Monsieur Aurélien Bellanger

Entre photographie et philosophie : un chroniqueur d’aujourd’hui.

Chers lecteurs,

Dans la continuité de mes entretiens culturels, je vous propose un nouvel invité littéraire. Habitué matinal des ondes radiophoniques, je vous fait part d’une rencontre qui me tenais à cœur. Cet aspect littéraire, qu’un écrivain puisse tronquer sa plume pour sa voix, m’intriguait. J’ai percé le mystère en la personne d’Aurélien Bellanger.

Chroniqueur matinal qui apporte sa conclusion sur les ondes de France Culture, je me suis décidé de partir à sa rencontre. Me voilà récompensé, je le partage avec vous la discussion téléphonique que l’on a eue le mercredi 22 mai 2019.

Bonne lecture !

@romainbgb – 30/05//19

BELLANGER Aurélien photo 2018 Francesca Mantovani - Editions Gallimard 1026
Aurélien Bellanger – ©Francesca Mantovani-éditions Gallimard

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Bio Express

-20 avril 1980 : naissance à Laval.

-enfance en Mayenne, en Seine Maritime et en Essonne.

-Master de philosophie.

-vendeur chez Virgin ainsi que dans une librairie du Veme arrondissement parisien.

-depuis fin août 2017 : chronique matinale sur les ondes de France Culture.

Œuvres Littéraires :

Houellbecq, écrivain romantique ; éditions Paul Scheer, août 2010.

La théorie de l’information ; éditions Gallimard, août 2012.

L’aménagement du Territoire ; éditions Gallimard, août 2014 [Prix Amic de l’Académie française, Prix de Flore et Prix du Zorba].

Le Grand Paris ; éditions Gallimard, janvier 2017.

La Fête ; illustré par Thomas Lévy-Lasnes – éditions de la Ménagerie, mars 2017.

Eurodance ; éditions Gallimard, avril 2018.

La France : chroniques ; éditions Gallimard, mai 2019.

Le continent de la douceur ; éditions Gallimard, août 2019.

Apparitions Filmographiques :

Vilaine fille, mauvais garçon ; de Justine Triet, 2011.

Agit Pop ; de Nicolas Parisier, 2013.

La Bataille de Solférino ; de Justine Triet, 2013.

Victoria ; de Justine Triet, 2016.

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BELLANGER Aurélien photo 2018 Francesca Mantovani - Editions Gallimard 831C
Aurélien Bellanger – ©Francesca Mantovani-éditions Gallimard

Aurélien Bellanger né le 20 avril 1980 à Laval. Il passe son enfance entre la Mayenne, la Seine Maritime et l’Essonne. Titulaire d’un Master de Philosophie. Il débute comme vendeur dans l’enseigne Virgin ; Puis devient libraire dans la librairie L’arbre à Lettres dans le Veme arrondissement parisien.

Vous avez fait des études de philosophie, je suppose que la littérature et l’écriture sont des choses qui vous ont toujours passionnés. Est-ce en devenant libraire que l’envie d’écrire est venue, ou cela était déjà en vous depuis un certain temps ?

« J’ai été libraire car je n’avais pas beaucoup d’imagination pour trouver un travail, puisque j’aimai les livres, cela me semblait cohérant. J’ai toujours voulu écrire. Je n’ai jamais voulu faire rien d’autre. Je n’ai pas vraiment d’œuvre finie, je n’ai pas de roman de jeunesse. Je n’ai pas tout ça dans mes tiroirs. La décision c’est de se lancer professionnellement en fait. »

L’ouvrage sur Michel Houellbecq vous a lancé dans le grand bain.

« C’était plutôt un incident. Les polémiques récentes sur Houellbecq font oublier les polémiques anciennes sur Houellbecq. Les polémiques anciennes étaient beaucoup plus étonnantes, beaucoup de gens lui déniaient la qualité d’écrivain. J’avais beaucoup argumenté sur cette question, qui semblait désuète, mais qui était centrale. J’avais une compétence houellbecquienne qui était particulière.

« Au début j’étais parti pour écrire une thèse en fait. Pendant l’été je me suis dit, avant d’écrire ma thèse, je vais écrire sur Houellbecq, puis en fait cela m’a pris un peu plus de temps. La thèse n’a jamais vu le jour. L’idée c’était de vivre avec la Littérature. Cela c’est passé avec La théorie de l’information. »

Vous êtes titulaire d’un Master de Philosophie. A travers vos romans vous entrez dans le territoire. Une envie d’études de géographie qui étaient dans les tiroirs ?

« Pas du tout. Quand j’ai fait de la géographie en Prépa j’avais même tendance à détester. Il est vrai, après, que j’avais lu des romans de Gracq, je savais que c’était quelque chose qui existait. Passé un moment, on m’a très vite dit écrivain géographe. J’ai joyeusement accepté le qualificatif, je n’y avais pas pensé en fait. Je me vois plus comme romancier généraliste, romancier tout court.

« Il y a eu une sur-spécialisation du roman à un moment avec des romans avec des dérives géographiques, des récits de voyages… Je fais un roman avec des éléments géographiques entre autre chose. Ce n’est pas un élément exclusif. Au contraire ! Ce que j’aime avec le roman c’est que ce n’a pas de genre ! J’essaye de tenir le plus possible cette absence de genre qui fait que le roman est un outil universel. »

Avec L’aménagement du territoire, lorsque les prix commencent à arriver, notamment celui de l’Académie française, cela a du vous renforcer dans votre persévérance de l’écriture et de vie littéraire ?

« Pas vraiment. Le prix de l’Académie française en fait c’est une bourse [celle de la Fondation Henri Amic]. Au contraire, comme le premier livre avait tellement bien marché et que le deuxième, un petit peu moins, ça m’a mit plutôt de mauvaise humeur. Le prix de Flore a permit de rééquilibrer les choses pour faire du moindre succès de mon deuxième livre, un succès quand même. »

C’est le prix de Flore qui vous a réconcilié un peu.

« Non je n’étais pas fâché. Quand le premier roman marche, on dit que le deuxième livre est plus compliqué. Le deuxième livre a été très simple a écrire mais sa réception a été plus compliquée que le premier. Ça m’avait un petit peu énervé.

« Le troisième livre [Le Grand Paris] ça n’a pas été si compliqué non plus. C’est une course de long cours, ça dure plus de deux ans et demi pour écrire un livre. On ne peut pas vraiment parler de pression. Toujours dans les trois ans à écrire, les livres se chevauchent. La fin du processus d’écriture est toujours perméable à l’arrivée de nouvelles choses. Plus le temps passe, moins l’on travaille en fait. »

Comment vous est venu l’idée d’écrire sur le Grand Paris ?

« En général, j’ai de la chance, en finissant le premier roman, j’ai toujours eu l’idée du roman suivant. L’écriture romanesque a quelque chose de pratique. C’est une phase de préparation, où je ne fais rien. Une grosse année de travail, plus ou moins, intensif, pour arriver à un manuscrit pas du tout satisfaisant. S’enchaine trois ou quatre versions successives d’amélioration. Pour Le Grand Paris, ou même le précédent, L’aménagement du territoire, à la fin du premier jet du précédent, j’ai eu l’idée. »

Dans la continuité vous avez eu ainsi l’idée pour le suivant, Eurodance, tout comme celui qui sortira en août prochain.

« Eurodance est une commande pour le metteur en scène Julien Gosselin qui voulait parler de Calais et de l’Europe. C’était, à peu près, le domaine sur lequel j’enquêtais, enfin vaguement, pas très sérieusement, pour le suivant [Le continent de la douceur]. C’est comme si les deux œuvres, Eurodance et le futur roman, faisait une complémentarité. »

Les sorties entre les livres se sont fait plus rapproché avec votre futur roman. L’écriture du continent de la douceur a été plus fluide ?

« Non, ça été long. Peut-être même un peu plus long que d’habitude. L’écriture d’un roman c’est assez compliqué. Ça passe très vite du chef-d’œuvre à la catastrophe. C’est un travail de longue haleine, d’endurance. Il faut persévérer quand on a mal aux jambes. Maintenant c’est terminé, j’ai rendu les épreuves. C’est toujours agréable de finir la rédaction d’un roman. Comme il sortira dans quelques mois je préfère, pour le moment ne pas en parler. »

En revenant au Grand Paris, vous avez eu j’imagine des retours « politique » ou vous avez pu garder un peu de « littérature romancière », on va dire ?

« La bizarrerie dans ma façon de travailler fait que je fais toujours énormément de documentation a posteriori. J’ai écris un roman sur le Grand Paris en ne rencontrant aucun des acteurs du Grand Paris ; Que ce soit politique, BTP ou administration. Par contre, le livre ayant traité de ce sujet, on finit toujours par rencontrer des gens. Je n’ai jamais autant rencontré d’architectes que ces deux dernières années. Alors qu’en vraie, cela aurait été malin de les rencontrer au cours de l’écriture.

« J’ai un rapport un peu bizarre à la documentation. J’ai du mal à écrire quand j’ai des choses un peu trop précises en tête. Je préfère un petit peu plus rêver les choses, les imaginer. Le vrai travail romanesque est un peu là-dedans. Je ne suis pas trop embêté par les politiques. »

S’en suit l’expérience radiophonique à France Culture. Ils sont venus vous chercher ou c’est vous qui avez postulé ?

« J’ai été, je crois, invité trois fois dans Les Matins. La première fois c’était par Marc Voinchet. La deuxième fois ça devait être par Nicolas Martin pour L’aménagement du territoire et la troisième fois par Guilaume Erner, en janvier 2017, pour Le Grand Paris. Du coup c’est comme si j’avais passé un entretien d’embauche. Je n’avais pas postulé directement. J’avais toujours imaginé d’être chroniqueur. J’y avais fait des blagues sur le fait que cela devait être marrant d’être chroniqueur.

« C’est Guillaume Erner qui m’a proposé en août 2017, j’ai fait quelques essais puis j’ai commencé. C’est une décision que l’on prend assez rapidement. J’avais au fond envie de le faire. Ça ne se refuse pas. C’est une sorte de privilège de pouvoir faire cela. Je sais que cela va me faire travailler comme un fou toute l’année, que je suis un peu tiqué et angoissé mais voilà…

« On accepte de rendre deux cents textes, qui sortiront quotidiennement à la radio. C’était un petit peu un saut dans le vide. Rétrospectivement, c’était horrible au début. Ecrire des chroniques a toujours été plaisant. J’ai eu du mal à domestiquer la pratique de l’exercice du direct, gérer le stress etc… C’est un vrai travail ! Ça faisait parti du deal d’apprendre sur le tas. »

Ce qui amène à une certaine fierté quand on voit le retour positif que vous avez.

« Oui bien sûr. Après, c’est compliqué parce que l’on connaît les chiffres globaux d’écoute, qui sont très bon, sauf que ceux que l’on a, au quotidien, sont plutôt des gens qui râlent sur Twitter. On a du mal à voir tout ça. Je suis beaucoup plus sensible aux critiques. L’autre chose, c’est que j’ai un média assez bizarre qu’est la radio, qui reste un média assez intime. On ne parle pas à cent mille personne. On est toujours dans un studio derrière un micro. J’ai du mal à imaginer que ma voix arrive vraiment dans l’oreille des gens à la fin.

« C’est quelque chose qui a été analysé souvent, c’est que les vraies technologies de rupture, psychologiquement, pour le saut dans l’inconnue psychologique qu’il procure, ce n’est pas tant Internet. Là où il n’y a aucune distance, c’est le téléphone et la radio. Internet, finalement c’est du journal en ligne… Tout ça est assez distancié bizarrement. J’ai du mal à m’imaginer aujourd’hui avec le recul, où ça fait deux ans presque, que c’est réel. C’est comme une sorte de magie.

« La vraie expérience, pour le coup, c’est le direct. Ce n’est pas grand chose mais c’est comme si tout les matins je montais sur scène et qu’il se passait quand même quelque chose. Il y a trois minutes de temps qui m’appartiennent et dont la pendule repose que sur mes propres compétences intellectuelles, même si ça c’est le passé, j’ai déjà écrit, mais surtout locutoires. Il ne faut pas que j’y repense trop, ça pourrait me redonner le trac. Les premiers mois c’était horrible, j’avais la bouche sèche quand j’entrais en studio. J’ai fini par le domestiquer. J’espère que ça s’entend.

« J’y vais en direct tout les matins. Il y a de très rares fois, peut-être cinq fois par an, où n’ayant pas pu venir, j’ai enregistré avant. Ce n’est jamais très plaisant à faire. Ça fait vraiment parti de l’exercice littéraire. C’est le rapport avec la confiance. Aujourd’hui mes textes je les relis qu’une fois. A l’époque, je les relisais dix ou quinze fois. On commence, un peu, à voir si ça va aller ou pas. »

Dans cette continuité j’en viens à votre rapport aux réseaux sociaux. Notamment avec Twitter, où vous avez une façon bien à vous de poster uniquement des photographies et le lien podcast de votre chronique sur France Culture.

« Même le podcast de mon émission j’ai mis du temps à le faire. Je suis très agacé par la promotion des gens sur Twitter. Les gens qui font trop de promotion d’eux-mêmes m’agacent. Je viens vraiment d’un ancien monde. Ma technologie émergeante à moi c’est le SMS. Je ne maitrise pas si bien Twitter ; avec beaucoup de difficulté. Je viens d’un monde où le papier était presque l’usage exclusif, en tant qu’écrivain. Je n’ai jamais voulu être autre chose qu’écrivain. Du coup, mon compte Twitter est plus au service, modestement, de l’écrivain que j’essaye de me sculpter. Sachant que j’ai horreur des gens qui font de l’auto-promotion. Autant le faire sans le faire. Les photographies sont une solution habile pour y aller, sans y aller. »

Pas de légende accompagnant vos photographies postées sur Twitter …

« Bah non ! C’est vrai ! Ce n’est pas très réfléchi de l’usage que j’en ai fait de ce média. Je prends beaucoup, beaucoup, de photographies. Quand je suis à peu près satisfait du résultat, je la poste sur Twitter. Je suis devenu, très modestement, un pas trop mauvais photographe de Twitter. J’aime moins Instagram. J’ai un compte dessus mais j’ai déjà perdu les codes trois fois. J’en fais donc un nouveau. Puis j’utilise aussi Twitter de façon passive, comme veilleur d’information. J’y passe beaucoup de temps. Concernant Facebook j’ai quitté le réseau il y a cinq ou six ans maintenant. »

Vous avez toujours eu cette envie d’écrire. Y-a-t-il un livre qui vous a donné l’envie d’écrire ?

« À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust c’est assez marquant. Ce n’est pas le premier livre que j’ai lu ; il reste une expérience centrale dans ma vie d’écrivain. Je l’ai lu plein de fois, je le connais assez bien. C’est devenu une référence assez forte.

« Julien Gracq fait parti des auteurs que j’ai beaucoup lu. Egalement Flaubert, Stendhal, Balzac pour les classiques. Je lis très peu de contemporains. »

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Un grand merci à Monsieur Aurélien Bellanger d’avoir accepté et pris le temps de répondre à mes questions.

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