La touche F5 du numérique : Antoine BAYET.

Chers lecteurs, des articles plus politiques, d’autres plus personnels, viennent régulièrement ponctuer mon blogue. Dans ma lignée d’électron libre, j’ai décidé de poursuivre mes interviews de personnalités diverses et variées.

La primaire ouverte et les diverses échéances électorales à travers le monde amènent à avoir un nouveau regarde en ce qui concerne la diffusion de la communication politique. C’est à travers cela que je me suis posé la question de la diffusion de cette communication et la place occupée par le numérique dans les médias.

Tout naturellement j’ai tout de suite pensé à une personne en particulier qui devrait peut être avoir une once de réponse et pouvoir ainsi lui consacrer un portrait sur mon blogue. Je vous laisse découvrir une nouvelle personnalité à qui j’ai laissé la parole : Antoine Bayet.

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Antoine Bayet est directeur de l’information numérique de @franceinfo et rédacteur en chef du #8h30Aphatie. Retour sur cette rencontre qui eut lieu jeudi 8 décembre 2016 dans un café parisien.

Bonne lecture !

@romainbgb – 06/01/2017

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Antoine est originaire de Sangatte (« ville bien connue … »), où il voit le jour en 1985. Antoine se voit bien exercer le métier de professeur d’économie et sciences sociales une fois son Baccalauréat section économique et sociale en poche.

La Touche F1 du CV d’Antoine se crée.

Antoine effectue son premier stage en 2003 dans un quotidien local – Nord Littoral (dépendant de La Voix du Nord) – édité à 10’000 exemplaires. Premier contact direct avec le milieu journaliste qui permet de lui ouvrir les yeux sur le terrain et le contact humain en allant à la rencontre des gens.

Changement de direction. Après quatre années d’études à Sciences Po Rennes, Antoine intègre de 2006 à 2008 l’Ecole supérieure de Journalisme (ESJ) à Lille. « Je n’avais pas prévu en entrant en école de journalisme en 2006 de travailler sur Internet. » A ce moment là, travailler pour la PQR est quelque chose qui le « botte » bien. Antoine n’a toujours pas prévu de bosser dans le domaine du numérique. « On m’aurait dit tu t’occupes des affaires de Police/Justice à La Voix du Nord j’aurai été très heureux. ».

Le moment de révélation

Antoine intègre en 2007 la rédaction du quotidien Libération. Le réveil commence pendant ses stages lorsqu’il réalise la totale déconnection entre les rédactions et le monde du numérique. L’exemple donné par Antoine en la personne de Maitre Eolas sur les réseaux sociaux est symptomatique pour montrer la déconnection totale entre les deux pôles. Il y a quelque chose à faire. C’est le même moment où Antoine se décide à ouvrir un blog [Hemicycle.hautetfort.com ; disparu des archives Internet depuis] après la victoire présidentielle de Nicolas Sarkozy. « Je m’amusais, je racontais des trucs sur la politique. » C’est là où Nicolas Vanbremeersch le remarque en faisant un lien dans un billet sur son blogue. « C’était une forme de consécration à l’époque ! »

« À ce moment-là, en rédac, j’ai vu la déconnection entre les rédacs papiers, à l’ancienne, et le monde numérique.

« J’ai mesuré en fait qu’il y avait un truc à faire entre les rédacs papier et ce que moi je pratiquais un peu sur Internet.

« Entre ça et le fait que les rédactions web étaient en plein développement je me suis dit ok. C’est bon. J’ai compris. Il faut que j’aille bosser sur Internet. »

La Touche F2 du CV d’Antoine prend vie.

Sorti de son école de journalisme, Antoine effectue son stage auprès du service web de La Croix qui se confirme par la signature de son premier CDD durant l’été 2008. Tout se passe bien. On lui propose par la suite un CDD au magazine Notre Temps.

« J’avais 23 ans. Travailler pour Notre Temps à 23 ans, non ! [Rire] J’ai dit merci Bayard Presse de me proposer de rester travailler chez vous je suis très touché mais c’est un peu compliqué. » Antoine refuse et commence à chercher du travail.

Qui ne tente rien n’a rien. Antoine le reconnaît, en 2008 il a voulu tout de suite travailler en lien avec Internet. Sans se mentir, les rédactions web étaient en plein essor, c’est là où les demandes de travaille étaient les plus fortes. Antoine se décide d’envoyer un courriel à Laurent Guimier qui vient de quitter LeFigaro.fr pour prendre la tête de la rédaction de la radio Europe 1. Antoine rentre en tant que pigiste web au sein de la radio à la pêche bleue au cours de l’automne 2008.

Descendre la rédaction web d’Europe 1 en la faisant travailler au même espace que celui de la radio. Deux mondes qui se rencontrent. « Ah ! Tiens ! On est ensemble ! » Europe 1 est une radio pas de la presse écrite. Une super-productivité émane de tout ça. Aller vite, tout le temps. Une réelle volonté de la part de Laurent Guimier de faire du site internet d’Europe 1 un vrai site d’information.

Il est temps pour Antoine d’aller voir d’autre chose.

Dans le fond, « c’est quoi ma spécialité ? ». Le numérique est une vraie spécialité en lui-même. Antoine prend son envol et décide de rejoindre l’équipe de Nicolas Vanbremeersch au sein de l’agence de communication Spintank.

L’arrivée de la Touche F3 : Spintank (décembre 2009 – février 2012).

Une nouvelle étape de vie dans une agence de communication s’ouvre pour Antoine. Etablir des contacts avec des clients, devoir vendre quelque chose, Antoine n’est plus journaliste. Ici on éclaire l’autre côté de la boule à facette. Antoine apprend à savoir comment on fabrique la communication. C’est là que tout se fait. Les deux années passées chez Spintank ont permis à Antoine l’apprentissage et le développement d’un site web. Ceci lui permet de savoir livrer un site en temps et en heure, de voir la fabrication des éléments de langage, des plans de communication, de la stratégie sur Internet etc… de voir comment tout ça se fabrique.

« Tout ceci a éclairé la manière dont je fais du journalisme aujourd’hui. Parce que du coup tu sais comment tout ça se fabrique. Je pense que c’est quelque chose d’ultra important aujourd’hui, quand tu es journaliste, si tu n’as pas idée de la manière dont se fabrique la communication et la manière dont les gens autour de toi, les gens qui sont tes contacts, fabriquent la communication. Tu perds quelque chose. »

La Touche F4 du CV d’Antoine : Le Lab Europe 1 (février 2012-juillet 2014).

Laurent Guimier, revient en reprenant la direction numérique du groupe Lagardère (Europe1, Le JDD et Paris Match). Il assure ainsi aussi la direction éditoriale des sites Internet du JDD, d’Europe 1 et du Lab Europe 1. Coup de bol pour Antoine, en février 2012 Laurent Guimier était à la recherche d’un rédacteur en chef pour Le Lab. Un coup de fil est passé entre les deux acolytes. Le poste est proposé à Antoine qui entre dans la danse et rejoint l’équipe du Lab Europe 1.

Antoine est arrivé quelques semaines après le lancement du Lab. Nicolas Moscovici en a été le premier rédacteur en chef. Le Lab hésitait entre deux lignes éditoriales. Il y avait la volonté d’associer des blogueurs à la production de contenus. Mais de l’autre côté toute la branche rédaction, une petite équipe de 5-6 personnes. Mais il n’y avait pas de cadre très clair sur ce que faisait l’équipe de rédaction.

Parfois en plus, des choses dingues se passaient. Les journalistes de la rédaction souhaitaient réagir sur un sujet mais ne savaient pas si un blogueur l’avait déjà fait. Les blogueurs était pleinement associés au projet.

« Une chose complétement dingue, parce que des blogueurs payés pour écrire des billets, il y avait peu de rédaction qui le faisait. C’était un peu le bazar. Je suis arrivé en disant il faut qu’on choisisse une ligne et que l’on s’y tienne. »

Le but est de faire travailler ensemble blogueur et journaliste de la rédaction. Pas toujours simple la communication entre les deux. Les blogueurs qui commentent l’actualité est laissée au Plus du Nouvel Obs et au Huffington Post qui avaient plus de moyens et qui se lançaient à l’époque. Une voie de professionnalisation est lancée avec la rédaction afin de devenir la marque de fabrique du Lab Europe 1.

« On a trois mois pour émerger, le temps de la campagne présidentielle. C’était le pitch. Il fallait émerger assez vite et être suffisamment incontournable pour installer le media dans la foulée. Je pense qu’on l’a réussi. On l’a réussi avec une promesse qui était simple : c’était le sous-titrage de la vie politique. On repère et on sait expliquer pourquoi cette phrase là est importante. A mi-chemin entre les sites d’infos classiques et les blogues. C’était un beau pari ! »

« Le plus drôle a commencé là en fait ! »

– Septembre 2012 : Le Lab existe encore, le pari est gagné par Antoine et son équipe de faire du site Internet un lien incontournable après la présidentielle.

« Qu’est ce que l’on va faire maintenant que les années Hollande commencent ?! »

La même équipe de journaliste reste. Antoine me rappelle qu’ils partent avec une équipe qui n’a quasiment pas de carnet d’adresses, pas vraiment de relations particulières avec les politiques, pas vraiment de portes d’entrées. La carte blanche était donnée. À eux d’être pertinents et bons dans ce combat là en sortant des infos. Le rêve de tout journaliste qui couvre la politique. « Un bon moment pour nous tous ! » Une réelle aventure collective où tout le monde s’est amusé. La chance d’être à côté d’Europe 1, sans avoir de pression particulière ; ce qui était important pour créer le ton. Les choses se faisaient en bonne intelligence et en bons rapports avec la radio et le service politique.

« J’y suis resté jusqu’à l’été 2014, pas de pertes de moyens. On continue à sortir des infos. Je suis vraiment super fier de certaines infos que l’on a sorti. Je pense que l’on a montré des choses sur lesquelles des journalistes plus traditionnels pourraient tourner du nez.

« La manière dont Aurélie Filippetti désobéit les consignes de François Hollande et part passer le réveillon de Noël à l’Ile Maurice. Est-ce que c’est de l’info people ? Non, c’est de l’info politique parce qu’elle a désobéit à une consigne et là on devient le lieu où l’info se fait.

« Le moment où après la Guerre au Mali, François Hollande renonce à prendre le train pour prendre l’avion pour faire Paris-Lille, ça c’est une info du Lab. Un journaliste qui voit le programme et qui se demande où est ce que Hollande va atterrir ? Donc on appelle. On cherche l’info. Ah tiens François Hollande va prendre l’avion pour aller à Lille, c’est vraiment fini la présidence normale ! »

Une petite évasion se crée à ce moment là. En parlant de la présidence normale de François Hollande et le fait que même si le président prend le train, un avion est toujours à disposition dans l’aéroport le plus proche, près à décoller. Les français ne le savaient pas forcément.

« Et même le journaliste ne le sait pas forcément, je peux même aller jusque là ! Les journalistes s’intéressent souvent aux annonces, aux questions entre personnes. Mais la manière dont s’exerce la politique est importante et cela fait partie aujourd’hui de la manière dont se fait la politique. La manière dont on la fait est importante. Donc oui il y a un avion qui suit Hollande partout mais arrêtons de gober l’histoire de la présidence normale. »

La problématique de l’écoute des interviews politiques est mise sur le tapis.

« En 2012, les interviews politiques étaient encore très peu et très mal écoutées. »

Seul l’AFP faisait vraiment source de référence pour les journalistes politiques qui s’y référaient. Les journalistes se contentaient de ça. L’AFP pouvait se tromper ; ça reste des journalistes comme les autres, ils ne sont pas infaillibles.

« On écoute systématiquement toutes les interviews politiques, parce que c’est un lieu où se fait la politique aujourd’hui. Thibaut [Pézerat] qui était spécialiste de la droite se tapait aussi des écoutes sur des mecs de gauche sans problème. C’était de la spécialité tout en restant généraliste quand même.

« J’y ai passé deux ans et demi, à peu près. Février 2012, juillet 2014. C’était super, vraiment ! Pas le moindre truc à changer. Au moment où je pars, on commence à travailler un peu plus les liens avec Europe 1. Je vais à l’antenne. Je passe dans Mediapolis, à l’époque c’était avec Olivier Duhamel et Michel Field. Je représente Le Lab à cette occasion là. On commence à se rapprocher de l’antenne radio. C’est bien d’être à côté. Ça s’appelle Le Lab d’Europe 1 ! On ne peut pas faire comme si l’on était des rédactions différentes. Sur sa justification, dans un projet éditorial globale qu’est celui d’Europe 1. Ça apporte quelque chose à Europe 1.

Je pars en juillet 2014, le gros chantier à ce moment là c’est de se rapprocher d’Europe 1. C’est de réussir à se rapprocher de l’antenne radio, d’une manière ou d’une autre. Développer les ponts, développer les échanges. Arrêter de faire en sorte que c’est quelque chose qui est à côté, mais faire en sorte que ce soit beaucoup plus au cœur.  C’est engagé au moment où je pars, mais c’était ce qui reste à faire.»

 

« Je travaille dans un couloir. »

La Touche FCinq du CV d’Antoine : l’arrivée à France Info (depuis juillet 2014).

« J’arrive parce que Laurent [Guimier] me propose de le suivre. J’avais passé deux ans à travailler avec lui et que je n’ai pas l’ombre d’un doute. Je sais qu’il y a un chantier énorme et passionnant à France Info. »

Laurent Guimier arrive le 12 mai 2014 pour prendre la direction de la station publique France Info. Il est nommé par Mathieu Gallet, président de Radio France, lui-même désigné par le CSA le 27 février 2014.

« Quand tu bosses bien avec un patron, tu as envie de continuer à bosser avec lui. Moi j’avais le choix. Soit je continuais Le Lab, je développais les liens avec Europe 1 etc… soit je partais à France Info en signant et en travaillant avec Laurent [Guimier]. J’ai choisi cette option là. J’arrive avec une mission qui est la direction de l’information numérique de France Info, la radio. Cette fois-ci, ce n’est plus développer un truc à côté, comme Le Lab. Cette fois-ci on est au cœur de France Info. »

Qu’est ce que ça veut dire le numérique pour France Info ?

La question est vaste. Deux rédactions séparées entre la radio et le site Internet. Vision très généraliste du site Internet. En gros toute l’information est écrite par une douzaine de journaliste.

Antoine diagnostique que France Info radio est déconnecté des réseaux sociaux dont elle traite l’information. Tout passe par l’AFP. Comment doit on faire pour changer ça. C’est là que France Info se décide à développer la veille. Un mail quotidien est envoyé à 8h32 avec un récapitulatif de toutes les informations, non lues ailleurs. Une richesse interne, propre à la Maison de la Radio apparaît en un instant : le vivier d’information venant de France Bleue. Ce qui confirme l’utilité de la veille numérique, c’est la première chose qu’Antoine lance.

Un coup d’accélérateur est donné sur la vidéo. Jusqu’à présent seulement cinq moments d’antenne sont captés et mis à disposition en VOD via le site dailymotion ; la plupart du temps disponible des heures après la diffusion de l’interview. Assez vite le coup d’accélérateur est donné. Depuis mars 2015, un direct de 20H/24H est disponible tout le temps depuis le Live de France Info. La captation peut se faire en live depuis les studios. Une manière de pouvoir mieux redistribuer l’antenne à travers la vidéo.

« Notre principal développement numérique ce sera ça. Ce ne sera pas recréer un site Internet de presse écrite à côté de la radio. Ça va être de développer la vidéo. Parce qu’en fait la vidéo c’est quoi ?! C’est juste la meilleure manière de redistribuer la radio. A partir du moment où l’on capte l’antenne en continue, ça veut dire que tu vas pouvoir la rediffuser en vidéo tout le temps. Tu vas pouvoir mettre de la vidéo sur la Une de ton site Internet, mettre des vidéos en format natif sur Facebook.

« À partir du moment où tu dis que ta richesse, que ton produit de base le plus important c’est l’antenne radio, que tu le captes en vidéo, c’est que tu vas pouvoir mieux le redistribuer. On accélère à fond, à fond, à fond, là dessus.»

13 novembre 2015 – Un témoignage d’une personne qui s’enfuit du Bataclan :

« Et ça c’est de la radio ! C’est l’édition spéciale de France Info, il est 22H51. C’est tôt. Ce témoignage là, c’est ce que fait de mieux France Info. C’est une édition spéciale à la radio. On arrive à avoir quelqu’un au téléphone, un témoignage hyper fort. Ce contenu là, avant, il passait à la radio et c’est tout. C’était un son, c’était un mp3. Notre son vidéo il était moche, il était améliorable, il était tout ce que tu veux, mais tu vois la radio. Tu as de l’info ici, [Antoine me montre sur son téléphone ladite vidéo], ça c’est notre push, et ça fait le job ! Parce que ça permet que ce contenu soit distribué sur les réseaux sociaux. Ce que tu fais là, même s’il n’y a pas d’image, même s’il n’y a pas de photo du Bataclan, ce qui compte c’est le témoignage de la personne. C’était un truc de dingue.

« Ça nous a permis de valider une intuition. On a su à ce moment là que c’était ce qu’on avait imaginé de transformer l’antenne radio en un produit continu. L’antenne radio est passée d’un flux mp3 continu à un flux mp4 qu’on pouvait distribué sur les réseaux sociaux. Tu vois ça passe à l’antenne à 22h52, à 22h56 c’est tweeté !

« Quelque part on a réussi notre projet numérique à ce moment-là. On n’était pas à côté de la plaque. Tu peux écrire tout les articles de la Terre que tu veux qui retranscrivent ce témoignage, ça fera 40/50’000 lectures/pages vues sur un site Internet. C’est beaucoup. Mais ça, c’est 4 millions de personnes qui l’écoute. On a bien adapté la radio au mode de consommation d’information. On est dans le bon match. On est dans le bon tempo ! C’est ça le sens de notre projet numérique tel qu’on le lance au sein de France Info. C’est transformer la radio pour lui permettre de rayonner ailleurs.»

Participation au projet France Info télévision (septembre 2015-décembre 2015)

Six personnes organisées en deux trios prennent part aux négociations qui mèneront à la création de la nouvelle chaîne d’information. Laurent Guimier, Erik Kervellec (directeur de la rédaction de Radio France) et Antoine Bayet face à Germain Dagognet (chargé par France Télévision de monter la chaîne d’information), Stéphane Dubun (devenu directeur de l’information pour l’édition télé de France Info) et Hervé Brusini (directeur du numérique et de l’information numérique chez France Télévision). C’est pendant cette période de tractation que ces six personnes vont se réunir pour voir comment tout ce petit monde de la radio et de la télévision va pouvoir travailler ensemble.

« Les discussions commencent en septembre 2015 et la chaine de télévision est lancée en septembre 2016. On a trois mois intensif d’éditorial, et éditorial seulement, sur qu’est-ce que l’on va réussir à monter ? Qu’est-ce que l’on va faire ensemble ? Après on arrive à un accord en décembre autour de l’équilibre que tu constates aujourd’hui. C’est-à-dire que Radio France apporte une émission politique le matin, une émission de talk le soir, des rappels de titres, des éditions spéciales.

« En décembre, on se dit aussi, même si on n’en a vraiment pas les détails, qu’il faut une seule marque. Une marque unique. Il faut que sur le numérique on se rapproche et qu’on soit ensemble. À partir du moment où l’on commence à collaborer, ça n’a plus de sens d’être séparé. France Info la radio, FranceInfo.fr d’un côté, puis à côté de ça il y avait francetvinfo.fr de France Télévision, très puissant, avec cinquante personnes dedans. On est arrivé tout de suite dans les discussions avec France Télé en disant que ça n’avait pas de sens. Parlons-nous, bossons ensemble !

« On voulait vraiment beaucoup que ça s’appelle France Info. Il y avait trois possibilités : soit ça s’appelait France TV Info, soit France Info, soit Tomate. On pouvait décider de changer de nom la radio et que tout l’ensemble TV et numérique prenne un nouveau nom. Tomate c’était la blague de Michel Field pour France Télé. Le choix du nom en France Info justifie la marque globale radio, télé, numérique. Pour nous le fait qu’il y ait une marque globale est important. La décision finale n’a pas été prise par nous.

« La marque unique retenue c’est France Info. On a migré tout le monde sur un site unique qui s’appelle France Info, du nom de la marque globale. On a organisé une migration et une fusion. On a organisé la capacité de produite nos contenus pour que ça passe à la télévision. Une année assez dingue de janvier à septembre. Il a fallu lancer tout ça. Une équipe de trente personnes pour le projet télé, qui sont à peu près quinze journalistes et quinze techniciens, dont le travail est de faire rentrer le monde de l’image à Radio France. Dans le monde de la radio, on a crée un métier d’éditeur visuel. C’est génial »

Le regard d’Antoine sur le numérique

Depuis son premier stage en 2003 à son poste actuel de directeur de l’information numérique en 2016, bien des choses se sont passées comme on a pu le voir précédemment. Le regard d’Antoine sur le numérique a prit une nouvelle tournure, quand on voit son parcours. Quand je lui pose la question de savoir, pour lui, si son regard et sa vision du numérique a changé, sa première réaction spontanée est de me faire comprendre qu’il ne sait pas !

« Pour moi ce qui a changé c’est qu’en 2008, même en 2012, le numérique pouvait être à côté. Si je pars chez Spintank c’est pour ça. En 2008, les entreprises, les institutions ont besoin qu’on les aide sur le numérique. C’était un truc à côté. Le Lab se crée à côté de la radio Europe 1.

« Aujourd’hui, pour moi, il faut vraiment que le numérique soit au cœur du truc. Le numérique va influer sur l’antenne. Quand Guy Birenbaum interpelle des hommes politiques, au cours de l’interview, sur la base de ce qui lui était remonté par des personnes sur Twitter. Ok. En fait ce qu’on a changé, c’est l’antenne !

« C’est le cœur ! J’y crois beaucoup. Après ça, est-ce que dans les faits c’est pratiqué ? Non ! Dans les médias, ça commence à se mettre en place. On a plus le numérique à côté, et les médias de l’autre. Ça c’est un truc auquel je ne crois plus ! Le numérique d’un côté et le vieil analogique traditionnel, le papier, la radio, la télévision de l’autre, non ! Les médias sont des marques globales qui doivent parler d’une seule voix sur tous les supports, avec des productions spécifiques, avec des tons spécifiques. Tout le monde doit être dans le même bateau et tout le monde doit se connaître.

« Pour ce qui concerne les politiques, parce que je les observe quand même, là je constate que pas du tout. Des politiques qui mettent le numérique au cœur, je n’en vois pas. Ce n’est pas méchant que de dire ça mais je ne vois pas de politique de premier plan qui ait mis le numérique au cœur du truc. Emmanuel Macron ?! Et encore ! …  À eux de savoir le faire ! »

* * *

Un grand merci à Antoine Bayet pour son écoute, sa disponibilité et sa réactivité.

Merci à lui d’avoir accepté cet entretien.

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