L’instantané politique

Les photographes et le Président – l’Instantané Politique.

Les Photographes et le Président
Les Photographes et le Président – crédit photo : Sébastien Calvet – Droits Réservés

Ne jamais rester dans des cases. L’ouverture d’esprit passe par là.

Je me suis donc rendu hier soir, à l’invitation de l’Instantané Politique, au Forum des Images, pour une rencontre autour de photographes de Presse et d’un ancien président de la République : M. François Hollande. Les gens qui me connaissent savent ce que politiquement je puisse en penser de ce personnage politique ; mon objectif était tout autre : découvrir l’Homme derrière le masque. Je n’en fus pas déçu !

Effet humour corrézien garantie !

C’est autour de la place du photographe face au président de la République que la soirée commence. Derrière ce point de vue et le regard, comment en arrive-t-on là ? Six photographes de Presse entouraient donc le président autour du modérateur de la soirée. Premier constat de la soirée : seule Laurence Geai représentait la gente féminine lors de cette soirée. Preuve une fois de plus de la sous-représentation des femmes dans ce métier.

« Une photo ça reste, ça circule, ça rentre dans l’Histoire. La photo, c’est l’Histoire ! » – François Hollande.

La scène élyséenne.

Raymond Depardon qui photographie son écran de télévision le soir de l’annonce des résultats de l’élection présidentielle de 2012. Non sans rappeler une scène filmer par ce dernier lors de l’élection présidentielle de 1974 avec Valéry Giscard d’Estaing. Scène à laquelle réagit François Hollande sur le fait de savoir comment devient-on président ? Comment apprend-on à être président ? Moment où l’on apprend comment François Hollande est à Tulles, le soir du 6 mai 2012, avec la difficulté technologique de se brancher à la télévision pour avoir lui-même la confirmation en direct qu’il est élu président.

Moment suivi par d’autres photographies montrant l’attente présidentielle, sur le perron de l’Elysée, avant l’arrivée ou le départ d’un hôte étranger. L’attente qui peut parfois se prolonger. Au départ, confie François Hollande on a tendance à rester raide comme un piquet. Très vite, le corps lâche. On salue alors le type d’en face, on regarde si ses chaussures sont cirées, on lève les yeux au Ciel. Dépourvue de leurs contextes, elles illustrent ce que la Presse peut dire de vous. Ce qui fait sens, le lien, c’est d’être le président de la République. Toute la difficulté pour le photographe est là. Ça continue le balai des attentes. Que fait-on ? Une photo en contre-champ ?

Problème des photographies faites avec les téléphones portables [y compris par les ministres eux-mêmes]. Le cas est évoqué lorsque apparaît sur l’écran une photo prise lors du déplacement présidentielle aux Etats-Unis et la réception par le couple Obama. Michelle Obama apparaît dans un long manteau rouge au côté de son époux sur la photographie. François Hollande évoque comment tout le monde était sous le charme et que pendant les discours officielles tout le monde, même ses ministres, photographiait la First Lady avec leurs téléphones portables. Le rayonnement et l’intelligence de Michelle Obama sont salués par l’ancien président. Respect envers le couple Obama est de mise.

Il se passe toujours quelque chose dans l’avion présidentiel. Les gens se relâchent toujours dans les avions. Les gens perdent leurs contrôles dans les avions. Sur cette thématique là que des photographies défilent sur l’écran. Une retient l’attention : François Hollande, imperturbable, continue la relecture d’un discours, pendant que Gaspard Gantzer de rafraichit le visage, une serviette collé à son front, pendant que sa voisine se rafraichit les mains avec une autre serviette.

Le corps du Roi.

« Contrôler, maitriser ses gestes. Ça donne une raideur là qui lui y est reproché. Faire toujours en sorte que le président soit appréciable. »

Saut de cabris. Soir du 1er tour au meeting de Tulle, présidentielle 2012. Où comment François Hollande a sauté dans la campagne. La photographie suivante montre le candidat Hollande le 19 avril 2012 en train de gravir une pente à Cenon.

« Vous pensez tous que je tombe et me lance dans la foule. En réalité, je m’envole. On est au soir du 1er tour ! » On reconnaît bien là l’humour de François Hollande. En entendant cela, la question de l’élévation présidentielle se pose. Commencerait-elle là ?

Protocole présidentiel. Une série de photographies défilent et l’on se rend compte de la place protocolaire entre le président de la République et son Premier ministre n’est pas souvent respecté par Manuel Valls lorsqu’il était l’hôte de Matignon.

Une remarque du Président Hollande pour conclure ce chapitre : « La photographie ne va pas seulement rester, elle va demeurer. Elle va rester dans la vie quotidienne des Français. »

Impératifs de l’image.

On en vient à l’évocation des réseaux sociaux et à la réception de ces images-là.

Selfie : « Si toutes les personnes qui ont pris un selfie étaient des électeurs qui votaient pour moi, je vous assure que je ferai un score exceptionnel ! »

« Pas toujours sûr que ce soit bien compris. Je pourrais comprendre pour des raisons de sécurité, d’image. C’est l’occasion aussi pour les photographes de faire des photographies de « selfie ». Elles ne sont pas toujours gratifiantes… »

« Hier, on demandait des autographes. Aujourd’hui on demande des selfies ! »

« Il faut parler à tous et à chacun. L’écran empêche cette discussion. Le selfie qui devient un mode de communication. »

C’est dans cette continuité que nous avons la chance d’avoir, de la part de Raymond Depardon, une petite présentation sur l’image de la photographie présidentielle et son témoignage sur la réalisation de la photographie officielle du président François Hollande.

La galerie officielle des huit portraits présidentiels de la Vème République apparaît alors sur l’écran. Un commentaire est demandé à François Hollande. Pour lui, les portraits du Général De Gaulle et du Président Pompidou sont dans la continuité de ceux de la IIIe et de la IVe République, en habit de fonction. La tradition dans l’Histoire. VGE est celui qui est le plus innovant en se plaçant dans la modernité avec sa tête dans le drapeau tricolore.

Une série de photographies officielles d’anciens présidents de la République défilent sur l’écran, tel un quizz pour François Hollande. Adolphe Thiers et René Coty (de mémoire) notamment. C’est alors que le portrait officielle de Louis XIV apparaît lui aussi à l’écran : « Je ne commenterai pas, mais je pense, vous le reconnaissez ! » Rires dans la salle. Une petite pique à l’encontre de son successeur au Château ?

Une photographie en noir et blanc, prise par Raymond Depardon, de François Mitterrand au balcon de son bureau vient conclure la soirée. Même photographe, même cadre, noir et blanc toujours mais cette fois François Hollande devant l’objectif. L’hommage est là. Ce qui amène au mot de la fin de la soirée par le Président François Hollande :

« La photographie montre le côté immuable de l’Elysée. On montre qu’il y a du passage. Il y a l’Etat. Il y a la France. C’est le côté presque immuable de la France. Il y a bien une forme de magie républicaine. La France avance, continue, au-delà de ses occupants. »

Un grand merci à Florence Mehrez et à toute l’équipe de L’Instantané Politique pour l’accueil et la soirée 🙂 

@romainbgb – 21/05/19.

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