipale. C’était une dynastie puissante, extrêmement bien implantée à Marseille. Jean-Claude Gaudin l’a assez répété d’ailleurs : « Valérie, si on avait su que vous auriez gagnée : jamais on ne vous aurait donné l’investiture ! » Il le disait publiquement. Y compris lors de son premier discours après ma victoire aux Législatives. En 2007, lorsque je me suis présentée, personne ne pariait sur ma victoire aux élections. J’ai gagné, malgré tout.

« J’ai gagné parce que je pense que de 2004 à 2007, j’ai consacré beaucoup de temps et notamment au minimum 1 weekend sur 2, voire plus. Tous les contacts que j’avais pu avoir pour cette Cantonale de 2004, je les aie fait fructifier de 2004 à 2007. Sur l’élan de l’élection de Nicolas Sarkozy et le labourage du terrain que j’avais pu faire, j’ai pu emporter cette élection Législative. Cela a été un évènement politique qui a un peu bouleversé la donne localement. Ce n’était pas du tout prévu au casting local.

« Après, on m’a supprimé ma circonscription dans le nouveau découpage électoral en 2012, mais bon. C’était la réforme qu’avait voulu Nicolas Sarkozy qui voulait aussi créer des circonscriptions des Français de l’Étranger. Il avait prévu beaucoup de réformes, notamment celle du conseiller général et régional qui devaient fusionner et un redécoupage des circonscriptions législatives. Comme par hasard, c’est la mienne qui devait sauter. Les 2/3 de ma circonscription étant dans la 12ème, j’ai pu me représenter dans mon ancienne circonscription qui avait été remaniée. »

Vous avez été maire du 6ème Secteur de la Ville de Marseille, de 2014 à 2017. Que retenez-vous de ce mandat ?

« Je pense que cela a été la période la plus passionnante de mon activité politique parce que député-maire c’est quelque chose qui est extrêmement complémentaire. Même maire de secteur. Vous êtes vraiment au fait des problématiques de terrain. Le mandat de maire est un mandat magnifique. Celui de parlementaire aussi. La proximité du mandat local et du mandat national est absolument nécessaire à l’ancrage et à l’exercice de votre travail. J’ai beaucoup aimé cette période.

« Il faut dire que cela a été très compliqué de devenir maire. J’ai été ravie de l’être. J’avais la chance d’être maire avec une superbe équipe municipale. Ce sont des années qui ont été particulièrement heureuses, pour moi en tous les cas. »

Comment avez-vous vécu la campagne présidentielle de 2017 ?

« Celle de 2012 était dure aussi ! Au niveau des députés, nous étions 320, nous sommes tombés à 200, c’est vous dire… Sur le plan personnel aussi car en 2012, lorsque je me suis présenté, j’avais le maire de secteur, auquel j’ai succédé parce que je l’ai battu en 2014, qui se présentait contre moi. C’était tout de même très violent !

« Je dois souligner que mise à part Nicolas Sarkozy, qui avait gagné, aucun candidat issu de la droite n’avait fait 20% au 1er Tour d’une Présidentielle depuis bien longtemps. Chose que François Fillon a réalisé en 2017, compte tenu des circonstances et de l’acharnement absolument incroyable qu’il a subi.

« D’abord, la Primaire a été une formidable aventure. Je le dis souvent, j’étais le porte-parole de François Fillon. Personne ne croyait en lui pour la Primaire. À tel point que lorsque l’on faisait un point Presse avec mon collègue le mardi matin, les journalistes ne venaient même plus pour suivre la campagne des Primaires de François Fillon. [Rires]

« Ensuite, François Fillon gagne la Primaire début décembre 2016. C’est magnifique ! L’affaire Fillon a démarré le 31 janvier 2017, quelque chose comme cela.

« C’est une campagne où vous éprouvez votre fidélité, votre loyauté, vos convictions. J’ai fait la campagne à fond pour François Fillon, bien évidemment. J’étais là le soir du 1er Tour où l’on apprend qu’il ne sera pas au 2ème Tour. Dès le lendemain, j’ai commencé ma campagne pour les Législatives. J’étais présente au Trocadéro, pour le soutenir, près de lui.

« D’ailleurs sa campagne redémarrait après le Trocadéro malgré l’histoire des costumes. Surtout l’exploitation qui en a été faite parce que cette affaire des costumes est absolument folle ! Quand on pense qu’Emmanuel Macron a dépensé, d’après le ministre Eckert qui lui a succédé, 120’000 Euros en diners privés pour sa propre promotion à Bercy. Ceci étant de l’argent public. Ceci n’a ému personne, même en étant dénoncé par le ministre socialiste qui lui a succédé. Là, c’est passé comme une lettre à la Poste. Mais que des costumes donnés par un privé à François Fillon, on en fait un scandale ! Après tout, ce n’était pas de l’argent public. Ce n’était pas non plus des sommes fantastiques, surtout qu’il en avait donné à tout Paris.

« Écoutez, de toutes les façons, c’était l’homme à abattre. Le résultat a été à la hauteur des espérances de ceux qui voulaient l’abattre. »

Comment avez-vous vécu les élections municipales de 2020 à Marseille ?

« Vous savez que j’ai soutenu Martine Vassal dès l’origine. Je pense avoir été la première à dire sur une radio nationale : « je pense qu’il faut que Martine Vassal se déclare et qu’elle soit candidate. » Je l’ai défendu auprès de ma famille politique pour qu’elle ait l’investiture. Je n’étais pas tête-de-liste, comme vous le savez.

« Il s’est passé un évènement particulier pour moi c’est que j’ai été malade pendant toute cette campagne. J’ai été hospitalisé le lendemain du 1er Tour. J’ai été dans les premières à être hospitalisé pour la Covid-19. J’avais une activité parlementaire très dense à cette époque-là. Je n’imaginais pas être sénateur.

« Je me suis occupée de Martine Vassal sur le plan national. Je l’assistais dans toutes ses réunions, conférences de Presse, thématiques etc… Tout ceci avec mon activité parlementaire en parallèle. Puis surtout, avec le recul, j’étais épuisée physiquement. J’ai participé à cette campagne du mieux que j’ai pu.

« C’est une campagne compliquée. Cela l’a été d’autant plus que l’on pouvait gagner très largement si Emmanuel Macron n’avait pas demandé à Yvon Berland de se maintenir pour faire élire la gauche et l’extrême-gauche. Martine Vassal a perdu de pas grand-chose dans son secteur, avec le maintien d’Yvon Berland.

« En prime, Yvon Berland n’est même pas élu conseiller municipal, à peine conseiller d’arrondissement. Il était là pour la faire perdre. Alors que j’ai connu Yvon Berland. Il a participé à des réunions d’appartements pour mes législatives et pour toutes les élections précédentes de toutes les personnes à droite.

« C’est évident qu’un apparatchik du Parti Socialiste n’aurait pas pu être élu à cette époque-là. Michèle Rubirola on la connaissait. Elle est apparue comme quelqu’un de neuf alors que cela faisait très longtemps qu’elle était conseillère départementale. »

Mme Valérie Boyer, sénatrice des Bouches-du-Rhône ©droits réservés

Depuis octobre 2020, vous êtes sénatrice des Bouches-du-Rhône. Comment avez-vous vécu ce moment ?

« C’était un très bon moment.

« Si vous le permettez, très émouvant car c’est un moment que j’ai partagé avec Patrick Boré, qui était tête-de-liste. J’ai travaillé avec lui trop peu de temps parce que vous savez qu’il est décédé moins d’un an après. C’était quelqu’un de formidable, d’intéressant, de généreux, de chaleureux. Patrick Boré a su créer un esprit d’équipe, d’entraide sur sa liste. Je pense très fort à lui en évoquant cette soirée-là. Malheureusement, il était déjà malade.

« À titre plus personnel, et plus privé, vous savez que vous choisissez vos grands électeurs. J’étais contente que mes amis collaborateurs puissent voter. Mes enfants étaient venus. Même ma petite-fille, qui marchait à peine, était présente. Un moment chaleureux. Toute l’équipe municipale du 11-12. C’était un joli moment à titre personnel.

« Comme Patrick Boré était très fatigué. En prime on était en plein couvre-feu, je crois. On ne l’a pas fêté autant que l’on aurait pu le souhaiter. »

Quel regard portez-vous sur cette campagne présidentielle de 2022 ?

« En fait, même s’il n’y avait pas eu le contexte international, en 2017 les Français ont été privés de débats sur la présidentielle, sur le projet, sur le bilan.

« En 2022, Emmanuel Macron avait mis en place un système équivalent pour qu’il n’y ait pas de débat. On se retrouve quelque part dans la même situation où il ne sera jamais jugé ni sur son bilan, ni sur son projet, ni sur tous les échecs de son quinquennat. La crise ukrainienne est venue aggraver les choses.

« Je dirai du mandat d’Emmanuel Macron que c’est un mandat bavard, où l’on a eu un président qui a énormément parlé. Souvenez-vous du Grand Débat, qui était une entourloupe totale. Où l’on a fait écrire des cahiers de doléances aux Français, qui n’ont jamais été exploité. Où l’on a écouté le président parler pendant des heures. Après, on a eu le confinement. Aujourd’hui nous sommes à la sortie des mesures sanitaires qui ne sont pas terminées, plus la crise ukrainienne qui est tout de même un évènement qui est extrêmement bouleversant !

« Pourtant, là aussi, on ne parlera pas des échecs répétés d’Emmanuel Macron sur la scène internationale. En revanche je voudrais lui rendre hommage pour une chose. C’est la réaction de la France face à la Turquie au sujet de l’île grecque de Kastelorizo. La Turquie l’avait menacé en faisant voler des avions chargés au-dessus de la Grèce. Ce qui avait été un acte plus qu’inamical. C’est vrai que la flotte française est allée en Méditerranée Orientale et a pu mettre fin à cette crise.

« Tout à l’heure vous m’avez posé la question sur mon mandat de député et mon mandat de sénateur. Lorsque j’ai quitté l’Assemblée Nationale, c’était en plein pendant la Guerre du Karabakh, de l’Artsakh. C’était le début. La dernière question que j’ai posé au Palais Bourbon, c’était sur la Guerre en Artsakh. La première question que j’ai posé au Sénat, c’était sur la Guerre en Artsakh. Il est vrai que j’ai plaidé, lorsque je suis arrivé au Sénat, pour la reconnaissance de l’Artsakh, qui a eu lieu le 25 novembre 2020. En plein confinement, là aussi. C’est un geste qui n’a pas été relayé comme il se devait par la Presse nationale. C’était tout de même un évènement en termes de diplomatie, de diplomatie parlementaire, parce que pendant la Guerre des 44 jours on a un ministre des Affaires étrangères qui a plaidé la neutralité etc…En laissant ce pays amputé de toute une génération de jeunes garçons, avec ces fameux missiles turcs, que les Turcs vendent en ce moment aux Ukrainiens. Mais on est dans un autre contexte. »

Mme Valérie Boyer, sénatrice des Bouches-du-Rhône ©droits réservés

Vous avez été hospitalisé de la Covid-19 dès le début de sa propagation mondiale. Comment vivez-vous cette pandémie ?

« À titre personnel, je n’ai plus de grands-parents. Je n’ai plus ma Maman. Je n’ai plus mon Papa. Mes enfants n’ont plus leurs grands-parents paternels non plus. On n’a pas été confronté comme l’ont pu être des millions de Français à cette difficulté de ne pas voir ses parents, ses grands-parents etc…Ou encore ces personnes qui sont mortes seules.

« J’ai pu voir mes enfants mais en prime, pendant le 1er confinement, tous mes enfants étaient chez moi. Mon fils et ma belle-fille sont professionnels de santé. On a gardé ma petite-fille pendant qu’ils continuaient à travailler. Ils n’ont pas arrêté. Ils étaient auprès des malades de la Covid-19. Ils ne l’ont pas attrapé. Mes 2 filles qui étaient à Paris, sont venus à Marseille pour voter lors du 1er Tour. On votait le dimanche. On a été confiné le mardi. J’ai donc passé le confinement à la maison, à Marseille, en famille. Honnêtement, sur le plan personnel, c’était un moment chaleureux, agréable. Jamais je n’aurai imaginé revivre cette intimité-là, avec des enfants adultes qui avaient une activité professionnelle.

« À titre personnel, n’étant pas confrontée sur la maladie grave dans l’entourage personnel et proche. On n’a pas été touché directement dans notre entourage proche. N’ayant pas de difficulté professionnelle liée au confinement parce que personne ne travaille, chez moi, dans la restauration ou dans des métiers qui ont été touchés directement par le confinement.

« J’ai été malade, extrêmement fatiguée pendant longtemps. Je n’ai jamais eu peur. Je l’ai encore eu la semaine dernière. J’ai eu 2 jours à 39° avec des maux de tête et puis c’est tout. J’ai un ami qui en est mort, à 60 ans, en parfaite santé, avec qui j’étais en relation. C’est la seule personne que je connaissais, qui en est décédé. Je n’ai pas été confronté à cette difficulté.

« Même si j’ai été malade, cela fut sur le plan personnel une période sereine. J’ai d’ailleurs une de mes filles qui est encore à 90% en télétravail et qui habite toujours chez nous à Marseille. Je sais que cela ne va pas durer mais je ne peux que m’en réjouir. »

Quel rapport avez-vous avec les réseaux sociaux ?

« C’est un outil de travail. J’ai commencé mon activité politique avec l’émergence des réseaux sociaux.

« En 2011, lorsque j’ai présenté mon texte sur la pénalisation du négationnisme j’ai été attaquée par des Turcs. À l’époque, il y avait des blogues, des sites Internet, qui n’existent plus tout à fait de la même façon maintenant. Mon site avait été complétement hacké et inaccessible. J’ai été menacée, injuriée, insultée. Je crois que si vous cherchez mon nom, vous allez très vite tomber sur des injures en Turc avec une photo de moi, pas à mon avantage si possible, sur un drapeau français. Il y en a une avec dessus Devedjian, Boyer et Sarkozy avec « Les Misérables » marqué dessus. Ils avaient reproduit l’affiche de la Comédie musicale en mettant les photos.

« Je connais les difficultés liées à tout cela. Je m’en sers pour faire passer des messages, pour travailler. Vous voyez, tout à l’heure j’avais une réunion avec l’OSCE, je fais un petit communiqué dessus. Tout ceci est cogéré avec mon équipe parlementaire.

« Vous voyez, à titre personnel, je ne m’en sers pas. Je ne publie rien de personnel dessus. J’ai une boucle familiale WhatsApp qui sonne toute la journée, oui. [Rires] Si cela a un intérêt par rapport à ma vie professionnelle, bien sûr. Sinon, jamais de la vie ! Je ne mets pas de photos de vacances. Jamais. Je ne mets pas de photos avec mes enfants. »

 

***

Merci à Mme Valérie Boyer pour sa participation à ce portrait.

Merci à M. Jean Hingray pour son aide précieuse.

Merci à Mme Marie-Claire Carlotti pour son aide et son écoute pour la préparation de ce portrait.

Merci à M. Maxence Jouve pour son aide à l’élaboration de ce portrait.

Publié par RomainBGB

Franco-sicilien né en Helvetie. Co-auteur de l'ouvrage "Dans l'ombre des Présidents" paru en mars 2016 aux éditions Fayard.

2 commentaires sur « Madame Valérie Boyer »

  1. Passionnant comme message dans la simplicité et honnêteté. Bravo Valerie BOYER. En admiration pour tous ces combats politiques .

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