Madame Valérie Petit

Portrait d’une libérale turquoise.

Chers Lecteurs,

Commençons ensemble ce mois parfait avec un nouveau portrait sur mon blogue. Repartons faire un tour sur les bancs de notre cher hémicycle en partant à la découverte d’une nouvelle figure féminine qui la compose.

Parcours atypique. Fort de conviction de lutter contre les discriminations et la défense des droits, notre personnalité saura tracer sa route en commençant son parcours politique chez Les Verts. Ce qui lui permettra de goûter au succès des victoires électorales lors des élections européennes de 1999.

Savoir et pouvoir. C’est dans cette optique-là que le parcours de cette enseignant-chercheuse verra le jour dans le cadre d’une reconversion professionnelle.

Autocensure. C’est justement pour lutter contre cela et contre la société que notre personnalité présentera sa candidature pour l’investiture à la candidature dans sa circonscription pour les élections législatives de 2017. La suite lui donnera raison : elle sera élue avec le meilleur score de son parti pour le département du Nord.

 

Je vous laisse découvrir le portrait de la députée de la neuvième circonscription du Nord : Madame Valérie Petit !

Madame Valérie PETIT, députée de la 9ème circonscription du Nord – ©Olivier Ubéda – Droits Réservés

Compte-tenu des règles sanitaires que nous connaissons, la réalisation de ce portrait a été réalisé lors d’un appel téléphonique le 26 janvier 2021.

Bonne Lecture !

@romainbgb – 01/02/21

***

Biographie Express de Madame Valérie PETIT :

*1976 : Naissance à Meaux (Seine-et-Marne).

*1995 : Obtention du Baccalauréat mention Scientifique au Lycée Jean Vilar à Beauval (Seine-et-Marne).

*1995-1998 : Master en sciences politiques, mention service public à l’Institut d’études politiques de Lille.

*1998 : Adhésion au parti Les Verts – Premier engagement politique.

*1999 :  Militante Les Verts lors des élections européennes de 1999.

*1998-2000 : Master de communication politique au CELSA.

*2000-2001 : Master de psychologie sociale à l’École des hautes études en sciences sociales.

*2000-2003 : consultante en management.

*2003-2017 : Professeure de Management et de Stratégie à l’EDHEC Business School.

*2003-2006 : doctorat en sciences de gestion au CNAM.

*2005-2011 : Directrice de la Chaire d’enseignement et de Formation au Leadership de l’EDHEC Business School.

*2006-2011 : Fondatrice et Directrice du Centre de recherche sur la gouvernance d’entreprise de l’EDHEC Business School.

*janv.2009-juin 2017 : Auteure, conférencière et consultante sur les thèmes du leadership et de la direction d’entreprise.

*11 juillet 2013 : Auteure du livre « Leadership : l’art et la science du leadership stratégique ».

*2015 : crée Open Leadership, un centre de recherche sur le leadership inclusif et la diversité en entreprises.

*janv.2015-juin 2017 : Membre du Conseil scientifique du Laboratoire de l’égalité.

*26 février 2016 : Auteure du livre « Hommes, femmes, leadership : mode d’emploi ».

*2016-2017 : Administratrice de « Passeport Avenir ».

*2016 : adhésion au néo-parti En Marche ! en devenant simple militante.

*juin 2017 : élue députée de la 9ème circonscription du Nord.

*janv. 2020 : quitte le parti En Marche !

*mai 2020 : co-fonde le Groupe Agir Ensemble à l’Assemblée nationale et en devient Porte-parole.

*26 nov.2020 : fait adopter à l’Assemblée nationale une proposition de résolution invitant le gouvernement à lancer le débat du revenu universel avec 106 voix pour et 11 contre.

*déc.2020 : Adhésion au Mouvement Démocrate (MoDem).

 

-Membre de la commission Développement Durable de l’Assemblée nationale.

-Auteure d’un « manifeste pour une écologie turquoise » qui promeut une écologie libérale ; fait régulièrement des propositions en faveur de la biodiversité et de la nature en ville.

***

A quoi rêvait la petite Valérie lorsqu’elle était enfant ?

« Je rêvais de Basketball quand j’étais jeune. J’en ai toujours fait. Je suis fan de Basket. C’était un tout petit peu mon univers. Je voulais devenir journaliste à Maxi-Basket. C’était ma première envie, si vous voulez tout savoir.

« Quand j’ai eu dix ans, je me souviens, j’étais en CM2, c’était les élections législatives de 1986. Fameuses, puisqu’elles ont débouché sur la cohabitation. Je me souviens qu’en famille nous regardions à la télévision les débats politiques. La figure de Charles Pasqua était assez marquante, non pas que je l’apprécie forcément. Il faisait parti de ces animaux politiques dans ce bestiaire qu’était les débats politiques télévisés. Je me souviens avoir dit à ma mère : « Je veux bien faire comme les Messieurs à la télé ! »

« Je me suis toujours ensuite intéressé à la politique, essentiellement parce que j’aimai le débat et les idées. Chez moi nous n’étions pas très portés sur les études mais ma mère m’a fait remarquer que « c’était un truc où il fallait faire Sciences Po ! » C’est comme cela que j’ai fait mon choix d’étude un peu plus tard. J’ai commencé par Sciences-Po ; j’ai continué à m’intéresser à la politique, ce qui explique en partie ce que je fais aujourd’hui.

« Voilà, un peu, ceux à quoi je rêvais ! De ballon orange et de débats d’idées ! »

Quel souvenir gardez-vous de vos années d’études à Sciences-Po Lille ?

« Ce qui m’a le plus marqué c’est la classe préparatoire. Je venais d’un lycée de la cité ; le lycée Jean Vilar à Beauval, dans la zone de Meaux. Les gens n’avaient pas beaucoup d’ambition pour nous. Je me souviens que l’on avait 20% de réussite au Bac…Personne ne faisait d’études supérieurs dans mon lycée. La seule ambition que j’avais c’était de faire des études de sports pour pouvoir aller à la Fac. Je ne l’avais pas du tout rêvé ; personne n’avait rêvé mieux que cela, pour moi.

« Un jour, mon professeur de philosophie me dit : « Petit, avec vos capacités vous devriez faire une classe préparatoire ! » Qu’est-ce que c’est que cela, une classe préparatoire ? À l’époque on n’avait pas vraiment Internet. Me voilà, arrivant dans le 5ème arrondissement à la journée porte ouverte des classes préparatoires parisiennes. Je présente mon dossier. J’étais une excellente élève, qui avait fait le concours général de philosophie etc… Et là, plusieurs fois, des gens représentant les classes préparatoires me disent : « Non mais de toutes les façons, on ne prend pas des gens comme vous ! » – « Comment ça, des gens comme vous ?! » – « Des gens qui viennent de là d’où vous venez ! » – « Pourtant, j’ai des bonnes notes ! » – « Oui, mais cela ne compte pas ! » D’accord …

« Si vous voulez, quelle expérience scolaire qui m’a le plus marqué ma vie, c’est cela ! Parce que qu’est-ce qui s’est passé ?! J’ai été pris dans aucune prépa, en dépit des excellentes notes, de toutes les mentions que l’on peut obtenir. J’ai commencé à m’engager dans la lutte contre les discriminations. C’est de là que date mon plus vieil engagement politique.

« J’ai eu la chance, sur un malheur de la vie, d’obtenir un tout petit peu d’argent. J’ai fait une classe préparatoire privée, c’était IPESUP à l’époque. C’est comme cela que je suis arrivée à Sciences-Po Lille. J’y ai passé de très bonnes années. Je me souviens très bien du bureau des Sports et de quelques professeurs marquants que j’ai eu. Par exemple j’ai été l’élève de Jean-Michel Blanquer

« C’est surtout la prépa qui m’a marqué parce qu’après je suis arrivée en bourgeoisie, si on peut dire les choses, dans le 16ème arrondissement. J’ai découvert un autre monde. Je suis passé de la Cité, avec pas beaucoup d’ambition pour ses enfants, à un monde ultra-compétitif, de grandes écoles, de bourgeois. Cela a été le début de mon embourgeoisement [Rires] ; de mon ascenseur social à moi. Ce sont ces année-là qui ont le plus compté. »

Quelle expérience tirez-vous de votre diplôme de communication du CELSA ? Que retenez-vous de votre passage sur les bancs de l’HESS ?

« En réalité je suis quelqu’un qui a un goût démesuré pour l’apprentissage. J’aime apprendre ; j’aime les idées. Chaque école a été pour moi l’occasion d’explorer un domaine, une discipline, de nouvelle personne, de nouvelle rencontre, de nouvelle culture intellectuelle. C’est aussi pour cela que j’ai été dans plein de disciplines différentes. J’ai toujours eu un immense appétit de connaissance.

« Les rencontres qui m’ont marqué ? J’ai cité mon professeur de philosophie qui m’a sauvé au lycée. C’est vrai qu’il y a eu Jean-Michel Blanquer qui été mon professeur de liberté publique, pour moi qui suis libérale !… J’en ai un très bon souvenir ; un très bon enseignant. Il a d’ailleurs dirigé mon mémoire de fin d’études.

« Le CELSA, il est vrai que je n’en n’ai pas de souvenir précis.

« Le HESS, c’était intéressant parce que j’ai commencé à travailler sur des sujets de leadership, de pouvoir, puis sur l’entreprise. J’ai vite compris que dans une certaine partie du monde académique français il était compliqué de parler d’entreprise sans être prit pour quelqu’un « de droite » ; c’est un objet sale. C’était encore très marqué par la culture marxiste. Le HESS, c’était pour moi assez amusant.

« Le doctorat ensuite n’a pas été vraiment une école puisque j’ai toujours travaillé en parallèle depuis mes dix-huit ans. Toutes mes études je les ai faites en travaillant à côté. Je n’étais pas dans ces élèves qui étaient super-investis dans la vie de l’école parce que j’avais mon travail à côté. J’étai concentré juste sur les études et le travail. Ce n’était pas moi l’ambianceuse des promos en fait ! [Rires] »

Comment s’est créé votre adhésion militante chez Les Verts ? Comment avez-vous vécu les européennes de 1999 ?

« J’ai toujours été attaché à l’écologie et à la nature, même si j’ai grandi dans le béton. Mais aussi sur la lutte des droits, comme j’en parlai précédemment. Mon premier engagement associatif c’était dans une association de ligue contre le racisme et de défense des droits des ultramarins. Deux thématiques très prégnantes chez EELV. C’est pour cela, au sortir de Sciences-Po, j’avais envie de militer.

« C’était aussi, pour moi, la figure de Daniel Cohn-Bendit, qui était importante. A la base je suis plutôt une libertarienne. Je ne suis ni de gauche, ni de droite. Dany, c’était aussi pour moi, au-delà du combat écologiste et européen, une grande figure de défense des libertés sur le plan sociétal. Je me suis engagé chez les Verts, un peu pour l’écologie, mais aussi pour Cohn-Bendit. Aujourd’hui, même si je ne suis plus chez EELV, j’ai toujours beaucoup d’affection pour Cohn-Bendit. Je suis toujours quasiment d’accord avec tout ce qu’il dit. Cela a aussi beaucoup marqué ma vision des partis politiques. Je suis quelqu’un qui est très démocrate ; qui est attaché au caractère citoyen dans le fonctionnement des partis. On a souvent dit : « Oui mais les Verts, c’est souvent le bordel ! » Oui, c’est un parti où il y avait de la démocratie interne. Ce qui est quelque chose de très important pour moi. L’écoute des citoyens et le combat écolo. C’est une très bonne expérience.

« Après on a fait la campagne des européennes. C’est là que j’ai rencontré François de Rugy. On a fait une campagne qui était magnifique, on a fait un très beau score. Il y avait une très bonne ambiance. C’est vraiment un très beau moment politique pour moi. C’était une très bonne première expérience de militantisme. J’étais toute jeune. Je n’y suis pas resté parce qu’en fait il fallait que je gagne ma vie. Ma famille avait besoin d’aide et je devais, moi aussi, gagner ma vie financièrement. Il n’y avait pas de perspective pour une stagiaire de vingt-deux ans. Je ne voulais pas faire de petits boulots dans la politique. En plus, à l’époque j’étais aussi à l’Assemblée nationale. On travaillait autour de Noël Mamère qui était député. François de Rugy, lui, était au groupe. A l’époque les Verts avait un groupe à l’Assemblée. En fait c’était un monde ultra-conservateur, masculin, machiste. Pour la jeune femme un peu idéaliste de vingt-deux ans, je n’ai pas eu envie de poursuivre là-dedans. J’ai arrêté la politique et je suis partie travailler dans le business dans une start-up. »

Comment se passe votre expérience de consultante en management ?

« Exactement. J’ai pas mal travaillé en intérim et là j’ai pris un « vrai travail ». C’était la première vague des start-up, à la fin des années 1990. J’ai fait cela quelques temps jusqu’à ce que la bulle Internet explose, la start-up avec. Là, j’ai fait ma première reconversion professionnelle, je suis passé dans le monde de la science. Je me suis inscrite en doctorat. Je suis rentré à l’EDHEC et j’ai commencé une carrière dans le système académique.

« J’ai fait consultante car il y a deux choses qui sont très forte dans mon caractère.

« Un, je suis très curieuse des gens. J’aime les écouter, comprendre leurs métiers. J’aime trouver des solutions aux problèmes. Ce qui est le fond de commerce du consultant. C’est d’aller dans les entreprises, écouter, comprendre, trouver des solutions. Deux, j’aime les petites structures. J’aime la liberté. Je n’aime pas la hiérarchie. L’ambiance start-up m’allait bien.

« Pour faire le parallèle, quand je me suis retrouvé là, il y a un peu moins d’un an, dans les coulisses de l’Assemblée nationale, avec mes futurs collègues du groupe Agir, c’était exactement la même ambiance. On voulait créer notre petit groupe sur la base de nos idées, de nos énergies, avec un fonctionnement pas hiérarchique. J’ai toujours aimé ce mode de fonctionnement là. C’est pour cela aussi que j’ai quitté la REM. Des petits groupes… Dans le monde académique, c’est pareil. J’ai toujours été un peu entrepreneur. J’aime les petits groupes, les petites structures, trouver des solutions aux problèmes, écouter les gens. Toujours un peu les mêmes choses, malgré les métiers un peu différents. »

Quel souvenir gardez-vous de vos années d’enseignement et de dirigeante à l’EDHEC Business School à Lille ?

« J’ai fait cela pendant presque quinze ans. Je suis quelqu’un de profondément scientifique, c’est-à-dire que les valeurs de la science sont les miennes. A titre personnel, l’indépendance, la liberté de pensée, l’éthique, l’objectivité.

« J’ai adoré être enseignante-chercheur. Le fait de transmettre son savoir pour permettre aux plus jeunes d’être libre pour se forger leurs propres avis, leurs propres vies. C’était ça qui m’a donné le goût de l’enseignement et de la recherche. J’ai eu la possibilité de créer trois centres de recherche. Toujours pareil, dans l’esprit start-up. J’aime bien à partir d’une idée, d’un regard des gens… créer quelque chose à partir de rien.

« J’ai fait cela aussi dans l’enseignement supérieur et ce que j’en retiens surtout de ce passage c’est que j’étais une spécialiste du pouvoir. Lorsque je suis passé à la politique j’avais quelques grilles de lecture qui me sont bien utiles. [Rires] »

En 2016, vous décidez de vous engager politiquement en adhérant au néo-mouvement, En Marche ! Comment avez-vous vécu ce moment ?

« Exactement. C’est un peu la crise de la quarantaine. Je me suis dit : « Bah Valérie, voilà, tu arrives au milieu de ta vie, est-ce qu’il n’y a pas des choses auxquelles tu as renoncé et que tu peux encore sauver ? » Il y avait plusieurs choses. Il y avait l’écriture. Je suis quelqu’un qui écrit beaucoup, puis prise par le boulot… J’ai écrit beaucoup de chose en Sciences mais ça m’a donné l’envie d’écrire autre chose ; je me suis remise à l’écriture. L’autre chose que je regrettais un peu d’avoir abandonné, c’était la politique. Je me suis dit, bon !

« Emmanuel Macron m’a convaincu sur le fait que des gens comme moi, issues de la société civile, avaient quelque chose à apporter à la politique et au pays. Quand bien même ils n’avaient pas quinze ans de carrière d’élu local derrière eux.

« Deuxièmement, pour moi, Macron c’était un esprit libéral. C’est-à-dire avec la différence des libertés sur le plan sociétal, la PMA etc… Et en même temps, l’émancipation de l’individu, le libéralisme économique, auquel je suis aussi très attachée. Pour moi, c’était peut-être depuis Valéry Giscard d’Estaing, le premier possible président libéral, au sens où moi je l’entends, au sens très large. C’est pour ces raisons-là que je me suis lancé ; donc pas avec beaucoup d’ambition au début, pour contribuer. »

Comment s’est produit votre rencontre avec Emmanuel Macron ? Comment avez-vous vécu la campagne présidentielle de 2017 ?

« Je n’ai absolument pas rencontré Emmanuel Macron. J’étais une simple militante. Je n’avais absolument aucune entrée dans le parti, aucun passe-droit, aucun accès au candidat. Je n’étais pas parisienne. Je n’étais pas dans ce petit monde. D’ailleurs cela ne m’intéressait pas forcément. J’étais là pour aider. Vous savez, j’avais fait ma carrière. J’avais eu « la gloire ». J’avais publié dans les revues. J’avais écrit des livres qui faisaient plaisir à ma maman. [Rires] Je n’ai pas eu un accès particulier. Je l’ai rencontré par la suite quelques fois. Cela n’a pas changé ma vie. De toutes les façons, j’étais déjà convaincu. Je n’avais pas besoin de cela. Ce n’est pas du tout cela qui m’avais motivé.

« Je suis une intellectuelle, vous savez. J’adhère au macronisme. Emmanuel Macron, il incarne le macronisme. Je crois au projet politique du macronisme, voir le projet intellectuel qu’il y a derrière Emmanuel Macron. J’espère bien que demain, même s’il n’y a plus Emmanuel Marcon, l’on continuera à porter ce projet.

« A titre personnel, je m’attache à le formaliser intellectuellement parlant. Parce que beaucoup ont suivi le président pour des raisons affectives. Je l’aime bien mais moi, je l’ai suivi pour des raisons philosophiques et politiques, pour ce qu’il porte comme idées et ce qu’il incarne comme façon de faire de la politique.

« Je n’ai pas besoin qu’il m’aime et je n’ai pas besoin non plus de l’aimer, ni de le côtoyer. Là, je lui ai mis un message mais cela arrive très rarement. Il a autre chose à faire. Je le sais parce que je le vois beaucoup autour de moi. Les gens me disent : « Oh mais Valérie tu devrais… ! » Non ! Quand je vais voir le président, déjà, j’ai des solutions à lui apporter, sinon je n’ai pas à l’embêter. Je ne vais pas le voir pour le voir, pour qu’il m’aime en tant que personne. Je suis là pour rendre les choses utiles. Je propose les choses.

« La présidentielle, c’était une très belle campagne. J’étais dans mon petit comité local avec une superbe ambiance. J’ai fait de belles rencontres. Il y avait beaucoup de gens sincères et de qualités dans les militants. C’était assez chouette.

« Mon meeting préféré reste celui d’Arras, où le candidat c’était écharpé avec Marine Le Pen chez Whirpool avant. Il est arrivé à Arras galvanisé, brillant. C’était un bonheur ce meeting. Mon plus beau souvenir de la campagne. »

En juin 2017 vous êtes élue députée de la 9ème circonscription du Nord. Comment avez-vous appréhendé ce moment ? Comment vivez-vous votre expérience de députée au sein de ce nouvel échiquier politique ?

« Pour revenir sur ma candidature, comme je l’ai dit je n’avais pas d’accès particulier. Je n’avais pas pensé à être députée, pour moi c’était quand même une sacrée marche à monter d’un coup.

« Je suis dans un bistrot avec mon mari. Je regarde la vidéo d’Emmanuel Macron qui avait lancé la campagne de recrutement en ligne pour les législatives. Il explique qu’il n’y a pas assez de femmes, « qu’il ne faut pas que les femmes s’autocensurent ! » Je râle devant mon écran parce qu’à l’époque je viens de sortir un livre, qui est le fruit de mon travail sur l’égalité femme-homme, où j’explique justement, qu’il n’y a pas d’autocensure chez les femmes mais que c’est plutôt la société qui les censure. Je râle !

« Mon mari me dit : « écoutes, tu sais quoi ?! Au lieu de râler, tu devrais te bouger ! » Excellent conseil du mari. Il me dit : « Pourquoi tu n’y vas pas toi ?! Tu vois que tu t’y sens sûr ! » Évidemment, je prends la mouche. Je me dis, ok, voilà ce que l’on va faire, je vais rentrer à la maison. Je vais me mettre devant mon ordinateur. Je vais écrire ma lettre de motivation. Si cela vient tout seul, je l’envoie, c’est que c’est un signe. Sinon on passera à autre chose. Je rentre chez moi où j’écris sept pages en deux heures. Le soir j’ai posté une vidéo. Mon dossier sur la plateforme En Marche ! J’ai été investie sans même être prévenue. J’ai appris à la télévision que j’ai été investie sur une circonscription [Rires].

« Le référent En Marche ! de l’époque, Christophe Itier, m’appelle pour me dire que j’étais investie dans une circonscription où je n’ai aucune chance. Que cette circonscription serait ingagnable, qu’elle est acquise à la droite classique depuis 1958. Sauf que moi je pense qu’il se trompe, qu’il me sous-estime. Je la connais bien ma circonscription. Je pense qu’elle est de centre, centre droit, modérée et libérale. C’est exactement mon positionnement. Je fais une grosse campagne de terrain, tout le monde, partout. Ce que ne faisait pas mon prédécesseur. Par ailleurs le contraste d’une jeune femme, de la société civile face à un député, un peu plus classique. Plus l’étiquette Macron. Plus, plus, plus… C’est moi qui fais le meilleur score de La République en Marche dans le Nord et qui gagne la circonscription ingagnable ! C’est le début qui m’amène à l’Assemblée.

« Je suis quelqu’un qui a l’habitude de gérer de la complexité. On arrive dans l’Assemblée sous une chaleur caniculaire. Je suis à la commission des Affaires sociales sur les ordonnances travail qui arrivent tout de suite en commission. C’est une complexité folle, pas simplement le travail parlementaire. Les interlocuteurs politiques ou locaux que l’on ne connait pas. Il faut tout apprendre. Des milliers de noms. Une procédure nouvelle. Une culture professionnelle qui n’est pas du tout celle que j’avais en Sciences. C’est très dur. On est submergé. J’avais déjà fait une reconversion professionnelle, ce n’était pas la première fois. C’est dur parce que c’est très complexe. On sent que l’on n’a pas prise sur tout. Cela passe très vite, les projets de lois s’enchaînent. On a du mal à reprendre son souffle.

« Assez rapidement j’ai choisi mes combats. Vous ne pouvez pas être efficace si vous ne maîtrisez pas vos sujets, si vous ne concentrez pas vos efforts. J’ai trois combats, toujours les mêmes depuis le début.

« Mon premier axe c’est l’écologie, notamment toute la partie préservation de la biodiversité et le retour de la nature en ville. Mon premier axe de combat où je commence une mission là-dessus. Ça vient de loin. Cela fait vingt-cinq ans que j’embête tout le monde. C’est mon mode de vie. Je reste fidèle à mes convictions.

« Je viens d’avoir une petite victoire sur mon territoire où l’on va créer l’Agence nationale de la Biodiversité dans les Hauts-de-France. Ce qui va considérablement accélérer les progrès sur la biodiversité dans ma région. Je suis super contente. C’est une belle victoire. Je m’engage beaucoup sur la loi climat, notamment la partie qui me passionne, en tant qu’ancienne professeure de gestion, qu’est la finance verte. Comment on peut réorienter la finance vers la transition écologique ?

« Mon deuxième axe c’est lié à mon combat contre les discriminations et la défense des droits. J’ai fait publier une proposition pour faire valoir les droits des personnes transgenres. J’ai travaillé sur le droit à l’IVG, sur les violences obstétricales, le droit des femmes. Tout ce qui est droit et liberté. C’est toujours un gros combat pour moi. Je continue encore avec pas mal de choses là-dessus.

« Mon troisième sujet c’est le revenu universel. C’est un vieux combat.

« Lorsque j’étais chez les Verts, je me souviens, on militait déjà pour l’extension du RMI au moins de 25 ans. Je n’ai jamais compris parce que vous aviez entre 18 et 25 ans, vous aviez la moitié de vos droits. Je trouve cela d’une injustice folle. On n’est pas des demi-citoyens entre 18 et 25 ans. Ce qui s’est transformé pour moi en conviction qu’il fallait faire le revenu universel. La crise est arrivée. Ce qui a montré que plein de gens étaient laissé sur le carreau de la protection sociale. Les indépendants, les étudiants. J’ai recommencé à me remobiliser sur le revenu universel.

« J’ai obtenu une belle victoire parce que j’ai fait voter en novembre dernier à l’Assemblée, avec le soutien de beaucoup de partis, y compris de l’opposition de gauche, le fait qu’il y ait enfin en France un débat sur le revenu universel. Il y avait une grosse demande à la fois de la société civile mais des français en général. On a eu des soutiens des chefs d’entreprises, des académiques, des associations de lutte contre la pauvreté. Je passe beaucoup de temps à essayer de convaincre le gouvernement et le président de faire le revenu universel, qui serait une réforme historique si on la faisait ! Dans les temps difficiles que l’on vit, avec un français sur six qui est pauvre, un chômage qui va dépasser les dix pour cent… Je suis très inquiète. Voilà mon troisième combat. Après… Je fais ce que je peux !»

« A côté de cela, commence à nous dire que l’on est « des godillots » … On est dans un groupe, LREM, qui est pléthorique. On n’arrive pas à travailler une façon de travailler qui est rationnelle. On n’est pas soutenu par le groupe. Il n’y a pas d’organisation qui soutient les députés pour faire leurs travails. On attend de nous que l’on vote. Comme je dis souvent, comme le chat en porcelaine que l’on voit dans les restaurants chinois qui lèvent la patte, le Maneki-neko. A un moment donné cela ne me convient pas.

« Je suis quelqu’un de très indépendant, de très libre, qui aime penser. Quelques années plus tard je vais partir et créer un petit groupe qui s’appelle Agir Ensemble, qui correspond beaucoup mieux à ma façon de travailler.

« Il m’a fallu deux ans pour maîtriser mon travail. C’est vraiment cette année que je suis efficace. Je gagne des combats parlementaires. Je fais voter ; j’obtiens des choses. Cela m’a pris deux ans pour aussi quitter un groupe qui était totalement inefficace et dans une logique de soumission et d’obéissance. J’ai toujours dit que je soutiens le projet du président, je suis loyale mais je ne suis pas obéissante et encore moins soumise ! Cela m’a valu pas mal d’inimités chez certains qui aiment l’obéissance, en particulier chez les femmes. Chez moi, c’est vraiment pas du tout le cas. Maintenant que je suis chez Agir Ensemble, c’est un bonheur professionnel. »

En janvier 2020 vous décidez de quitter le mouvement En Marche ! En mai 2020, vous participez à la création du groupe Agir Ensemble ; vous portez à dix les groupes de députés présent dans l’hémicycle national. Pourquoi avez-vous pris cette décision ?

« La séquence c’était que j’étais au parti En Marche ! Je l’ai quitté parce qu’il y a eu des pratiques qui étaient contraire à mon éthique pendant les élections municipales à Lille. Pour des raisons d’éthiques et pas politiques, je précise bien, j’ai quitté ce parti. Il était hors de question que je cautionne. Exit, voice, loyalty. Alors exit ! Je suis resté malgré tout apparentée au groupe LREM à l’Assemblée nationale.

« En réalité, je travaillais depuis longtemps avec Olivier Becht à la création d’un petit groupe qui serait un peu l’émanation de l’aile droite de la majorité, libéral, européen, social, à taille humaine, avec une ligne politique. J’ai travaillé pendant des mois. C’est en effet qu’en mai que l’on a créé le groupe et après que j’ai rejoint à la fois le groupe Agir et le Modem parce qu’en fait je suis une libérale démocrate. Il se trouve qu’en France, il y a deux partis sur le créneau.

« C’est comme cela que l’on a créé le groupe. On est vingt-deux aujourd’hui. On est très content. On trouve notre place dans la majorité, qui est d’être ce que l’on appelle des constructifs. C’est-à-dire que l’on est loyal mais l’on est libre de notre vote. On est libre de penser. On se permet des critiques à l’encontre du gouvernement quand on pense que c’est utile, y compris pour lui. J’aime beaucoup ce positionnement qui ménage mon indépendance dans le cadre d’une loyauté vis-à-vis du président. »

Quel regard la psychologue sociale porte-elle sur la pandémie mondiale qui nous touche ?

« Dans mon travail académique j’ai beaucoup travaillé sur le pouvoir et notamment j’ai toujours été intéressé de comprendre pourquoi les gens étaient à ce point fasciné par le pouvoir ? Ou par les gens qui en avaient ? Parce que moi, je ne le suis pas du tout ! Ce qui est même catastrophique pour une politique ! J’ai toujours préféré la liberté au pouvoir. Je trouve que le pouvoir est une servitude. Si ce n’est pas juste du pouvoir pour faire, cela ne m’intéresse absolument pas.

« Concernant cette pandémie, du point de vue de la chercheuse qui a travaillé sur les questions de pouvoir et d’abus de pouvoir, notamment sur la question de l’hùbris, je suis assez épaté de voir comment l’exécutif, je ne parle pas spécialement du président, la machine de l’État, pour moi, sont vraiment en plein hùbris. C’est-à-dire, un peu ivre d’eux-mêmes. Je le vois sur le terrain, l’administration déconcentrée de l’État, comme l’ARS, qui n’écoute pas les citoyens, qui croit tout savoir, qui pense que l’on peut tout piloter de façon centralisée depuis Paris. Il y a une espèce de certitude que l’État a raison que je trouve quasi pathologique.

« La pandémie en France révèle une certaine maladie du pouvoir d’État. Je le dis. De la même façon je trouve que l’exécutif va trop loin dans le respect du parlement. En tant que parlementaire, je le dis, je ne me sens pas respecté du tout. Il n’y a plus de place pour le débat. La stratégie vaccinale, on ne l’a même pas voté. Je suis très inquiète du faible pouvoir du parlement. La pandémie en France doit nous alerter contre cette hùbris qui touche l’État et l’exécutif. Cela va trop loin, c’est presque de l’abus de pouvoir. L’urgence sanitaire n’exige pas autant place laissée à l’ivresse du pouvoir.

« Ce qui m’épate c’est comment les français acceptent autant de restriction de liberté. Je suis quasi admirative, en même temps qu’inquiète, sur le premier confinement. Le deuxième confinement. Là, il y a la perspective d’un troisième. C’est incroyable ce que les français ont été de bonne volonté pour abandonner leurs libertés. Je ne sais pas s’il faut s’en réjouir… Je ne m’en réjouis que moyennement !

« La leçon que j’ai sur les pandémies c’est que l’on a très vite abandonné nos libertés. Est-ce que l’on va être capable de les redemander ? D’en avoir à nouveau envie ? Je suis une démocrate-libérale. Je m’inquiète un tout petit peu de tout cela. C’est de la dimension politique de droit et de liberté qui moi m’inquiète. Cela fait maintenant un an que nous sommes sous l’état d’urgence sanitaire. Il y a des pouvoirs exorbitants donné au pouvoir exécutif et à l’État. Les libertés fondamentales sont quand même largement restreintes. La liberté de circuler, de commercer et d’entreprendre… WOUAHOU !

« Autre chose, aussi, qui m’inquiète, c’est qu’elle choque un peu aussi les démocraties dans leurs fonctionnements. On voit que c’est compliqué les élections, aussi. Cela vient choquer le processus électif. Cela vient relancer des débats. On voit une certaine efficacité de certains pays asiatiques, qui ne sont pas du tout démocratiques. L’on pourrait dire, regarder les démocraties libérales, leurs marchés, leurs capitalismes… Est-ce que finalement c’est la meilleure façon de gérer la crise sanitaire ? Est-ce que ce n’est pas plus efficace dans un régime autoritaire ? J’ai aussi peur de ce genre de comparaison pour la démocratie libérale. La pandémie met aussi à l’épreuve nos démocraties et nos parlements. »

Quel rapport avez-vous avec les réseaux sociaux ?

« Je suis pour la liberté d’expression. Je pense que tout le monde doit pouvoir dire tout ce qu’il veut. En revanche, lorsque cela a des conséquences graves, ce soit extrêmement sévèrement réprimé. Je suis déjà ouverte sur le débat de savoir s’il on considère les réseaux sociaux comme un espace de débat public ; dans lequel finalement le droit peut faire régner le droit. La justice peut faire régner le droit et la loi. Je ne suis pas totalement fixé là-dessus. J’ai plutôt tendance à considérer que les réseaux sociaux sont un espace public. Je suis aussi plutôt porté à considérer qu’en aucun cas ce soit les plateformes qui doivent faire à la place du juge.

« Quand la loi Avia peut imaginer qu’il va y avoir une autorégulation des plateformes ou que ce sont les plateformes elles-mêmes qui vont réguler… Je n’y crois pas ! C’est assez contraire à mes convictions libérales, je pense que c’est au juge. Aujourd’hui on doit se demander comment on peut équiper le citoyen, notamment dans la lutte contre les discriminations ? C’est la loi du 27 mai 2008, qui ne s’applique pas aux citoyens.

« Comment le citoyen peut, en un temps rapide, faire valoir ses droits ? C’est-à-dire les injures ou les menaces dont il est la victime soient réprimandés par le juge, pas par les plateformes, tout de suite. C’est la question où pour moi il faut les moyens pour la justice. Il faut l’accès au droit pour les citoyens. Il faut lever certains verrous.

« Je vous donne un exemple. Sur les plateformes de porno. PornHub par exemple. Si une vidéo de vous a été mise à votre insu, vous ne pouvez pas envoyer un message à la plateforme. C’est seulement les éditeurs qui peuvent s’adresser. C’est en Be to Be. Le citoyen n’a pas la maîtrise de son image. Il ne peut pas du tout faire valoir son droit ; de la même façon que de ne pas pouvoir dénoncer des violences ou quoi que ce soit… Ce n’est pas le cas pour toutes les plateformes, mais encore pour pas mal d’entre-elles. Je donne un exemple parmi d’autres, où le citoyen ne peut pas faire valoir directement, rapidement, efficacement ses droits. C’est plutôt ça ma position.

« Je suis une auteure à la base. Mes mots sont mes mots. Je ne laisse personne écrire à ma place. Ce qui me prend beaucoup de temps. [Rires] Malheureusement. J’aimerai beaucoup être moins sur les réseaux sociaux. Je n’aime pas ça. Je vous le dis. Il y a une exposition de soi que je n’aime pas. Ce n’est pas dans mon tempérament. Je n’allais jamais sur Twitter ou sur Facebook avant. J’y suis allé contrainte et forcée par la politique mais je déteste cela, fondamentalement. Je suis très attaché à la vie privée. Je crois au travail qui parle pour la personne et non pas à la personne qui parle de son travail.

« Au moment du retrait du compte de Donald Trump par Twitter, j’ai fait parti de ceux qui se sont demandés si l’on n’allait pas quitter Twitter ! Je discutais autour de moi avec des gens, comme Gaspard Koenig, qui ont quitté Twitter. J’hésite beaucoup là. Je suis à cinquante-cinquante de partir. Je vois des choses tellement infâmes là-dessus. Ça me prend du temps. Moi qui aime la pensée qui se déploie, deux cents quatre-vingt caractères c’est juste misérable. C’est vraiment contrainte et forcée que j’y vais. J’espère que l’on va avoir un mouvement, un peu comme sur la consommation responsable. S’il y a un mouvement politique à se désengager de Twitter, je serai sans doute l’une des premières car c’est un fardeau. Mais je ne veux pas le faire interdire [Rire]. »

Indiscrétion

« J’aime les chats et la science-fiction. [Rires] Je suis assise à côté de mon chat qui s’appelle Merlin, un vieux chat tout gentil, tout noir, qui vient de la SPA de Tourcoing.

« Sinon ma couleur préférée c’est le turquoise. J’ai fait de ma couleur préférée un concept puisque j’ai proposé la notion d’écologie turquoise, mélange de bleu et de vert, pour définir une écologie que j’appelle de liberté ou libérale. Ce qui peut sembler antinomique mais j’essaye de montrer que l’on peut miser sur la responsabilité individuelle, sur le marché et sur l’initiative tout en étant écologiste. Au contraire, en faisant progresser l’écologie de cette façon-là. »

***

Merci à Madame la députée Valérie Petit pour sa participation et son écoute.

Merci à Monsieur Alexandre Saada pour sa bienveillance.

Publié par RomainBGB

Franco-sicilien né en Helvetie. Co-auteur de l'ouvrage "Dans l'ombre des Présidents" paru en mars 2016 aux éditions Fayard.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :