La politique de combat

Cher lecteur,

Dans la lignée de mes interviews politiques, je vous prie de bien vouloir découvrir l’entretien téléphonique que j’ai pu avoir avec Monsieur Gaspard GANTZER.

Vous avez pu lire son retour d’expérience élyséen dans son ouvrage, sorti l’automne dernier, intitulé « La politique est un sport de combat », aux éditions Fayard.

Bonne lecture !

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Monsieur Gaspard Gantzer. – Crédit Photo : M. Jean-Paul Lefret.

Bio Express

*8 septembre 1979 : Naissance à Paris – XIVème de Gaspard Gantzer.

*juin 2001 : diplôme de l’Institut de Sciences Po Paris.

*2002 : prend sa carte au Parti socialiste.

*juin 2004 : diplômé de l’E.N.A. (promotion Sédar-Senghor). Entre au ministère du Travail, à la Direction Générale.

*2007 : détaché au ministère de la Culture et rejoint le Centre national du Cinéma et de l’image animée.

*2008-2010 : devient directeur de cabinet de Christophe Girard, Adjoint à la Culture du Maire de Paris.

*2011 : Soutient Martine Aubry lors de la primaire socialiste.

*2010-2012 : conseiller communication du Maire de Paris.

*mai 2012-janvier 2013 : porte-parole du Maire de Paris.

*janvier 2013-avril 2014 : conseiller communication et Presse du ministre des Affaires étrangères et du Développement Internationale.

*23 avril 2014-14 mai 2017 : nommé conseiller chargé des relations avec la Presse, chef du pôle communication de la Présidence de la République.

*juillet 2017 : création avec Roman Abreu et Denis Pingaud de la société de conseil baptisée « 2017 ».

***

Bonjour Monsieur Gantzer. Avez-vous su, dès le départ, que vous vouliez faire ce parcours scolaire là ?

« Je n’avais pas imaginé intégrer de Grandes Ecoles. En revanche, j’ai toujours eu la passion de l’Histoire, de la Géographie, de la connaissance de nos Institutions … Quand j’étais au lycée, à Paris dans le 15ème arrondissement, j’hésitais entre deux types de parcours : une carrière de journaliste ou une carrière d’avocat ! Après mon Baccalauréat j’ai passé Sciences Po, que j’ai raté. Je suis allé en Droit. Après une année de droit à Assas, j’ai repassé le concours et cette fois je l’ai eu. Une fois rue Saint-Guillaume, le plan ne s’est pas déroulé de la façon prévue puisque je ne me suis pas du tout engagé vers le journalisme, mais au contraire vers les affaires publiques. »

Vous êtes arrivé là un peu par hasard … ?!

« En fait, comme toujours dans la vie ! C’est une vocation qui s’est affermi au fil du temps, des rencontres et des expériences. »

Du coup vous vous êtes dit, pourquoi ne pas faire l’E.N.A. ?!

« A l’époque, j’étais surtout passionné par la politique en général, les enseignements, les débats qui étaient liés à ça. Nous étions à l’aube d’un nouveau millénaire. La guerre froide était terminée depuis longtemps. La construction européenne progressait. La gauche était au pouvoir en France et dans la plupart des grandes démocraties. C’était aussi l’époque de la première génération des entreprises liées à Internet. Tout semblait possible. J’ai longtemps hésité à créer ma propre entreprise. Juste après Sciences-po, j’ai passé le concours de l’ENA, par défi, car je n’avais guère d’illusions sur cette école. La réussite du concours a repoussé à plus tard mes projets d’entrepreneuriats. »

Ce que l’on comprend, en lisant votre ouvrage, c’est que mis à part vos notes de sports, qui pourraient faire remonter votre moyenne, vous n’y croyez pas trop à votre réussite du concours…

« J’avais bien évidemment envie de politique et d’action au service de l’intérêt général. Je ne pensais pas du tout que j’étais assez bien préparé pour avoir l’ENA, qui est un concours, quand même, assez difficile. Mais avec un peu d’audace et de travail j’ai réussi à être admis. »

Ensuite vous entrez au ministère du Travail. Puis en 2007 vous passez par le Centre national du Cinéma, pour arriver en 2008 au cabinet de Christophe Girard, adjoint de Bertrand Delanoë à la Mairie de Paris.

« Les choses se sont fait à la fois de façon logiques et hasardeuses. J’ai su à chaque fois saisir les opportunités. Quand j’étais au ministère du Travail, à la fin de mes trois années passées là-bas, on m’a confié la gestion du difficile conflit des intermittents du spectacle.

« J’ai été nommé médiateur au niveau national pour tenter de négocier des conventions collectives s’appliquant aux différentes professions du spectacle et de l’audiovisuel. Ce qui m’a conduit à rencontrer beaucoup de personnalités dans le monde du cinéma et de l’audiovisuel. C’est pour cela quand j’ai décidé de quitter le ministère du Travail en 2007, j’ai choisi de rejoindre le ministère de la Culture et l’un de ses établissements les plus efficaces, le Centre national du Cinéma.

« Une fois là-bas, je m’y plaisais beaucoup. Il se trouve que Bertrand Delanoë a été réélu pour un second mandat à la Mairie de Paris en 2008. Cette élection suscitait beaucoup d’enthousiasme et d’envie chez moi. J’avais eu l’occasion d’en parler avec l’un des principaux collaborateurs de Bertrand Delanoë de l’époque, Bernard Gaudillère. Il a eu la gentillesse de parler de moi à Christophe Girard, l’adjoint au maire de Paris chargé de la culture, qui cherchait un directeur de cabinet. C’est comme ça que l’histoire c’est faite. »

Bertrand Delanoë vous a nommé ensuite à son cabinet en 2010.

« J’ai travaillé plus de deux ans avec Christophe Girard, en œuvrant à l’ouverture des centres culturels dans Paris, comme le CentQuatre, la Gaité Lyrique … Mais aussi à l’aider à programmer la Nuit Blanche, à réfléchir sur l’émergence des nouvelles générations de directeurs de salles de spectacles notamment au Montfort, au CentreQuatre ou au Théâtre de la Ville. Ce qui m’a conduit à croiser Bertrand Delanoë.

« Quand celui-ci a dû trouver un nouveau conseiller en communication, il a pensé à moi, alors que je ne connaissais rien à ce métier. Je ne le remercierai jamais assez d’avoir eu cette idée, cette créativité et cette audace de me confier cette responsabilité. »

En 2002, vous prenez votre carte d’adhérent au Parti Socialiste. J’imagine que vous avez continué votre militantisme en parallèle de votre parcours professionnel ?

« Je militais dans le XIème arrondissement de Paris de façon très humble et discrète. J’étais un militant comme les autres en donnant de mon temps pour aider au socialisme parisien. A la fois avec joie, puisque c’est vrai que c’est une époque où les socialistes réussissaient à Paris dans le sillage de Bertrand Delanoë. Mais aussi une sorte de frustration parce que ce Parti était déjà très hiérarchisé dans son organisation et même bureaucratisé. Ceci ne permettant pas nécessairement à une nouvelle génération de militant de prendre des responsabilités rapidement. »

On ne vous a pas proposé une terre d’élection du coup ?

« Non, jamais. Sauf si, peut-être si j’étais resté plus longtemps à la Mairie de Paris, peut-être que ça serait arrivé. On ne me l’a jamais proposé à cette époque là. »

Pendant la Primaire du Parti socialiste de 2011 vous aviez soutenu la candidature de Dominique Strauss-Kahn puis ensuite Martine Aubry après l’affaire du Sofitel ?

« J’ai soutenu Martine Aubry dès le départ. Je travaillais avec Bertrand Delanoë qui avait décidé de la soutenir. J’avais fait le choix de suivre Bertrand Delanoë dans ses convictions. J’étais son principal collaborateur, à l’époque, il aurait été paradoxal de faire un choix différent du sien. C’était ma loyauté. »

En janvier 2013, vous arrivez au ministère des Affaires étrangères comme conseiller communication et Presse de Laurent Fabius.

« L’élection présidentielle de 2012 est passée par là. J’ai fait le choix de rester à la Mairie de Paris quelques mois. En janvier 2013, lorsque Laurent Fabius m’a proposé, via une amie en commun de rejoindre son équipe, il est vrai que j’ai sauté sur l’occasion. Je rêvais depuis longtemps d’avoir l’opportunité de pouvoir travailler au niveau national. J’avais travaillé au sein de l’administration publique. J’avais travaillé en collectivité locale. Je voulais aussi découvrir ce que c’était que de travailler dans un cabinet ministériel. »

Le 23 avril 2014, vous êtes nommé conseiller chargé des relations avec la Presse, chef du pôle communication de la Présidence de la République. Expérience que vous racontez dans « La politique est un sport de combat » (Fayard, octobre 2017). C’est un peu un rêve éveillé, non ?

« Je ne m’y attendais pas du tout. Il a fallu un concours de circonstances, là aussi, pour que je m’y retrouve. Il a fallu que le président de la République décide de remanier son équipe après le départ de son conseiller politique, Aquilino Morelle. Il a pensé à moi parce qu’il se trouve que plusieurs personnes dans son entourage, notamment Philippe Grangeon, pensaient à moi. Cette idée de Philippe Grangeon a été soutenue par la suite par des personnes que je connaissais très bien, qui étaient des collaborateurs proches de François Hollande, qu’étaient Nicolas Revel et Emmanuel Macron. »

Ce qui nous rappelle votre satisfaction, que l’on voit dans le documentaire d’Yves Jeuland [« À l’Elysée, un temps de Président » – France 3, mars 2015], lorsqu’Emmanuel Macron est nommé ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique.

« La satisfaction a été pour tout le monde. A la fois c’était un ami et l’on envoyait un signe intéressant de renouvellement dans la composition du gouvernement avec d’avantage de jeunesse, d’audace et d’initiative. »

Vous êtes toujours en rapport avec Emmanuel Macron ?

« On s’échange des messages pour se souhaiter nos anniversaires et la bonne année, mais nous avons des contacts très épisodique. »

À la lecture de votre ouvrage, on comprend que vous avez besoin de faire une pause avec la politique. Mais si demain Emmanuel Macron vous propose un poste ?

« Je refuserai ! Aujourd’hui j’ai décidé de créer mon entreprise. Je m’y consacre pleinement. Je n’ai aucune ambition politique nationale. Je n’ai pas du tout envie de devenir soit collaborateur du président soit ministre. Ce qui m’intéresse c’est le développement de mon entreprise. Le seul espace politique qui me passionne, à l’heure actuelle, est celui où je vis, travaille et élève mes enfants, qu’est Paris ! Je le fais de façon totalement libre et indépendante, sans aucun lien avec aucune structure partisane. Ceci avec seule passion le débat d’idée et de réfléchir à la ville de demain. »

Puisque vous avez évoquez le mot Paris, je me permets une question. Est-ce que Paris est dans votre projet politique pour 2020 ?

« Je n’ai aucune ambition politique personnelle. Je pense que c’est la plus mauvaise façon de faire de la politique que de réfléchir à partir des personnes ou des partis. Il faut réfléchir à partir des idées, des révoltes, des problèmes que l’on identifie, des rêves que l’on fait.

« Ce qui m’intéresse à Paris c’est de réfléchir avec les Parisiens de bonne volonté à la meilleure façon d’améliorer la propreté, la sécurité, le logement, les déplacements dans cette ville… Et puis surtout imaginer ce qui pourrait être le nouveau grand rêve parisien de demain. C’est vrai qu’aujourd’hui Paris, pour la première fois depuis longtemps, perd des habitants. C’est encore une ville attractive pour les touristes du monde entier mais de moins en moins attractive pour les parisiens, qui s’y sentent de plus en plus coincés et étouffés. Il faut aujourd’hui, peut-être, appuyer sur le bouton pause et réfléchir entre parisiens pour voir comment l’on peut construire la capitale de demain. »

Le Parti socialiste vous dit demain, pour Paris en 2020, Monsieur Gantzer on a besoin de vous, vous y aller ?

« Je pense que ces structures partisanes traditionnelles comme le Parti socialiste, Les Républicains ou même La République En Marche, sont aujourd’hui dépassées. Il ne faut plus réfléchir à partir des partis politiques. Il faut réfléchir à partir des idées et des projets. Je pense que les structures partisanes sont déjà en voie d’obsolescence. Même La République En Marche qui est dans l’exercice du pouvoir se fait rattraper par les questions de rivalité et d’ambition personnelle. Tandis que pendant la campagne présidentielle ils avaient avant tout réussi à impulser un nouveau mouvement d’idée et à renouveler la classe politique. Aujourd’hui ils sont quand même ressaisit par les vieux réflexes des partis les plus traditionnels en politique. »

Pour en finir avec Paris, ce n’est pas dans vos projets ? Aujourd’hui, c’est votre entreprise d’abord. Le projet des parisiens reste votre objet fétiche, mais pas de candidature Gantzer à Paris en 2020 ?

« [Rires] Ce n’est pas à l’ordre du jour. La question de mon ambition personnelle ne se pose pas. La seule chose qui m’intéresse, comme tout les parisiens, et je suis parisien, c’est de réfléchir à la vie de ma ville. Je réfléchis aux idées et non pas aux ambitions personnelles. »

Je vous relançais à ce sujet car votre nom est évoqué, depuis quelques semaines, pour être le prochain candidat pour être le futur Maire de Paris en 2020.

« C’est très flatteur en tout cas. Ma seule priorité reste en premier le développement de mon entreprise et ensuite la réflexion sur l’avenir de Paris. »

On a parlé de la promo Voltaire de l’ENA. On parle de la promo Sédar-Senghor. Vous en pensez quoi, vous qui avez pu les pratiquer de l’intérieur ?

« Les observateurs aiment bien repérer des phénomènes de générations. Ce que je sais c’est que ma promotion de l’ENA [Sédar-Senghor], c’était ni un clan ni un gang. En revanche, il y avait une bande d’une vingtaine de jeunes femmes et de jeunes hommes qui, même s’ils ne partageaient pas toujours le même avis politique, avaient la passion du débat public et se retrouvaient à refaire le Monde, la France et l’avenir de l’Etat en buvant des bières à l’Académie de la Bière à Strasbourg.

« Il n’y a pas d’entraide ni de passe-droit entre gens de la même promotion. En revanche, il y a de la camaraderie, il y a de l’amitié. »

Comme vous le savez avec César Armand nous avons publié l’ouvrage « Dans l’Ombre des Présidents » [Fayard, mars 2016]. Nous avions tenté à l’époque, en vain, de contacter Jean-Pierre Jouyet pour avoir son témoignage. L’accord était validé, puis son cabinet nous a indiqué votre refus pour sa participation au livre.

« On m’a fait porter le chapeau mais j’y étais pour rien. Je pense que Jean-Pierre Jouyet ne souhaitait pas communiquer dans le livre à l’époque. Maintenant si vous souhaitez à nouveau l’interroger, contactez-le à l’Ambassade de France à Londres, il sera plus libre de sa parole. »

Un dernier mot : que pensez-vous de l’ouvrage du Président Hollande [« Les leçons de pouvoir », éd. Stock] qui vient de paraître ?

« C’est un ouvrage très bien écrit qui a le mérite d’apporter un nouveau regard sur ce quinquennat, au regard de son principal acteur, le président lui-même. C’est un ouvrage qui contribuera au travail des historiens sur ce qu’il c’est passé entre 2012 et 2017. »

***

Un grand merci à Monsieur Gaspard Gantzer, entre deux buts du Paris-Saint-Germain, de bien avoir voulu répondre à ma sollicitation.

@romainbgb – 23/04/18

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