Mme Sarah El Haïry

Mme Sarah El Haïry, Secrétaire d'État chargée de la Jeunesse et de l'Engagement - ©Philippe Devernay

Jeunesse et Engagement.

Chers Lecteurs,

Les portraits continuent et ne se ressemblent pas toujours. C’est pourquoi je vous propose une nouvelle rencontre inédite avec une actrice au cœur du pouvoir institutionnel de notre pays.

Lyautey. C’est sur le sol du Royaume chérifien que notre nouvelle interrogée obtiendra son Baccalauréat au sein du Lycée français de Casablanca.

Lycée Carcaouet. Les études secondaires se feront sur le sol de la Métropole avec une arrivée dans ce Lycée de la ville de Nantes pour commencer des études préparatoires dans le but de rentrer à Normal Sup’.

L’essayer, c’est l’adopter. Tel pourrait être le slogan adopté par notre nouvelle interrogée concernant la capitale de la Loire-Atlantique. En poursuivant ses études et son militantisme notre interrogée connaitra sa première élection électorale comme candidate en 2014 lors des élections municipales à Nantes.

Pays-de-la-Loire. En 2015, l’aventure électorale continue pour se conclure par une victoire au Conseil Régional du Pays-de-La-Loire pour la liste de M. Retailleau pour notre interrogée. Un pied à l’étrier qui la mènera à concrétiser son adhésion au sein du MoDem.

Députée de la 5ème circonscription de la Loire-Atlantique. Victoire personnelle pour notre interrogée qui en 2017 qui se voit élue députée de la Nation lors des élections législatives. Benjamine de son groupe, elle sera membre de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale.

Nantes. Les élections municipales de 2020 confirmeront l’ancrage locale de notre interrogée en lui permettant d’être élue comme conseillère municipale et conseillère métropolitaine de Nantes Métropole.

Jeunesse et Engagement. L’arrivée de M. Castex au poste de Premier ministre marquera un nouveau chapitre dans la vie de notre nouvelle interrogée. En effet, le 26 juillet 2020, elle deviendra secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement auprès de M. Blanquer au sein du nouveau gouvernement.

 

Je vous laisse découvrir le portrait de Madame Sarah El Haïry, Secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement auprès du Ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports.

Mme Sarah El Haïry, Secrétaire d'État chargée de la Jeunesse et de l'Engagement - ©Philippe Devernay
Mme Sarah El Haïry, Secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement – ©Philippe Devernay

 

Dans le cadre pandémique que nous connaissons, la réalisation de ce portrait a été réalisé, dans les conditions sanitaires requises, au sein du bureau de Mme El Haïry, à l’Hôtel de Rochechouart, le 27 juillet 2021.

 

Bonne lecture !

@romainbgb – 03/08/21

 

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Biographie Express de Mme Sarah El Haïry :

*1989 : naissance à Romoranthin-Lanthenay (Loir-et-Cher).

*2005-2007 : diplômée du Baccalauréat série ES avec Mention au Lycée Lyautey à Casablanca (Maroc).

*2007-2009 : Classes préparatoires au Lycée Carcouet à Nantes (Loire-Atlantique).

*2009 : diplômée du 65ème séminaire jeune en Géopolitique, stratégie et défense de l’IHEDN.

*2007-2010 : Licence de Droit à l’Université de Nantes (Loire-Atlantique).

*2010 : chargée de mission au sein d’un cabinet ministériel du gouvernement du Québec (Canada).

*2014 : figure en 2° position et directrice de campagne de la liste conduite par M. Bruckert pour les élections municipales à Nantes (Loire-Atlantique).

*2015 : candidate sur la liste de la Loire-Atlantique menée par M. Retailleau pour les élections régionales dans les Pays-de-la-Loire.

– adhésion au MoDem.

*fev.2016 : devient présidente par intérim de la Fédération du MoDem en Loire-Atlantique.

*juin 2017 – juillet 2020 : députée de la 5ème circonscription de la Loire-Atlantique.

-membre de la commission des Finances de l’Assemblée nationale.

*nov.2017 : élue par les militants présidente de la Fédération du MoDem en Loire-Atlantique.

*2018 : intègre le bureau exécutif du MoDem et devient la porte-parole du parti.

*juin 2020 : élue conseillère municipale de Nantes (Loire-Atlantique).

-élue conseillère métropolitaine de Nantes Métropole.

*depuis juillet 2020 : Secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement auprès du Ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports.

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À quoi rêvait la petite Sarah lorsqu’elle était enfant ?

« Je pense que je souhaitais devenir médecin, parce que mon père est médecin. Mais tout cela c’était jusqu’à peu avant le divorce de mes parents. J’ai été déléguée de classe en CM2.

« Ensuite j’ai découvert l’économie. Je me suis naturellement orienté vers un Bac ES. Ce qui définitivement fermait la voie aux études de médecine [Rires]. »

Que retenez-vous de vos années lycéennes au Lycée Lyautey ?

« J’y ai plein de souvenirs. Je me souviens de débat sur l’actualité avec notre professeur d’Histoire. Je me souviens de projections de films ; j’avais adoré !

« Je me souviens de pleins d’amis, de pleins de jeunes, enfants d’expatriés, qui arrivaient au cours de l’année du Pérou, de France et d’ailleurs… Ce qui rythmait une année dans un établissement AEFE, dépendant de l’Agence des Français de l’Étranger. C’est quand même l’une des particularités des lycées français à l’étranger. C’était quelque chose de marquant.

« Je me souviens également, lorsque le contexte intérieur était tendu, que le Lycée était protégé et encerclé avec des barricades. Ce sont des choses que l’on ne voit pas ici. »

Que retenez-vous de vos années étudiantes à Nantes ?

« Ce n’est pas le même climat ! [Rires]

« À ce moment-là j’ai deux prépas qui s’offre à moi après mon Baccalauréat. Je souhaitais absolument faire une prépa Normale Sup’, ce qui me permettrait de faire et du Droit et de l’Économie. Mais aussi le moins de Mathématiques possible, très sincèrement [Rires]. J’avais pris des cours supplémentaires pendant toutes mes vacances durant toute mon année du Bac. Il m’en reste des notions, quand même !

« Je souhaitais vraiment faire cette prépa. Il y en avait une à Paris, l’autre à Nantes. Me connaissant un petit peu, c’était mieux de ne pas être à Paris. J’ai choisi Nantes. De plus, il y avait quelque chose d’hyper challengeant : c’était la première promo ! Je dois avouer avoir le goût d’essuyer les plâtres, de co-construire. C’était pour moi un choix assez naturel d’aller à Nantes. Ensuite je suis tombé amoureux de cette ville, pour ne plus jamais la quitter.

« On avait eu un entretien-échange avec un enseignant. Je me souviendrais toujours de l’enseignante avec qui j’avais eu cet échange, qui s’appelle Mme Pataillot, qui sera ensuite mon enseignante de Droit. Elle est d’ailleurs toujours enseignante à la prépa de Carcouet. Il y avait une dynamique, une volonté de l’équipe pédagogique assez dingue, qui se ressentait.

« À la fin de ma prépa, je suis partie faire un tour de France avec une caravane, pour les élections européennes. Ce qui m’a value d’absolument pas réussir mon concours de Normale Sup’, de manière grandiose, c’est-à-dire ni l’admissibilité ni l’admission.

« J’ai ensuite rejoint la Faculté de Droit en L2/L3 en même temps. À ce titre que la prépa n’était pas pleinement reconnue. Encore une fois, je n’ai validé ni l’une, ni l’autre. [Rires] Ce qui a évidemment plu à mes parents [Rires]. Ils m’ont dit : « maintenant, si c’est comme cela, va travailler ! » Il faut assumer ! Justement par la suite j’ai commencé à travailler, en me disant ce n’était pas grave, que j’allais repasser mes années de L2/L3. »

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Comment avez-vous vécu l’expérience de chargée de mission au sein d’un cabinet ministériel au sein du gouvernement du Québec ?

« Cela c’était pendant mon année universitaire, en 2010. J’ai tellement bien travaillé que je suis même partie à l’étranger en même temps. Ceci entre la fin de l’été et le début de l’année universitaire.

« Je pars au Québec dans le cadre d’un échange associatif avec le CAP-FQ, le Comité d’action politique franco-québécois. Celui-ci envoie une dizaine de jeunes qui sont politisés, qui appartiennent à des mouvement politiques, pour permettre de découvrir leur démocratie et leur organisation gouvernementale. C’est un échange entre la France et le Québec.

« J’y découvre Nicole Ménard, ministre du Tourisme, qui a été ma ministre. On pourrait l’apparenter à un profil du type de celui de Christine Lagarde ici. Elle vient de la société civile. C’est également une féministe engagée. Elle a été la patronne de l’équivalant de la Banque de France, au Québec. C’était son premier mandat dans un exécutif au Québec. C’est quelqu’un pour qui j’ai énormément d’estime. J’ai gardé quelques contacts depuis.

« Il n’y avait pas de clivage, comme chez nous, droite-gauche. Ils avaient un autre genre de clivage, mais qui est hyper intéressant, qu’est celui de l’identité. Est-ce que le Québec est l’héritier du Vieux Continent ? Sa responsabilité serait donc d’être le défenseur du Français, de la Francophonie, d’être tourné vers l’Europe. Ou est-ce que l’avenir du Québec c’est d’être tourné vers les États-Unis ?

« Cela donnait une réalité. Cela donnait plus de sens à un projet politique que la jauge ou la variable économique de savoir à quel point je suis libérale… On a une économie qui est mondialisée. On va arrêter de se mentir. Au sein de l’Union Européenne on est dans un monde où l’économie est interconnectée. En tous les cas, eux, ils avaient dépassé ce clivage-là. Le débat était entre le Parti Libéral Québécois et le Parti Québécois. »

C’est à ce moment-là que vous adhérez au MoDem ?

« C’est bien après. Nous sommes, là, en 2010. Le Président Nicolas Sarkozy fait son discours devant les préfets : le fameux discours de Grenoble. Discours qui me chafouine un peu. Après… Mis à part des copains, personne ne me connaissait donc cela ne changeait fondamentalement rien du tout, à la vie de personne. De ce fait j’arrête d’adhérer à l’UMP.

« Je pars au Québec. Je reviens. J’ai challengé ma pensée. Je n’adhère à aucun parti politique. Je n’avais pas envie qu’on imagine ou que l’on dise que j’avais retourné ma veste. Ce n’était pas cela mon sujet, ni ma volonté. Je travaille et je découvre le syndicalisme au sein de l’entreprise. Je rejoins et milite au sein de la CFTC. J’y trouve un autre lieu d’engagement, d’une certaine manière. Ce qui ne fait que confirmer mon côté, plutôt assumé, de démocrate-chrétien. Ce qui va en réalité être le terreau du fait que je rejoigne le MoDem en 2015. Je ne rejoins le MoDem qu’après les élections municipales de 2014. »

Quel souvenir gardez-vous de votre participation aux élections municipales à Nantes sur la liste de M. Bruckert en 2014 ?

« Un souvenir extraordinaire. Comme je vous le disais, c’est ce qui me fait adhérer au MoDem. J’arrive dans cette équipe avec, je dois l’avouer, beaucoup de préjugés. « Non, non, mais je ne veux pas adhérer. » – « On ne t’as encore rien demandé donc détends-toi ! » [Rires] Mais surtout, il n’était pas question d’être sur la liste. Ils avaient besoin de quelqu’un qui avait déjà fait une campagne.

« J’avoue avoir regardé cela avec un peu de curiosité. Cette idée que certains siègent dans des majorités de gauche ; d’autres dans des majorités de droite. Cela m’a toujours paru comme questionnant. En tous les cas c’est curieux.

« J’ai découvert durant cette campagne que les adhérents et les militants du MoDem étaient pour certains des élus, dans la grande Métropole [NDLR : celle de Nantes], dans des majorités de droite pour certains, ou de gauche pour d’autres. Ils ne se tapaient pas du tout dessus. Ils étaient beaucoup plus liés au projet local, porter par le maire ou la majorité municipale, que par son étiquette en tant que telle. Tout cela reste toujours tenu. C’est centre-droit, centre-gauche, montrer à quel point tu es constructif. Tout ceci encore plus dans une élection locale.

« Je découvre des gens qui ont fait le choix rationnel de ne pas s’affronter, de ne pas essayer de se convaincre mutuellement mais au contraire de chérir, de manière très rationnelle, ce qu’ils avaient en commun. Ce qui est assez nouveau pour moi parce qu’à l’époque des Jeunes Pop ou au sein de l’UMP nous étions plus à essayer de se convaincre.

« Ce qui n’est pas du tout le cas au sein du MoDem. Tu pouvais te retrouver au sein d’une réunion de fédération, où tu sais qu’il ne siège pas dans une majorité, ce qui ne les déstabilisaient pas du tout. Je venais d’une culture où c’était un peu plus la confrontation. On considère que le dénominateur commun est acquis. En réalité l’on se rend compte que si tu ne le chéris pas ce dénominateur commun, il y a un moment il s’effrite.

« Tu passes donc plus de temps à essayer de se convaincre au sein de sa propre famille, ou à défendre son idée pour qu’elle soit la majoritaire, au lieu de porter le projet à l’extérieur. Au début cela m’avait plutôt questionné, avant de me rendre compte que cela était possible. En tous les cas au niveau local.

« Quelques jours avant le dépôt des listes, la tête-de-liste, qui était le président de la fédération locale, me propose d’être la numéro 2 de la liste. À ce moment-là, je réitère mes propos. « Je ne prendrai pas de carte ! » – « On ne t’as toujours rien demandé ! » J’adhère a posteriori, après la défaite, après tout cela, en 2015, lorsque je vais avoir la présidence de la fédération par intérim. M. Bruckert va démissionner. M. Fesneau va venir et acter le fait qu’il y avait une présidence par intérim et qu’elle était sous ma charge. »

Lors des élections régionales de 2015 pour les Pays-de-la-Loire, vous êtes présente sur la liste de M. Retailleau, Comment avez-vous vécu cette campagne ?

« Très bien. Ce qui est certain c’est que je ne suis pas de gauche. Ce qui est plutôt une certitude. Par contre, l’on a une vision sociale du pays. On a une vision sociale de la famille. On a une vision, plutôt juste, du partage de la richesse dans le monde économique.

« Tout cela m’a amené à apporter cette fibre au sein d’un groupe qui est devenu une majorité régionale puisque l’on a gagné la région alors que nous étions outsiders. Ceci dans une majorité de rassemblement portée par Bruno Retailleau avec à l’époque l’UMP, l’UDI, les Radicaux… C’était une majorité qui c’était construite dans le respect des différences avec quelques sujets forts comme par exemple les questions sociétales comme le Mariage pour Tous ou sur Notre-Dame des Landes.

« Pour le coup, Bruno Retailleau a été cette tête-de-liste, ce président de Région, qui a respecté les convictions qui se complètent tant que le pacte territorial était le point commun. J’ai passé une très belle campagne et en plus on l’a gagné, ce qui n’enlève rien au plaisir ! »

Comment avez-vous vécu la campagne présidentielle de 2017 ?

« C’était une campagne folle. Je suis une militante loyaliste. J’aime l’organisation d’un parti. Je la respecte. Je considère que lorsque l’on est dans une famille politique, on respecte la règle de sa famille politique.

« Je suis donc rentrée pleinement dans la campagne du futur président de la République après le choix du ralliement fait par François Bayrou. Même si dès le départ je faisais partie de ceux qui poussaient à ce choix-là. Il y avait plusieurs propos au sein de la famille politique. En réalité nous étions une très large majorité à espérer que ce soit le choix de François Bayrou. On a tous apporté notre pierre à l’édifice en expliquant pourquoi c’était important. En quoi le projet porté par Emmanuel Macron en 2017 c’était déjà celui porté en 2007 par François Bayrou. Il allait peut-être réussir par le faire et que c’était de notre ressort que de l’y aider à le faire. François Bayrou l’a décidé et l’on a pu rentrer pleinement dans la campagne.

« J’y suis rentrée pleinement dedans en tant que présidente de ma fédération. J’ai mené pleinement la campagne à ce moment-là, en la dirigeant pour nos troupes sur la Loire-Atlantique. »

Vous êtes élue le 17 juin 2017 députée de la 5ème circonscription de la Loire-Atlantique. Qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ?

« Fierté, responsabilité, je pense.

« Tu es fière et heureuse parce que tu le vois dans le regard de tes parents, de tes proches. Ils sont fiers. Cela donne, en même temps, un sentiment de responsabilité qui arrive aussi vite et qui prend pleinement sa force quand tu arrives à l’Assemblée nationale.

« Je suis sensible à l’Histoire, aux symboles, à nos institutions. Là, tu te dis : « j’ai intérêt à être à la hauteur ! » Tu prends conscience de la responsabilité que tu as. À 577, nous sommes les représentants de la Nation. Ce qui te fait penser aux grands moments qui ont jalonné l’histoire de cette noble institution. Lorsque j’ai pris la parole à la tribune, la première fois, j’ai tout de suite pensé aux images que l’on a vu à l’INA, aux images que tu as étudiés en cours. Le discours sur la peine de mort de Robert Badinter, à Simone Veil. Tu te dis que tu espères que, durant toute la période où tu as cette charge, tu seras toujours du bon côté. Ceci du bon côté de la décision. J’irai chercher le côté le plus juste.

« C’est ce que j’ai essayé de faire, avec le fait de revenir à chaque fois dans ma circonscription pour redemander à des responsables associatifs, à des responsables des cultes, à des élus. Ceci pour voir leurs perceptions de la chose. On a eu des débats sur la bioéthique, sur la confiance dans la vie politique. J’ai aussi eu des débats sur la trésorerie des associations, sur laquelle j’ai porté une loi.

« Tout cela a été un trait d’union entre l’utilité et la portée nationale d’une décision ou d’un vote. C’est pour tous les Français et au-delà de ton intime conviction. Tu dois voter au plus juste en réalité, dans l’intérêt des autres. Évidemment en conjuguant ton intime conviction. Évidemment en conjuguant l’histoire de ton propre parti, de la sensibilité qui est la tienne. Mais au bout, du bout, du bout : ton vote t’appartient.

« Pour ma part, je fais partie d’une famille politique, qui porte la démocratie en son nom, qui est très libre par rapport à cela. On n’a jamais eu de consigne de vote strict. Il faut un alignement. C’était une phrase de mes parents : « n’ai jamais honte de ce que tu feras ! » C’est rester un peu comme un fil rouge.

Comment avez-vous vécu votre expérience de députée de la Loire-Atlantique ?

« C’était passionnant ! J’ai adoré ! J’ai été en Commission des Finances où c’était le seul président qui était issu de l’opposition. Pour moi, Éric Woerth est un grand président de Commission. Il a été maire, ministre. J’ai appris l’exercice budgétaire, l’exercice du budget de l’État. Le fait de devoir conjuguer ces milliards. D’un autre côté la responsabilité que l’on a d’une bonne et saine gestion de la dette ; la nécessité de réduire la dépense publique ou en tous les cas de la rendre la plus rationnelle, la plus efficace.

« Je me suis concentré sur les sujets qui étaient les miens, parce que c’est très large. J’ai eu la chance de devenir rapporteur spécial du budget de la vie associative, de la jeunesse et des sports. Ce qui a été mon fil rouge. J’ai soutenu la fiscalité des associations, des fondations, des avancés pour la famille pour permettre plus de donation intrafamiliale. Ce qui est un peu l’héritage de mon mouvement, de mon histoire et de ma vision de la société. La solidarité commence au plus proche de sa famille pour ensuite s’élargir. On ne peut pas restreindre cette liberté-là. En tous les cas, je pense que cette solidarité, elle se transmet et pour qu’elle se transmette, on ne peut pas la réduire au cercle familial.

« Cela a été une période de trois années durant lesquelles j’ai beaucoup siégé. J’étais dans le Top 10 des députés les plus présents à l’Assemblée. En même temps, j’étais la benjamine de mon groupe. J’ai trouvé beaucoup de bienveillance dans la majorité et dans l’opposition. Il y avait Jean-Louis Bourlanges, qui avait été président de la Commission des Finances au Parlement Européen. De l’autre côté, il y avait Charles Amédée de Courson, Gilles Carrez. Valérie Rabault pour les socialistes. Je ne vais pas tous les citer mais en Commission des Finances, il n’y a pas de débat stérile. Ce sont des parlementaires qui ont tous une ultra-technicité parce que la matière est rude.

« Mais il y avait un chemin d’apprentissage parce que la loi de Finance, c’est la seule loi qui revient tous les ans. Comme cela, si tu te loupes, tu peux recommencer. Tu n’avais jamais le sentiment d’avoir perdu ton temps, pas du tout, jamais. Ce qui était bien. Si tu ne réussissais pas, tu étais un peu persévérant. Tu remets cela une couche après. Je suis devenue la spécialiste de la loi de règlement. Loi que personne ne connait, mais quand même ! C’est celle qui conjuguait la loi de Finance et la loi rectificative.

« Tu découvres. Tu vas au ministère des Finances. Tu travailles. Tu découvres les administrations. Tu fais des contrôles sur pièce et sur place. C’était passionnant. J’ai beaucoup aimé. J’ai fait un travail de parlementaire national mais avec un regard sur mon territoire parce que je considérais que c’était ma bibliothèque et mon lieu d’exploration, pour être sûr que ma jauge était bonne. »

Vous devenez membre du bureau exécutif du MoDem et porte-parole du parti en 2018. Comment avez-vous vécu ce moment ?

« Les premiers plateaux télévisuels c’est toujours angoissant. On ne va pas se mentir ! [Rires] Suite à mon élection de députée de la Loire-Atlantique en 2017, cela rentrait dans le schéma. Ensuite, à l’Assemblée, je rejoins la Commission des Finances. Très vite, François Bayrou va me nommer porte-parole national du MoDem et donc je commence à faire les plateaux télévisuels. D’abord ceux de 23 heures, puis ceux de 22 heures. Puis ceux de 11 heures. Et ensuite ceux encore plus tôt le matin. Les matinales arrivent après. Il faut gagner son droit à la matinale.

« Et tu débats… Tu débats face à Jordan Bardella, face à Jérôme Guedj, face à la droite, face à la gauche… On vit quand même des grands moments de crises. Il y a donc certains débats qui marquent plus que d’autres. Comme par exemple les débats face à Jordan Bardella. C’était une génération. Il n’était pas encore député européen.

« Il y a eu tous les débats face aux Gilets Jaunes. J’étais encore députée. Je me retrouve à débattre avec des citoyens à la télévision, arguments contre arguments. C’était une période qui était quand même assez tendue dans le pays.

« Les premiers points Presse aussi, lorsque tu parles au nom de ton parti.

« Ensuite j’ai également fait la campagne des européennes. J’y étais le porte-parole pour le MoDem. On a animé quelques meetings. Je me souviens notamment de ceux d’Aubervilliers et de La Mutualité à Paris. J’y ai quand même fait apparaitre le Premier ministre, qui n’était pas là ! [Rires] Anecdote ! Ça reste des moments forts. »

En juin 2020, vous êtes élue conseillère municipale de Nantes, conseillère métropolitaine de Nantes Métropole. Comment avez-vous vécu, en ce contexte pandémique, la campagne municipale de 2020 ?

« Il est vrai, aussi, que l’on a fait un score moins important que l’on imaginait et que l’on souhaitait mais je crois à la persévérance. Le résultat était déceptif, on ne va pas se mentir. Maintenant, je crois à l’exigence qui se gagne au plus proche. On a décidé de sanctuariser. Une confiance lorsque tu l’as, il faut l’assumer. On a sanctuarisé les conseils municipaux, les conseils métropolitains, pour pouvoir être au plus proche des problématiques de ma ville. Puisque c’est ma ville !

« C’était la deuxième fois que je me présentais à cette élection municipale, puisque la première fois, on en a parlé tout à l’heure, c’était en 2014. Je crois aux sillons qui se creusent doucement mais certainement. »

En juillet 2020, vous êtes nommée secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de l’Engagement auprès du ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports. Comment avez-vous vécu ce moment ?

« C’est un moment assez fou où tu ressens à la fois une joie et une charge. Je l’ai su un tout petit peu avant et puis cela faisait trois semaines qu’il y avait une sorte de bruit médiatique, de débats, sur le remaniement. Est-ce que les secrétaires d’État vont être annoncé ? Quel jour ? C’était long et en même temps tant que ce n’est pas annoncé, ce n’est pas fait. Jusqu’à la dernière seconde. C’est exactement cela.

« Pendant trois semaines, il y a ce bruit médiatique. Je reçois un appel téléphonique du Premier ministre. Tant que le secrétaire général de l’Élysée ne transmet pas la liste des noms dans le communiqué de Presse, rien n’était fait.

« J’étais chez moi avec la télévision allumée. C’était un dimanche en juillet. Mes parents et mon frère étaient en vacances. Il se trouve que j’avais la lourde responsabilité d’aller m’occuper de leurs potagers respectifs. [Rires] J’avais arrosé leurs potagers. Je venais de rentrer chez moi avec 3 ou 4 kilos de tomates qui étaient mûres. J’ai eu le secrétaire général de l’Élysée quelques minutes avant qu’il publie le communiqué de Presse : « c’est imminent ! » J’ai donc été doublement appelé. Au début et à la fin de la journée.

« C’était la première fois, en plus, que j’avais le Premier ministre au téléphone. Je ne le connaissais pas. Je l’avais vu uniquement avec la majorité parlementaire lorsque j’étais députée. Je n’avais pas eu d’échange individuel. J’ai eu une discussion assez tôt le matin.

« Tu as cela en tête toute la journée, ce qui fait que ta journée ne passe pas comme d’habitude. Tu sais cela mais tu ne peux le dire à personne. Tu n’as pas envie de créer d’effet déceptif parce que tu sais très bien que jusqu’à la fin de la journée cela peut changer. Quitte à gérer la déception, il ne vaut mieux que gérer la sienne. Donc je ne le dis pas. Mais vraiment à personne. Je fais ma vie. Je fais les potagers jusqu’à la fin de la journée.

« Je reviens donc à la fin de la journée avec mes kilos de tomates et un communiqué de Presse de l’Élysée qui m’annonce que dès le lendemain j’étais attendu à Paris. [Rires] Je prends donc un billet de train et dès le lendemain je suis attendu à la gare de Montparnasse et là… Tout commence ! Cela fait maintenant un an que c’est comme cela. C’est amusant car je reconnais la personne qui deviendra mon officier de sécurité, qui est encore avec moi aujourd’hui. Cela part comme cela.

« Je pense que je n’ai jamais pris le temps de le raconter à personne. »

Quel bilan tirez-vous de cette année écoulée passée au sein du secrétariat d’État à la Jeunesse et à l’Engagement ?

« Il y en a plusieurs.

« Le premier d’entre eux, c’est le SNU. C’est le Service National Universel parce que voir tous ces jeunes lever un drapeau, porter un uniforme, chanter une Marseillaise, dire naturellement « Vive la France » … Je ne sais pas vous, mais moi, tout cela me touche. D’autant plus dans une année où rien ne présageait que l’on pouvait avoir un mouvement et un moment de communion républicaine à ce niveau-là. Il y avait la situation sanitaire. Il y avait plein de doutes. Ce SNU a été cela. Cette rencontre de jeunes qui ne se seraient jamais croisés. Tu es en plein dans la promesse de la République. « Aides-toi, la République t’aidera ! » Vraiment c’est cela !

« Il y a eu le moment de la promulgation de ma loi. C’est assez étonnant car il se trouve qu’à ce moment-là le président de la Commission des Lois m’informe que c’est la première fois sous la Vème République où une ministre promulgue sa propre loi de députée. C’était assez amusant.

« Je crois qu’il y a eu un autre moment, qui touche un peu le SNU aussi. C’est lorsque je me retrouve aux Invalides et qu’il y a 250 jeunes qui sont présent dans la Cour d’Honneur et qui ont l’un des plus grands honneurs que la République française offre : celui de chanter La Marseillaise pour ensuite récupérer leurs diplômes du SNU dans cette Cour des Invalides. Voir que ces jeunes viennent de partout en France mais qu’ils en rentreront changés. Une jeune fille me témoigne « qu’en deux semaines j’ai grandi de 2 ans, Madame ! » Des témoignages fous.

« En même temps des moments plus durs. Lorsque tu saisis le Procureur de la République car pendant ce SNU, il y a aussi des adolescents qui se confient et avouent avoir été victimes de violences, victimes de situations familiales dures. C’est aussi cela le job. Tu saisis les instances et tu les mets en sécurité. Ils sont loin de leurs familles pour la première fois par conséquent ils se mettent à parler. C’est en confiance donc ils te racontent. Tu as la responsabilité de la protection.

« Ensuite pendant la crise et les confinements, cela a été aussi la situation sociale et psychologique des jeunes. C’est le moment où l’on a lancé les chèques psy. On fait « Un jeune, Une solution ». On créé la boussole des jeunes. Nous on répond en fait à une situation de précarité et un besoin de trouver du sens dans cette période de privation, d’une certaine manière, de ce qu’il y a de plus précieux : le lien social. On se retrousse les manches et surtout on fait bouger le Service Civique pour permettre aux étudiants de pouvoir s’engager. On voit ces jeunes foncer, donner de leurs temps, dans les hôpitaux, alors que personne ne connaissait vraiment la Covid-19, et dire qu’ils sont prêts à aider.

« Je suis tellement fière à ce moment-là. Je suis fière de mon pays. Je suis fière des Français. Je suis fière des jeunes. Je rentre le soir et je suis heureuse d’apporter ma pierre, de les avoir accompagnés, de leurs avoir dit « merci », de trouver des solutions pour qu’ils y en aient plus encore.

« On a fait 58 déplacements en un an. On a visité plus de 24 académies. Je crois en la force du terrain. Je crois à tout cela. J’ai passé d’abord 2-3 mois pour voir les acteurs locaux, les associations, pour comprendre. Ensuite, j’ai été dehors parce que c’est sur le terrain que tu vois où cela bloque ou cela ne bloque pas. Tu vois ce qu’il faut améliorer, ou pas. Tu vois ce qui fonctionne et qu’il faut préserver. Puis tu as des échanges sans filtre. Je pense que c’est tout cela. »

Comment vivez-vous cette pandémie ?

« Avec engagement. C’est la première fois que ce mot apparait dans l’organisation d’une institution de la Vème République. Au point où j’en ai même demandé à Xavier Darcos [NDLR : chancelier de l’Institut de France] de l’expliciter. Pourquoi l’engagement ? C’est quoi l’engagement, en tous les cas à la française ?

« J’ai la chance d’être au cœur d’un ministère où chaque action engagée permet de façonner le visage de la France. Quelle soit avec Jean-Michel Blanquer au sein de l’école. Quelle soit dans nos combats pour la laïcité, pour défendre les principes de la République. Que ce soit pour aller chercher des jeunes qui sont plus perdus.

« C’est un ministère vivant. C’est un ministère de l’humain. C’est aussi un ministère d’avenir. Les jeunes d’aujourd’hui, ceux qui sont adolescents, ceux qui n’ont pas pu voyager, trouver leurs travails. Toute cette année, on a passé du temps pour trouver des solutions pour que cela ne leurs coûte le moins possible humainement, en termes de santé mentale, physiquement, économiquement.

« J’avais trois choses à conjuguer en même temps.

« L’action de mon ministère. Les transformations dont mon ministère a besoin. Ce qui allaient de réformer l’information jeunesse à rendre des dispositifs d’engagements encore plus accessibles ; à lutter contre le non-recours au droit. Avec ou sans Covid, c’était là.

« En parallèle, il y avait la gestion de la crise sanitaire. On a passé beaucoup de temps sur les protocoles, accompagner les acteurs, ne pas laisser sombrer les colonies de vacances, les scouts. Tout ce monde-là était à l’arrêt.

« Le troisième pan qui a été la réponse des conséquences à la crise. C’est ce que l’on va lancer à la rentrée. Comment on accompagne les associations pour qu’elles retrouvent les bénévoles ? Comment on accompagne ces jeunes qui n’ont pas pu faire de mobilités européennes ou internationales ?

« Par conséquent c’est répondre à ces conséquences sans jamais renier aucune des 3. »

Quel rapport avez-vous avec les réseaux sociaux ?

« Pour moi ce ne sont que rien d’autre qu’un outil. Absolument rien d’autre qu’un outil. Ceci signifiant que tu en fais le meilleur ou tu en fais le pire.

« Autant je monte au créneau, mais alors sans aucun état d’âme, sur la haine en ligne, sur les signalements, pour bousculer de temps en temps les acteurs de ces plateformes, parce que je les ai vu. On les a convoqués. Il y a des sujets sur lesquels c’est absolument essentiel.

« En parallèle c’est bien sur ces mêmes réseaux sociaux où l’on a vu des élans de solidarités territoriales s’organiser. Je suis très pragmatique et très lucide. Face à cela, je crois que l’enjeu qui est le notre aujourd’hui c’est de donner les outils et les moyens aux jeunes ET aux parents pour qu’ils soient outillés et savoir en faire le meilleur. Je pense qu’il y a une vraie responsabilité des parents. Je vais être très cash. Avant, quand il y avait un seul ordinateur à la maison, ou même sur une télévision, il y avait un code d’accès dessus. Même chez mes parents, pour ne pas aller sur certaines chaînes, il y avait un code parental. Sur l’ordinateur de la maison, c’était pareil.

« Aujourd’hui on donne à un adolescent un smartphone où il peut faire plus de chose que sur la simple chaîne de télévision interdite aux moins de 16 ans à laquelle il n’a pas accès. Ceci avec des réseaux sociaux qui se créent quasiment toutes les semaines et qui perdent les parents. Ceci avec des jeux-vidéos où il y a de la messagerie. Les parents n’y maitrisent pas les codes.

« Face à cela, on ne peut pas dire la seule charge c’est celle de l’école. La seule charge est celle de l’adolescent et/ou des parents. Je n’y crois pas. Je crois qu’il y a une vraie responsabilité des plateformes ; des parents pour accompagner leurs enfants. Comment nous on les aide à le faire ? Ce qui signifie plus d’éducation aux médias et aux réseaux sociaux, très largement aux outils numériques parce que cela peut mettre à mal des essentiels. Je pense au développement des fake news, aux deepfake. Ce qui pourrait avoir des conséquences très grave sur notre démocratie, sur nos institutions.

« Si tu n’as pas été éduqué à l’esprit critique, à confronter la source de l’information. Si on ne te l’a jamais transmis. Si tes parents ne sont pas en situation d’être en capacité d’identifier une situation d’harcèlement. De te dire que tu es en situation d’harceleur. Parce que c’est aussi cela. Il y a la victime mais il y a bien aussi l’harceleur. Il est bien le fils de quelqu’un. Je crois dans ce cas que l’on ne répondra pas réellement à cet outil. Mais il ne faut ni le fantasmer, ni l’idéaliser. »

 

***

Merci à Mme la ministre pour sa bienveillance et sa participation à ce portrait.

Merci aux femmes de l’ombre de son Cabinet.

Publié par RomainBGB

Franco-sicilien né en Helvetie. Co-auteur de l'ouvrage "Dans l'ombre des Présidents" paru en mars 2016 aux éditions Fayard.

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