M. Pierre-Yves Bournazel

Des terres de présidents au Palais Bourbon.

Chers lecteurs,

En ce contexte pandémique, je vous propose de maintenir le rythme des portraits sur ce blogue en vous permettant de découvrir un nouvel élu de la nation. Effectivement, nous allons retourner sur les bancs des hémicycles nationaux et locaux, que cette nouvelle personnalité interrogée fréquente depuis 2008.

Naître dans le département de Georges Pompidou, dans la région de Valéry Giscard d’Estaing. Grandir sur les terres qu’ont foulées le bon Docteur Queuille, Jacques Chirac et François Hollande. Pour être élu dans la circonscription d’Alain Juppé. Si ce n’est pas un signe présidentiel ?

De Sciences-Po Toulouse à la mairie du 17ème arrondissement de Paris. Nous découvrirons ensemble comment Françoise de Panafieu a mis le pieds à l’étrier dans le bouillon de la politique parisienne de ce nouveau interrogé.

Libre. C’est un peu un leitmotiv pour ce corrézien qui tient à son indépendance politique tant dans le débat d’idées, dans un hémicycle, ou sur le terrain.

Je vous laisse partir à la découverte du député de la 18ème circonscription de Paris., Conseiller de Paris : M. Pierre-Yves Bournazel.

 

M. Pierre-Yves Bournazel, député de la 18° circonscription de Paris – ©Assemblée nationale

 

Dans le cadre pandémique que nous connaissons, la réalisation de ce portrait a été réalisé, dans les conditions sanitaires requises, au sein du bureau de M. Bournazel, à l’Hôtel de Ville de Paris, le 18 mars 2021.

Bonne lecture !

@romainbgb – 23/03/21

 

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Biographie Express de M. Pierre-Yves BOURNAZEL :

*1977 : naissance à Riom-ès-Montagne (Cantal).

*1999 : diplômé de l’Institut de Sciences Politiques de Toulouse.

*2004-2005 : chargé de mission sur le logement et l’urbanisme à la mairie du 17ème arrondissement de Paris.

*2005-2006 : conseiller communication de la députée-maire du 17ème arrondissement de Paris.

*2006-2008 : conseiller politique au groupe UMP au Conseil de Paris.

*mars 2008 : élu Conseiller de Paris, conseiller du 18ème arrondissement.

*mars 2010 : élu conseiller régional d’Ile-de-France ; en charge, pour l’opposition, du dossier Grand Paris.

*fev.2011 : nommé secrétaire national de l’UMP en charge des Grandes Métropoles ; devient membre du Bureau national de l’UMP.

*janv.2013 : déclare sa candidature à la mairie de Paris dans le cadre de la primaire de la droite et du centre.

*août 2013 : nommé porte-parole de campagne de Mme Kosciusko-Morizet.

*mars 2014 : réélu Conseiller de Paris ; conseiller du 18ème arrondissement.

*déc.2015-juin 2017 : réélu conseiller régional d’Ile-de-France.

-délégué spécial en charge de la candidature de Paris 2024 aux Jeux Olympiques et Paralympiques.

– président du Fonds de soutien au cinéma et à l’audiovisuel.

*juin 2017 : élu député de la 18ème circonscription de Paris.

*nov.2017 : participe à la fondation du parti politique, Agir.

*2017-2019 : vice-président de la commission des Affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale.

*mars 2019 : se présente, en dehors des partis, à la candidature pour la mairie de Paris.

*mai 2020 : rejoint le groupe Agir Ensemble à l’Assemblée nationale.

*juin 2020 : réélu Conseiller de Paris ; conseiller du 18ème arrondissement.

-co-président du groupe Indépendants & Progressistes au Conseil de Paris.

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M. Pierre-Yves Bournazel, député de la 18° circonscription de Paris – ©droits réservés

 

A quoi rêve le petit Pierre-Yves quand il est enfant ?

« A beaucoup de choses. Je rêve d’émancipation. Je rêve des héros et des héroïnes des romans que je lis. Je rêve de la vie publique et politique parce que j’ai déjà un goût prononcé pour l’Histoire et la Géographie. Je m’intéresse à la vie publique et politique ; cela m’interpelle.

« Mon grand-père, qui avait fait la Seconde Guerre mondiale, m’avait raconté cette Histoire. Il m’avait éveillé au tragique de l’Histoire. J’étais passionné par la Géographie très jeune. Je connaissais, mieux qu’aujourd’hui, les préfectures, les sous-préfectures et les capitales des pays, de tous les continents. J’avais un globe. J’aimais les cartes. Je voulais que l’on m’achète des cartes, des livres avec des cartes sur la situation du monde. L’émancipation à travers tout cela. Ce qui éveillait déjà, si j’ose dire, une conscience civique.

« J’aimais le sport. J’aimais bien regarder les résultats. Je m’en souviens. Pour le rugby, je regardais le Midi Olympique. Je ne sais pas s’il est toujours jaune, parce que je ne le lis plus vraiment. Je me souviens de L’Équipe, le week-end. Je m’intéressais à cela.

« Je n’ai pas d’explication rationnel quant à mon engagement personnel en politique. J’ai eu cela en moi très jeune. C’est le goût de l’Histoire et de la Géographie qui m’éveillent à des questions. C’est-à-dire que lorsque l’on connait les préfectures de France et les capitales du monde ; quand ton grand-père t’explique l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale… On veut comprendre ! Pourquoi la guerre ? Les rapports de forces entre les pays ; les idées politiques, l’Histoire, les civilisations, les cultures qu’il y a derrière. Ce sont des sujets politiques majeurs. Une volonté de comprendre pour avoir des clefs d’explications sur les grands sujets concernant à la fois la France mais le monde aussi. Cela a suscité ma curiosité d’aller plus loin. Progressivement je me suis intéressé à ce qui était l’actualité. Je me souviens qu’assez jeune je voulais voir ce qu’il y avait dans les journaux. L’Express, Le Nouvel Obs. Qu’est-ce qui se passe ? Mitterrand/Chirac, pourquoi ? J’ai vite mis des émissions de télévisions sur l’écran du foyer. Je dois dire que cela ne passionnait pas trop mais moi cela m’intéressait. L’Heure de vérité m’intéressais. Cette confrontation d’idées, d’opinions.

« Je viens de Corrèze. Enfin, je suis né dans le Cantal, à Riom-ès-Montagne. Le département de Georges Pompidou. C’est aussi la région Auvergne de Valéry Giscard d’Estaing. J’ai vécu en Corrèze, la terre de Jacques Chirac, avant lui la terre du bon vieux Dr. Queuille, puis de François Hollande. Forcément, cela interpelle !

« J’ai des engagements politiques partisans. Il faut bien se retrouver avec d’autres pour peser, pour construire. Mais je ne me suis jamais senti cette âme partisane. C’est-à-dire que je me suis toujours senti libre dans mes engagements, même si j’étais avec d’autres. J’ai démontré ne pas être favorable aux lignes qui étaient fixées par un parti. M’en dégager, en changer et soutenir d’autres forces qui étaient parfois considérer comme dans l’autre camp.

« Je n’ai jamais eu trop cette vision des choses. D’abord parce que mon grand-père, qui avait fait la guerre, avait une culture politique qui n’était pas partisane du tout. Une certaine admiration pour De Gaulle, le personnage, l’historique ; avec, déjà, cette idée du dépassement, que l’on retrouve aujourd’hui chez Emmanuel Macron. Ce qui comptais c’était si l’idée était bonne ou pas. C’était les caractères des hommes et des femmes, qu’ils pouvaient incarner plus qu’autre chose. Cela construit une certaine liberté de ton et une indépendance d’esprit. Je me suis toujours tenu très éloigné des idéologies ; que je ne confonds pas avec le débat d’idées. Il faut des idées pour mener le monde. Il faut une vision. Il faut des projets.

« Avoir le goût des idées, et non pas des idéologies, cela permet de penser contre soi-même. Cela permet d’évoluer et d’accepter des idées que l’on n’avait pas vu par soi-même jusqu’à présent. Mais parce que l’on pense que la réalité des choses ou les arguments peuvent être valables et qu’au fond cela peut être bien de mettre en œuvre tel ou tel projet, à partir de telle idée. Alors qu’une idéologie, je trouve qu’elle exclue, qu’elle enferme. L’on est dans un monde qui est cloisonné, qui est comme cela, et toutes les réponses sont là-dedans. On prend une fiche bristol, tout ce qui est dessus, seulement cela. Non ! Je pense qu’il faut ouvrir les portes et les fenêtres de la vie publique et de la vie politique. Il faut aller puiser là où sont les bonnes idées. C’est cela le sens de l’intérêt général, le sens du service d’une nation, d’un territoire, d’une politique. »

Que retenez-vous de vos années sur les bancs de Sciences-Po Toulouse ?

« Déjà la ville ! [Rires] Une ville étudiante, dynamique. J’en retiens un apprentissage important pour moi. Ce que j’aimais bien c’est que c’était généraliste ; cela n’enfermait pas. L’Histoire, la Science Politique, la Sociologie, la Géographie, le Droit Public, l’Économie, les Langues. C’est une ouverture sur le monde qui est quand même l’une des clefs de compréhension dans la société dans laquelle on vit ; qui évolue déjà assez vite. C’était aussi prendre du recul sur l’évènement et d’apprendre à penser par soi-même. »

En 2005, vous devenez le conseiller communication de Mme de Panafieu, députée-maire du 17ème arrondissement. Comment s’est produit la rencontre ?

« C’est le hasard. Au départ, Françoise de Panafieu cherchait quelqu’un pour rentrer à son Cabinet, pour s’occuper de toutes les questions d’urbanisme et de logement. Disons que cela a très vite fonctionné entre nous.

« J’ai aujourd’hui des relations très amicales avec Françoise de Panafieu, qui m’a clairement mis le pied à l’étrier. Je n’avais pas les codes politiques. Je ne savais pas comment cela était possible de s’engager, concrètement, sur un territoire. À part avoir la conviction, la passion, les idées… Très vite de l’urbanisme et du logement, elle m’a donnée d’autres responsabilités sur les dossiers. Puis, la communication, suivit d’autres choses.

« Il y a une très belle relation de confiance qui s’est tissé entre nous. Je lui serai toujours grée de m’avoir fait confiance. C’est une relation très fluide entre nous qui a duré un peu plus de trois ans, en 2008, date à laquelle j’ai été élu, aux municipales, Conseiller de Paris, pour le 18ème. D’ailleurs, c’était très simple. Françoise de Panafieu m’avait dit : « il faut que tu sois candidat ! Tu es fait pour faire de la politique. Tu es fait pour passer de l’autre côté. Vas-y ! » Elle était candidate dans le 17ème et en même temps à la mairie de Paris. « Si tu souhaites aller ailleurs, tu vas ailleurs ! » Ce à quoi je lui avais répondu, très simplement. Je venais d’emménager dans le 18ème. Je vais me présenter dans le 18ème. Tout le monde m’avait regardé autour : « dans le 18ème ? Tu sais, il n’y a aucune chance. C’est très à gauche. C’est l’arrondissement de Daniel Vaillant, de Lionel Jospin, de Bertrand Delanoë. Ils sont très puissants. Tu n’obtiendras jamais rien, là. » Mais j’y vis. J’aime bien. Ce à quoi Françoise de Panafieu m’a dit : « Il faut aller vers son intuition. » À l’époque on disait que je n’y arriverais pas. J’ai travaillé ! J’ai quand même été élu Conseiller de Paris.

« J’ai beaucoup d’admiration pour Françoise de Panafieu qui est une femme très libre. Elle l’a démontré dans sa vie politique. J’ai appris à ses côtés. Elle m’a donné ma chance. Ce que j’ai aussi apprécié en elle, c’est que c’est une des rares personnalités politiques qui a su dire : « je vais passer la main ! » Souvent, les gens continuent, s’accrochent. Cette lucidité, déjà pour soi, de dire : « je passe la main ». Et de préparer, surtout. Permettre dans le 17ème à Brigitte Kuster, qui était très engagée, de pouvoir reprendre cette mairie. J’ai trouvé cela bien. En 2012, elle ne s’est pas représentée aux législatives. Elle aurait pu le faire. Elle a su passer la main.

« Françoise de Panafieu était députée depuis 1986. Elle a été ministre, ambassadeur, adjointe à la Ville de Paris. Elle a été candidate à la mairie de Paris. Elle a souhaité être maire de Paris ; elle n’y est pas arrivée. Les parisiens en ont décidé autrement. Elle m’avait dit : « la vie politique est une vie d’engagements, que j’assume. Dans la vie, il n’y a pas que la vie politique ! » Aujourd’hui, elle le démontre. Elle est très engagée sur les questions de culture, de création, de photographie. Elle démontre qu’il ne faut pas se laisser enfermer. Ce que j’aime bien chez elle. Cette idée qu’il faut toujours être libre dans ses engagements et toujours avoir une autre vie, que la vie politique. »

En mars 2008, vous devenez Conseiller de Paris. Comment avez-vous vécu votre entrée dans l’hémicycle parisien ?

« J’arrive dans un monde où il y avait de fortes personnalités. Bertrand Delanoë venait d’être élu maire de Paris, comme première adjointe d’ailleurs Anne Hidalgo. Tout ceci avec un certain nombre d’hommes et de femmes que l’on appelait les barons de la Gauche, dans leurs territoires. En face, il y avait la Droite et le Centre, avec beaucoup aussi, d’illustres personnages, que l’on appelait aussi les barons, de la Droite ; députés, maires etc… C’est là, que j’arrive. Je me suis pleinement engagé sur le projet, sur les idées de la campagne de 2008. Je suis allé au combat dans le 18ème. J’ai été élu au Conseil de Paris.

« Je fais vivre ma liberté de ton, qui a un peu surprise dès le départ. Quand je me suis prononcé pour la célébration des PACS en mairie ; pour l’expérimentation du droit de vote des étrangers lors des élections municipales. Tout de suite, l’on m’a dit, dans mon groupe : « qu’est-ce que c’est que cela ?! Ce n’est pas possible. » – « Je crois que c’est bien, je l’exprime. » – « Oui, mais nous, ce n’est pas notre position… » Je respecte cela mais un groupe politique, il doit être pluriel. On doit y exprimer ses différentes sensibilités. Cela ne peut pas être monolithique.

« J’ai voté des projets de Bertrand Delanoë. Quand il fait Vélib’, Autolib’, moi je suis pour. Quand il lance le projet des voies sur Berges – Rive Gauche, je dis que l’on ne peut pas s’y opposer. Clairement, à l’époque, on dit que je suis frondeur… Ce n’est pas la Fronde ! C’est que je pense que cela est bien pour Paris. Ce que je dis c’est que si Bertrand Delanoë fait des choses biens pour Paris, il faut les voter. Comme cela, quand on n’est pas d’accord, cela nous donne plus de force dans notre critique. S’il on est toujours tout contre, parce que c’est Delanoë… Avec d’autres Conseillers de Paris nous avons amené une nouvelle vision de la Ville de Paris et une certaine liberté de ton, aussi, au sein de l’opposition municipale.

« Tout en m’investissant dans le 18ème, sur le terrain. C’est-à-dire que j’ai, à la fois, multiplié le travail de fond, amené des idées un peu différentes de ce qu’amener l’opposition municipale jusqu’alors ; de soutenir des projets de Delanoë quand ils me semblaient aller dans le bon sens. Je pense que d’avoir soutenu des projets comme le Tramway, comme Vélib’, ou l’aménagement des Quais Rive Gauche, n’étaient pas forcément une mauvaise idée pour l’opposition.

« Ensuite, j’ai travaillé dans le 18ème, où l’on m’a expliqué que je n’avais aucune chance et que la Gauche y faisait plus de 75% et que l’opposition était à moins de 25%. J’ai travaillé. On verra bien. Je m’y plais. Je suis profondément attaché à mon arrondissement.

« C’est l’arrondissement, pour moi, de la diversité. Diversité sociale, diversité générationnelle, diversité d’origine ; ce qui surmultiplie toutes les contradictions de la société française, dans sa réussite et ses échecs. Je suis très attaché à ses habitants qui sont profondément humanistes. Ils vont s’intéresser à tous les enjeux de la vie quotidienne. J’étais d’abord très à l’écoute, sur le terrain, dans la vie quotidienne. Je n’ai jamais fermé la porte à personne, au-delà des clivages politiques.  Je pense avoir construit une relation de confiance.

« Beaucoup de gens vous le diront, comme j’ai longtemps été vu comme quelqu’un de de Droite modéré, les personnes issues de la Gauche m’apprécient bien. Puis un jour, on monte dans l’électorat et dans les pourcentages. J’ai gagné une circonscription que l’on disait imprenable. Le premier sondage ne me donnait même pas présent au second tour. Puis je suis arrivé en tête au premier tour. Puis entre les deux tours, on a dit que je n’avais aucune réserve de voix, sur le papier. Ce qui n’est pas vrai quand on travaille sur le terrain ; que l’on tisse une relation de confiance. On dépasse les clivages, même s’il faut rester modeste. On peut se prendre des vents contraires. Tout cela est très fragile. Il faut tout à fait rester humble.

« Personne ne pourrait pas dire que je n’ai pas travaillé, que je n’ai pas investi le terrain, les dossiers. Que je ne me suis pas battu avec sincérité pour la diversité des habitants et des quartiers du 18ème. Je l’ai fait dans la constance, en dehors des périodes électorales. Je n’ai pas changé de circonscription. Je n’ai pas changé d’arrondissement. J’ai construit. J’ai connu des défaites. À la surprise, pas forcément la mienne, mais celles de beaucoup de gens, j’ai conquis une circonscription dites imprenable. J’ai travaillé et j’avance. »

En mars 2010, vous êtes élu conseiller régional, dans l’opposition. Comment avez-vous appréhendé vos travaux au sein de l’hémicycle francilien ?

« J’ai commencé à travailler sur les grandes questions de la région-capitale, au sens de Paris-ville monde. Ce sont les grandes questions de mobilités et transports, de politique de logement, d’écologie, de lutte contre les pollutions, la qualité de l’air, de l’économie. La région, cela permet de dire que Paris, qui est la plus belle ville du monde, chargée d’histoires, est une ville qui n’a un avenir que si elle ouvre son périphérique, qu’elle découvre son territoire, qu’elle dépasse cette frontière artificielle.

« Parce qu’en réalité Paris, en termes de superficie, c’est une toute petite ville de 105 kilomètres carrés. 87, en réalité, si l’on enlève le Bois de Boulogne et le Bois de Vincennes. Ce qui en fait la capitale la plus dense d’Europe ; une des plus dense au monde. Nous avons la même densité que Mumbai.

« L’avenir de Paris, c’est le Grand Paris, sa région. C’est de s’ouvrir, de partager les politiques publiques afin d’amener à la bonne échelle, les bonnes réponses sur la crise du logement, sur le réchauffement climatique et la mauvaise qualité de l’air, sur les déplacements, les transports, l’emploi, sur tous ces sujets-là. J’ai travaillé à donner une dimension à Paris, à l’échelle aussi régionale, à la réflexion métropolitaine qui me paraissait tout à fait complémentaire dans l’opposition régionale.

« Je dois dire que j’ai mené aussi une contestation aussi de la gestion, à l’époque de Jean-Paul Huchon. Avec le recul, je trouve que l’on est toujours injuste quand on est dans l’opposition. C’est beaucoup plus compliqué que cela. C’est pour cela que je suis très modéré, aujourd’hui, dans mes manières de dire et de m’exprimer.

« D’ailleurs, en 2014, l’opposition a eu pour la première fois, une mission d’information à la région. Jean-Paul Huchon, le président de la région, et Valérie Pécresse, qui était la présidente de mon groupe, ont souhaité de manière commune me confier cette première mission d’information donnée à l’opposition à la région consacrée à la politique du logement. J’ai fait un travail d’audition de plusieurs mois qui a permis de rendre un rapport. Ce qui a été public, dans la séance du conseil régional sur les questions du logement. Je me suis intéressé à des sujets de fond. J’ai apporté ma pierre à l’édifice jusqu’à l’élection de 2015, où nous avons remporté la région. »

Vous avez été en charge, en tant qu’élu régional, du dossier du Grand Paris. Quel souvenir en gardez-vous ?

« J’en garde un très bon souvenir. J’ai rencontré beaucoup d’acteurs économiques, sociaux, associatifs, des architectes, des urbanistes, des sociologues. C’est d’abord un plaisir intellectuel de voir un peu comment on pourrait construire le Grand Paris ; qui est une réalité de vie au quotidien.

« J’ai d’abord commencé par les projets du Grand Paris. Quels sont les projets du Grand Paris, et les enjeux ? Je les répète mais grosso modo c’est l’attractivité économique, le défi écologique, les déplacements, les transports, la politique du logement et de l’urbanisme. Sur ces chantiers-là, comment faire pour mettre au pot commun les prérogatives qui aujourd’hui sont soit municipales, départementales, intercommunales, pour être plus efficace ? Ceci au service de la région-capitale, au service aussi de la qualité de vie des habitants.

« J’ai fait un gros travail là-dessus. J’ai beaucoup appris auprès d’experts, de spécialistes, mais aussi d’associations et de citoyens mobilisés sur ces sujets-là. J’ai fait beaucoup de propositions sur le sujet. Qui d’ailleurs, tribunes après tribunes, ont recueilli un sentiment plutôt positif. On se demande encore pourquoi tout cela n’est pas mis en place ? Au fond chacun garde son pouvoir et son compte à soi.

« Il faut accepter de mettre au pot commun du Grand Paris pour faire avancer plus vite les politiques publiques. Les choses sont faites mais cela va, pour moi, trop lentement. Il faut accélérer la transformation de l’action publique métropolitaine en commençant par simplifier le mille-feuilles territoriale. Si déjà quelqu’un le comprend, faut me le dire. Mais je ne pense pas que ce soit le cas. Deuxièmement, quel est l’acteur économique international qui comprend à qui s’adresser pour investir ? … Alors, simplifions déjà tout cela et soyons efficace. »

Vous êtes réélu Conseiller de Paris, en 2014. Vous avez été le porte-parole de campagne de Mme Kosciusko-Morizet. Comment s’est produit la rencontre ? Quelle expérience tirez-vous de cette campagne ?

« D’abord j’ai été candidat à la primaire de la Droite et du Centre. J’ai connu Nathalie Kosciusko-Morizet en étant concurrent, dans une campagne où j’ai amené des idées qui ont prospéré depuis. À l’époque, j’ai amené dans le débat publique la création d’une police municipale à Paris, en 2013 ! J’avais beaucoup de gens qui étaient contre. Le travail du dimanche. C’est Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, qui l’a mis en place, deux ans après. J’avais proposé à l’époque le travail, le dimanche, à Paris. L’expérimentation, sur les transports automatisés, du fonctionnement vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

« Nous avons travaillé ensemble pour Paris. C’est Anne Hidalgo qui a été élue. Nous avons continué à travailler ensuite ensemble, dans le groupe d’opposition municipal au Conseil de Paris jusqu’en 2017. »

Vous êtes réélu conseiller régional en 2015, sur la liste de Mme Pécresse, qui en deviendra la présidente. Comment s’est produit la rencontre avec cette dernière ?

« J’avais été élu avec Valérie Pécresse en 2010, à la région. Nous avons travaillé ensemble dans l’opposition. En 2015, j’étais sa tête de liste LR-Modem-UDI pour Paris ; une liste de large rassemblement. J’ai conduit cette liste à Paris. Nous avons emporté la région.

« J’ai été chargé dans son exécutif de deux sujets. Un, la candidature de Paris aux Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024. La région était candidate avec la Ville, l’État et le monde sportif de cette candidature.

« Deux, sur le cinéma. J’ai présidé un établissement public chargé de l’attractivité et des tournages en Ile-de-France. J’ai présidé aussi le Fond de soutien au cinéma et à l’audiovisuel. C’est-à-dire le financement de films. Souvent vous voyez dans les films, des logos « financé avec la région Ile-de-France ». La région est un acteur majeur de soutien au cinéma et à l’audiovisuel, plus largement. Ce qui m’a beaucoup passionné parce que j’ai pu découvrir l’écosystème et de voir que derrière tous ces sujets-là, il y a une stratégie économique aussi de l’emploi, des filières qu’il faut absolument soutenir, avec des métiers de hautes technicités.

« Puis, il y a surtout un projet de société derrière, qui est celui de l’exception culturelle ; celui de la défense de la diversité de la création. Je me suis pleinement engagé avec tous les acteurs du monde du cinéma, les intermittents, les réalisateurs, les producteurs, les acteurs. Toutes celles et tous ceux qui font le cinéma ainsi que toutes celles et tous ceux qui contribuent à le financer. Ce projet est un vrai projet de société, avec une vision de ce que doivent être une exception culturelle et de défense de ce modèle ; qui est un modèle qui nous permets de rayonner. Il nous permet aussi de défendre dans notre pays une certaine conception de l’accès pour tous à la culture et de soutenir cette diversité de la création. J’ai continué, ensuite, à suivre ces sujets-là, à l’Assemblée nationale. »

Comment avez-vous vécu l’expérience de délégué spécial de la région, en charge de la candidature de Paris 2024 pour les Jeux Olympiques et Paralympiques ?

« J’ai travaillé avec les équipes de Paris 2024 ; c’est-à-dire avec Tony Estanguet, Bernard Lapasset et leurs équipes, avec la maire de Paris, Anne Hidalgo, avec l’État, à l’époque c’était Patrick Kanner et Thierry Braillard qui s’en occupaient au Gouvernement.

« C’est là où l’on voit que quand il y a un sujet d’intérêt général, au-delà des clivages, on peut travailler ensemble. En tous les cas, cela a été mon caractère, mon état d’esprit ; de travailler avec les autres. Être un maillon dans cette chaîne, avec les autres, pour faire réussir cette candidature.

« J’ai travaillé en bonne intelligence non seulement avec Patrick Kanner et Thierry Braillard au Gouvernement, mais aussi en bonne intelligence avec la maire de Paris, Anne Hidalgo, qui était porteur. Il faut savoir qu’une candidature est portée par une ville. Même s’il on est partenaire, le porteur c’est la ville. Il est important de travailler en bonne intelligence. Même si j’étais dans son opposition municipale, il y a eu une période pendant un an et demi où l’on se voyait régulièrement pour les dossiers. Il y avait des sujets à trancher.

« Après il s’agit de convaincre le Comité International Olympique qui est venu fin mai 2017 nous auditionner et voir notre candidature, notre projet, sa fiabilité, sa vision, son organisation. On a su travailler tous ensemble, main dans la main, au service d’un beau projet, au service de l’intérêt général après avoir bien construit la vision avec les acteurs sportifs. On s’appuie aussi sur le secteur économique, sur le secteur culturel, avec un nombre très écologique de ses gelés. Ce seront les premiers Jeux véritablement écologiques.

« C’était très intéressant d’être à la fois dans la vision et dans le concret. C’est-à-dire comment on profite d’être dans cette candidature pour qu’il y est un héritage d’équipement sportif, un héritage pour le sport pour tous, un héritage pour sport et santé, un héritage pour les mobilités ? J’ai eu un an et demi où j’ai pu être pleinement engagé et m’investir pleinement sur ce sujet, comme j’ai fait sur le cinéma, dont j’ai parlé tout à l’heure. »

Comment avez-vous vécu la campagne présidentielle de 2017 ?

« En deux étapes.

« La première, la primaire. Avec beaucoup d’enthousiasme, pour Alain Juppé, dont j’étais l’un des porte-paroles pendant la campagne.

« J’ai beaucoup appris auprès d’Alain Juppé, qui pour moi est un homme d’État d’une très grande solidité. J’étais très honoré et très fier de travailler auprès de lui parce que je me sentais en face avec sa vision de la société française. Une vision ouverte, profondément humaniste, tournée vers l’Europe, avec un équilibre dans les réformes, sur la liberté économique, sur la cohésion sociale. Cette volonté de rassembler et fédérer le peuple Français et ne pas le diviser. Ne pas chercher les clivages et les divisions mais plutôt chercher les sujets qui permettaient de solidifier le pacte républicain. J’ai mené cette campagne, comme porte-parole, avec beaucoup d’enthousiasme. Je l’ai fait dans les médias, sur le terrain. À Paris, bien sûr, mais aussi en Province où j’ai animé des réunions de soutiens à Alain Juppé.

« D’ailleurs je suis très heureux de pouvoir dire que, malgré que la défaite assez difficile, je pense que c’était le bon candidat pour le pays. Cela a été un peu un coup de massue, mais bon… C’est la vie politique. Ma circonscription a été la deuxième de France a avoir voté massivement pour Alain Juppé. Ce n’est pas dû à moi, même si je m’y suis beaucoup engagé. [Rires] C’est évidemment dû au fait qu’Alain Juppé y avait été élu vingt-cinq ans auparavant dans cette circonscription et qu’il y avait laissé un très bon souvenir. J’ai gardé un lien de confiance avec Alain Juppé. On a encore échangé, il n’y a pas longtemps, par courrier. Je l’ai vu au Conseil constitutionnel avant le premier confinement.

« La deuxième, François Fillon gagne la primaire. Il était légitime. Je n’ai pas participé à sa campagne parce qu’il y avait trop de différence sur le fond. J’ai trouvé que, pour moi, c’était trop conservateur sur le plan sociétal. Sur le plan économique et social, j’ai trouvé que ce n’était pas assez équilibré. Il y avait des choses trop dures dans son projet mais il avait gagné. Je me suis mis un peu de côté sur le terrain, dans le 18ème.

« Il y a la suite de la campagne, que vous connaissez. Je fais parti de ceux qui, début mars, ont demandé qu’il y ait un sursaut de la Droite et du Centre, avec peut-être un rassemblement autour d’Alain Juppé qui pourrait donner une chance. Cela n’a pas été possible. Vous connaissez toute l’histoire. Je me souviens que Benoist Apparu m’avait appelé pour me dire qu’il descendait à Bordeaux avec Gilles Boyer. « Est-ce que tu peux envoyer un message, par sms, à Alain pour lui dire pourquoi il doit se présenter ? » Ce que j’avais fait bien volontiers mais cela n’a pas fonctionné.

« Emmanuel Macron, que j’avais soutenu pendant les deux tours de la présidentielle avec beaucoup de conviction, a été élu président. Mon analyse était très simple. Le candidat de la Droite classique et le candidat de la Gauche classique, absents tous les deux du second tour de l’élection présidentielle, c’est quelque chose d’inédit ! La Gauche a été absente deux fois lors du second tour, en 1969 et en 2002. La Droite a toujours été présente. Là, ni l’un, ni l’autre. C’est-à-dire tous ceux qui se sont partagé le pouvoir depuis 1958, sont absents du second tour de la présidentielle. C’est quand même significatif d’une volonté de renouvellement qu’incarnait Emmanuel Macron ; avec en plus cette volonté, d’être lui-même dans le dépassement des clivages.

« Vous avez vu dans ma construction politique, dans ce que j’avais pu essayer de porter modestement à l’échelle locale, était dans mon ADN. Cela me parlait d’additionner des compétences et des talents au service d’un projet pour le pays. Quand quelqu’un parle d’or. Lorsqu’il a la même vision politique que vous. Que cette personne a des projets sur lesquels vous vous êtes battus avec Alain Juppé, sur les réformes économiques et sociales, par exemple. Qu’il a une vision européenne, qui est la vôtre. Vous ne vous dites pas, qu’est-ce que je fais pour lui tirer dessus ?! Vous vous dites, qu’est-ce que je peux faire pour l’aider ?!

« La nomination d’Édouard Philippe à Matignon y a largement contribué. J’avais connu Édouard Philippe, évidemment avec Alain Juppé, il y a quelques années. Nous avions tissé, déjà à l’époque, une relation de confiance et d’amitié. Bien avant qu’il soit Premier ministre, j’avais toujours pensé qu’Édouard Philippe assumerait un jour de très haute responsabilité. Il était aussi, pour moi, un homme d’État qui allait se faire, un jour ou l’autre, découvrir. J’avais mesuré la solidité de sa compétence, de son expérience, mais aussi de caractère. Je pense que cela compte beaucoup. C’est un homme qui a le sens de l’intérêt général. Évidemment, je l’ai accompagné tout de suite. J’ai signé la tribune de la quarantaine d’élus de la Droite et du Centre qui acceptaient la main tendue d’Emmanuel Macron. J’ai été ensuite candidat aux législatives dans ma circonscription, dans le 18ème arrondissement. »

Vous êtes élu en 2017, député de la 18ème circonscription de Paris. Qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ? Comment appréhendez-vous votre rôle de député ?

« J’ai mené une campagne très en phase avec moi-même. J’avais une liberté totale. J’étais candidat. Je disais très clairement que j’avais été porte-parole d’Alain Juppé. Je viens de la Droite modérée. Je serai un député constructif pour faire réussir ce quinquennat d’Emmanuel Macron, qui prône le dépassement des clivages. Il souhaite mener un certain nombre de réformes utiles pour le pays. J’avais en face de moi Myriam El Khomri, la ministre du Travail, qui se revendiquait du soutien d’Emmanuel Macron. Je disais que « c’est aux citoyens de décider celui ou celle qui les représentera à l’Assemblée nationale et qui sera le plus amène de représenter cette majorité présidentielle. » J’ai mené campagne.

« Ce qui était compliqué, peut-être, ce qui avait fait beaucoup de papiers à l’époque, c’est qu’Édouard Philippe, le Premier ministre, me soutenait. Il avait dit clairement dans un message qu’il me soutenait et qu’il m’apportait clairement son soutien. Myriam El Khomri disait qu’elle avait le soutien d’Emmanuel Macron

« Je suis arrivé en tête au premier tour. J’ai continué ma campagne. J’ai pu gagner au second tour. J’en suis très reconnaissant, dans une circonscription très ancrée à Gauche, de m’avoir fait confiance, au-delà des clivages politiques. On avait su depuis des années tisser une relation de confiance. Ce mandat m’honore. Leurs confiances m’ont rendu encore plus libre. Je fais vivre cette liberté en exprimant mes votes et mes positions comme je l’entends. On est dans le Gouvernement et on aide Emmanuel Marcon à réussir, en gardant une liberté de ton.

« Je suis, par exemple, le seul député parisien, sur les dix-huit, à avoir voté pour l’interdiction du glyphosate. Quand je pense qu’il faut avoir des engagements forts sur des sujets, je le dis. Comme je me suis engagé pour l’interdiction des néonicotinoïdes. J’ai voté pour les alternatives végétariennes dans les cantines. Sur les questions écologiques, je me suis beaucoup battu. Sur le soutien à la création, sur le cinéma, sur le spectacle vivant, sur les cabarets… J’ai beaucoup défendu sur ces sujets-là.

« Je me suis engagé sur la tranquillité et la sécurité, en poussant mon idée depuis 2013, sur la création d’une police municipale à Paris. On va y arriver, en changeant le statut de Paris, dérogatoire au droit commun. Je me suis battu sur des sujets comme ceux-là, pour essayer de les faire avancer. Même si j’étais minoritaire, j’ai affirmé mon vote comme je l’entendais. La réforme de la SNCF me parait une bonne réforme de la part du Gouvernement. Il y a eu des actes posés sur l’échelle internationale et sur l’échelle européenne qui semblent aller dans la bonne direction. Il reste la réforme du travail. Un sujet important, qui est assez porté !

« En ce moment je travaille sur le sujet de la démocratie dans le sport. J’ai déposé hier un amendement qui a été voté sur la lutte contre les discriminations dans le sport. Pour moi, le sport est un espace d’émancipation individuelle et de cohésion sociale. Malheureusement, parfois, il peut reproduire des discriminations qui existent déjà dans la société. C’était important pour moi d’inscrire dans la loi cet objectif-là. Pour l’égal de toutes et de tous, à la pratique physique et sportive d’une activité physique. Ce n’est pas lié au genre, au sexe, à l’orientation sexuelle, au handicap éventuel, à l’âge, tous ce que vous voulez. Il y a des discriminations. Il faut, justement, que le sport soit un lieu qui lutte contre ces discriminations en formant les formateurs ; ceux qui encadrent. J’avais proposé cela dans mon rapport que j’avais fait en 2016 sur la lutte contre les discriminations faites dans le sport, en enlevant le critère de la performance. Il y a des gens qui ne vont pas aller faire de sports parce qu’ils n’ont pas envie d’être comparé. Ils n’ont pas besoin de performances. Qui arrive le plus vite ? Ou le temps que vous avez fait ? … Non ! … D’avoir une logique sport pour tous c’est aussi d’avoir une logique sport santé. J’ai beaucoup travaillé là-dessus.

« J’ai aussi fait un rapport sur la réforme de l’audiovisuel. J’étais président de cette mission d’information, dont la rapporteuse était Aurore Bergé. Nous avions fait de grandes propositions pour justement soutenir la diversité de la création, solidifier notre exception culturelle. Ceci pour la protéger, bien évidemment, de toute la concurrence déloyale et de l’asymétrie de la régulation.

« J’ai fait aussi un rapport avec mon collègue Christophe Blanchet sur la lutte contre la contrefaçon, que l’on a rendu en décembre dernier. On va déposer une proposition de loi d’ailleurs. Il faut que l’on agisse contre cette contrefaçon à l’échelle internationale, européenne, nationale et locale. Parce que la contrefaçon, bien sûr tout le monde dit ce sont les sacs à mains, les bijoux, les produits de beauté. On le voit dans certains quartiers, comme dans les miens, où il y a une occupation illégale du domaine public, mais c’est tout ! Maintenant, sur Internet, tout peut être contrefait ! Les masques, les vaccins, n’importe quoi !… C’est un danger. C’est un poison parce que cela peut être dangereux pour la santé publique. C’est l’exploitation, souvent, d’enfants à l’autre bout du monde. C’est anti-écologique. On a fait beaucoup de propositions pour sanctionner d’avantage les filières mafieuses et les remonter. Avoir des coordinations internationales et européennes. Mais aussi d’avoir un grand plan d’éducation, de sensibilisation et de communication à toute la dangerosité de la contrefaçon pour favoriser les consommations les plus vertueuses. Voilà un engagement qui après des dizaines et des dizaines d’heures d’auditions, de déplacements dans différents lieux pour voir comment les différents acteurs travaillaient ; quelles en étaient les différentes propositions ? On a fait un vrai travail de fond.

« Être parlementaire aujourd’hui, c’est amener des idées concrètes, efficaces, tout de suite opérationnelles pour essayer de résoudre des problèmes lorsqu’ils y en a. Améliorer les systèmes, quand on peut le faire. Corriger certaines variables, lorsque cela ne va pas dans la bonne direction ; ou repenser de fond en comble lorsqu’il y a des choses qui ne fonctionnent pas du tout. Ce que j’ai fait sur ces trois rapports et comme je l’ai fait sur différents sujets en m’engageant sur des textes de lois, en essayant de proposer des choses fortes. Comme je me suis engagé sur le texte des respects des principes de la République, où je m’engage avec la lutte contre les discriminations, là aussi. Je suis très content que l’on ait créé un délit d’entrave au métier de professeur. On ne peut pas se permettre de remettre en cause l’incompétence et les cours d’un professeur.

« Je pense que l’on peut avoir des réponses dans l’équilibre, sans tomber dans des outrances. D’un côté, de ceux qui disent qu’il ne faut rien toucher parce que l’on ciblerait une religion, alors que l’on ne parle pas de religion mais de phénomène de séparatisme ou d’entrisme qui concerne tout le monde. Que ce soit d’un aspect religieux, quelle qu’elle soit, ou d’un aspect politique, sur les formes notamment des sectes. Il faut avoir le courage de consolider, d’affirmer les principes de la République, qui sont des principes universels, forts, dans lesquels on ne peut pas transiger. Ne jamais tomber dans l’écueil des autres critiques qui disent que l’on ne va pas parler de terrorisme, d’immigration. Si, on en parle, mais ce n’est pas le sujet ! On en a parlé dans d’autres sujets et ne mélanger pas en fait les sujets.

« Dans la société où l’on vit aujourd’hui, je sens bien monter une radicalisation des deux côtés. Vous avez d’un côté une espèce de Droite dur, je ne sais pas comment l’appeler, qui depuis vingt ans mène une espèce de bataille culturelle pour imposer ses thèmes et ses solutions. Ce qui pour moi ne sont pas du tout adaptées et dangereuses à nos sociétés que je veux concevoir ouvertes sur le monde et face à sa diversité. Ceci face à un nationalisme étriqué qui vous explique quels sont les ennemis de la société à l’intérieur et à l’extérieur, qui amène des réponses étonnamment simplistes. Ce que certains appellent le populisme. De l’autre côté, une autre forme de radicalité qui monte à l’extrême Gauche. On le voit avec différents sujets qu’ils sont en train de monter en puissance, dans différents lieux.

« Bien sûr que c’est une exigence, que c’est plus difficile d’être modéré. Bien sûr que c’est plus difficile d’être dans la mesure ; que c’est plus difficile probablement d’expliquer, d’être dans la complexité des dossiers et des sujets.

« Le politique n’a pas vocation à suivre l’actualité ou le chemin de ses concurrents, notamment les deux que j’ai cité et qui se sont radicalisés. Mais plutôt à montrer un autre chemin et à essayer de fédérer les citoyens, s’adresser à une intelligence collective. À essayer de savoir ce qui peut pouvoir nous permettre d’établir une cohésion entre les citoyens au-delà de leurs légitimes différences de convictions religieuses, philosophiques, d’origines, de conditions sociales, de quartiers. C’est cela l’émancipation dans la République et la cohésion que l’on doit avoir. Certains ont beaucoup joué avec le feu. Beaucoup ont joué sur les divisions de la société française. Je n’ai pas joué à cela. »

En 2020, vous êtes réélu Conseiller de Paris. Comment avez-vous vécu, en ce contexte pandémique, la campagne municipale ?

« Pour ma part, j’étais candidat à la mairie de Paris. Cette candidature venait de loin. Elle c’était fondé sur un parcours de maturité au service des parisiennes et des parisiens depuis des nombreuses années. C’était ma fidélité à Paris et au 18ème. Il y avait un projet qui avait été construit avec des parisiens qui venaient d’horizons très divers, de Gauche comme de Droite, d’associations, de gens très indépendants. J’avais rassemblé des anciens adjoints de Bertrand Delanoë, comme Hamou Bouakkaz ou des anciens soutiens, comme Max Guazzini ; à des élus du Centre et/ou de la Droite modérée, en passant par des associatifs qui étaient très engagés dans la vie de quartier. On a porté une voix libre mais les partis nationaux ont voulu réimposer une logique de candidature nationale. Dont acte. Je n’ai pas su convaincre et dépasser les clivages. J’ai eu des sondages, au mieux, à 9-10% ; souvent, en moyenne, plutôt à 7%. Ce qui, pour les sondeurs, étaient déjà très bien quand on n’a pas de parti derrière soi ; que cela n’est que sur son nom.

« Au bout d’un moment, soit vous créez une dynamique, ce que j’ai souhaité faire et que je n’ai pas réussi à faire. Soit, vous vous posez la question. Ce que je me suis dit en janvier, en me disant : « tu n’es pas candidat pour toi ! Tu as voulu être candidat pour être porteur d’un projet pour être maire de Paris. » La lucidité m’a obligé à dire que malheureusement ce chemin était impossible dans les deux mois qui allait suivre. Je me suis dit il faut avoir le courage de me rassembler avec ceux qui sont le moins éloignés pour créer les conditions d’un changement à Paris.

« C’est pour cela que j’ai tendu à l’époque la main à Benjamin Griveaux et Cédric Villani. J’ai essayé de convaincre les deux pour travailler ensemble, au service de Paris, en dépassant nos ambitions légitimes et personnelles, mais qui faisaient le jeu, semble-t-il d’Anne Hidalgo. Je n’ai pas réussi les deux, de pouvoir se mettre ensemble. J’ai choisi de soutenir celui qui avait plus de chance sur le papier. J’ai travaillé avec Benjamin Griveaux, comme celle qui lui a succédé ensuite, Agnès Buzyn.

« Je dois dire que nous n’avons pas su convaincre les parisiens. Que d’un côté, Anne Hidalgo a démontré sa solidité politique, son expérience. De l’autre côté, Rachida Dati n’a pas menée une mauvaise campagne. Nous nous sommes retrouvés un peu au milieu de tout cela.

« Lorsque le soir du second tour, vous vous retrouvez avec cinq élus de la majorité présidentielle et que vous en êtes ! Vous êtes un peu triste mais vous vous dites OUF ! Déjà, vous avez l’honneur et la chance de continuer au Conseil de Paris, à servir une ville que vous aimez tant. D’autres n’ont pas eu cette chance-là. C’est dommage, c’est un peu un gâchis. Mais c’est ainsi. Il n’y a pas une explication ; il y a multiples explications.

« Je travaille à ce droit d’inventaire mais surtout au service des parisiennes et des parisiens, dans l’intérêt général. Je travaille. Je me bats au Conseil de Paris contre les projets d’hyper densifications me battant contre les projets comme par exemple celui de la rue Muller, dans le 18ème arrondissement ; comme je me suis battu contre les tours de Bercy-Charenton ou le projet sur le Stade Ménilmontant. Je continue à travailler sur une vision de la Ville avec un certain nombre d’acteurs parisiens et des élus. Nous avons un groupe libre au sein du Conseil de Paris. Ceci dans l’opposition de Madame Hidalgo, mais dans une opposition constructive.

« Nous sommes dans une période de crise sanitaire, de crise économique et sociale. Je ne souhaite pas que la Ville échoue. Je souhaite plutôt qu’elle réussisse aussi, même s’il ne nous sommes pas d’accord sur tous les sujets. J’essaye d’être positif. C’est-à-dire que nous essayons d’amener avec ce groupe, Indépendants & Progressistes, des contributions d’idées. D’ailleurs, Anne Hidalgo a puisé parfois dedans. Je m’en réjouis, puisque c’est au service de Paris. C’est le seul service qui compte. Si Madame Hidalgo fait des bonnes choses, je le dis et je le vote, sans hésitation. En revanche, il y a des sujets où je ne suis toujours pas d’accord. C’est la vie. Mais elle a été élue. Elle est légitime. Son équipe est légitime pour gouverner Paris pendant les six ans qui viennent. Je préfère que ce mandat soit utile pour les parisiens. Si l’on peut modestement contribuer à orienter sur tel ou tel point, on le fera. Après, nous n’avons pas la responsabilité de la gestion de la Ville. Ils nous restent des désaccords sur des sujets où nous aimerions que les choses changent et s’orientent différemment. C’est le débat démocratique. On verra au fur et à mesure. »

Comment vivez-vous cette période pandémique ?

« Comme tous les Français, difficilement ; probablement moins que d’autres Français. Je ne vais pas me plaindre. Quand on est député, que l’on a la chance de servir son pays. Il faut avoir le sens des responsabilités et se battre pour les autres. Je ne me plains pas.

« J’ai eu la Covid-19 au mois de mars 2020. Ce n’était pas une forme grave. Je vais bien. Comme beaucoup de Français j’ai eu autour de moi des gens qui ont été contaminé plus gravement ou d’autres qui nous ont quitté. On voit bien la douleur de l’épreuve.

« On voit bien les conséquences économiques et sociales quand on se bat, comme je le fais modestement pour défendre le droit de tel ou tel restaurateur, de tel ou tel petit entrepreneur. Je me suis beaucoup mobilisé pour l’année blanche que l’on a obtenu pour les intermittents. Il faut se battre pour le secteur culturel. Je suis allé soutenir plusieurs associations pour l’aide alimentaire. Heureusement que l’on a tous ces gens engagés, que ce soit des salariés ou des bénévoles, qui font un travail extraordinaire au service des autres. C’est une période de crise. Modestement, je suis allé les aider. Tout simplement pour leurs dire que l’on est avec eux, qu’on les soutient. On relaye leurs demandes en plaidant leurs causes sur le plan financier mais aussi en voyant concrètement sur le terrain ce que vous faites.

« Bien sûr que c’est une période difficile et douloureuse. Il faut aussi qu’il y ait un chemin, une espérance de sortie de cette crise sanitaire. On ne gouverne pas, encore une fois, à coup de « il n’y a qu’à… » et de « il faut qu’on… » J’ai souvent entendu des gens qui avaient des conseils, qui sur une année ont été très contradictoire, d’un mois à l’autre. Il faut un peu d’humilité et de sens des responsabilités dans cette situation de crise. C’est un virus mondial. Personne n’a la solution. Personne n’a trouvé la clef sauf au mépris des règles les plus élémentaires dans nos États de droits.

« Il faut garder du sang froid et de la sérénité dans la gestion des affaires. Accélérer la vaccination, le plus possible. Vacciner, vacciner, vacciner. Multiplier les tests salivaires. Respecter les règles sanitaires. Les Français, dans leur immense majorité, ont fait beaucoup d’efforts. Il faut que chacun y contribue toujours.

« Je ne suis pas pour que l’on confine. S’il n’y a pas d’autre choix, parce que l’on doit le faire, en restant une période temporaire. Ceci pour accélérer les vaccinations et les tests salivaires pour protéger le maximum de Français et ensuite essayer de reprendre le chemin d’une vie normale.

« Comment on peut travailler dans les lieux culturels, les lieux économiques, comme la restauration etc… le moment venu ? C’est une proposition que je fais et que j’ai transmise déjà aux uns et aux autres. J’ai eu la chance de pouvoir le dire au président de la République, dans un échange en visioconférence, il y a quelques semaines. C’est quelque chose qu’il fait dans le sens de l’intérêt général aussi. Ce qui est encore incertain mais le plus vite possible, on le souhaite. En protégeant toujours les plus vulnérables.

« Comme je propose aussi un fonds de garantie des loyers. Je tiens à cette proposition que j’ai faite il y a plusieurs mois à la Ville de Paris et au Gouvernement, à l’État. Un fonds de garantie de paiement des loyers. Je le vois notamment dans les métropoles, les loyers sont très chers. Les gens qui ont moins de pouvoir d’achats aujourd’hui qui ont du mal à payer leurs loyers. Qu’ils puissent se maintenir dans leurs logements. Le temps de la crise économique, il faut les maintenir dans leurs logements. Il vaut mieux qu’une partie de leurs loyers soit payer par ce fonds de garantie. Ce qui les maintient dans leurs logements. Cela les protège, les rassure ces familles-là, tant qu’elles retrouvent du pouvoir d’achat, un emploi ou une partie de leurs activités. En même temps, cela rassure les propriétaires qui sont, pas toujours, mais souvent des retraités qui ont fait des placements etc… et qui voient leurs loyers payés. C’est bon pour la solidarité et la cohésion sociale et c’est bon aussi pour les intérêts économiques des propriétaires. On doit protéger les Français les plus vulnérables à la crise. En même temps soutenons au maximum l’activité économique. »

Quels rapports avez-vous avec les réseaux sociaux ?

« Je les utilise pour faire connaitre mon travail à l’Assemblée nationale, au Conseil de Paris, sur le terrain. Donner mon point de vue, quand je pense nécessaire. Répondre aux questions ou prendre les avis d’un certain nombre de citoyens qui peuvent contribuer à ma réflexion. Ce qui est l’aspect positif.

« Je pense que tout ne se passe pas sur les réseaux sociaux et bien heureusement. Tout ne peut pas se penser en 280 caractères maintenant. Le temps politique n’est ni le temps médiatique ni celui des réseaux sociaux. Il faut aussi le temps que le titre se réimpose. C’est-à-dire le temps de la construction. Le temps de la compréhension de la complexité du monde et des sujets pour montrer un chemin dans la durée.

« Les réseaux sociaux sont importants. Ils participent de la vie politique, démocratique, comme de la vie en société en général. Il ne faut en faire ni l’éloge, que certains en font ; ni l’opprobre, que certains veulent leurs jeter dessus. Il faut avoir du recul sur l’évènement, je le disais tout à l’heure. Il faut avoir aussi du recul sur la réalité des réseaux sociaux. Le temps politique ne peut pas être celui de l’instantanéité permanente.

« Je gère mes comptes sur Twitter et Facebook ; même si je crois qu’un de mes collaborateurs y a accès. Concernant Instagram, je suis en copartage aussi. Je suis en accès direct sur mon téléphone. C’est moi qui tweet et qui écrit mes posts sur Facebook. Comme mes collaborateurs ont accès, parfois il me devance sur les réponses à donner aux messages. Aidez-moi ! [Rires] »

***

Merci à M. le député pour sa bienveillance et sa participation.

Merci à M. Simon Goldblat pour son aide précieuse.

Publié par RomainBGB

Franco-sicilien né en Helvetie. Co-auteur de l'ouvrage "Dans l'ombre des Présidents" paru en mars 2016 aux éditions Fayard.

Un avis sur “M. Pierre-Yves Bournazel

  1. Vous. Ete corrézien de cœur mais avec beaucoup de travail vous pourrez remplacer monsieur george Pompidou mais pas Mr Jacques Chirac .!!!

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