M. Mathieu Deldicque

L’Art des belles choses.

Chers Lecteurs,

Je continue l’innovation en donnant la parole à la jeunesse et à l’Art. En effet, je souhaite partager avec vous le portrait d’un jeune directeur de musée national. Comme vous avez pu le constater à travers les diverses personnalités que je vous fais découvrir, trop souvent, la parole des jeunes est mise de côté. Je poursuis ma mission auprès de vous sur #LaLettreR.

École des chartes. Le commencement de la vie étudiante commence sur les bancs de cette prestigieuse et mystérieuse École. La rencontre entre l’Histoire et l’Art est donc une révélation pour notre interrogé.

C’est afin de parfaire son expertise et son assise internationale que notre interrogé continuera ses études et perfectionnera sa thèse de l’École des chartes sur la place du mécénat dans la Cour de France à la Renaissance. C’est fort d’un Doctorat en Histoire de l’Art que notre interrogé passera son Concours de conservateur du patrimoine.

British Museum. Les voyages forment la jeunesse, comme toujours ! C’est comme cela que notre interrogé cèdera à l’appel de Londres. La traversée continuera avec la découverte également de l’Art Institute de Chicago où notre interrogé effectuera un stage.

I.N.P. École à part. Sorte d’ENA de la Culture, c’est au sein de cette Institution que notre interrogé se perfectionnera une fois l’obtention de son Concours de conservateur du patrimoine en poche.

Louvre-Lens. Dans la continuité de ses stages, notre interrogé découvrira la nouvelle aventure que lance le musée parisien en s’exportant, pour la première fois, hors de ses murs. C’est dans cette même trajectoire que notre interrogé partira à la découverte d’un lieu qui lui sera très vite familier : le domaine du château de Chantilly.

Musées de France. C’est au sein du Ministère de la Culture et du Service des musées-châteaux de France, que notre interrogé fait ses premières armes. Ce qui l’amène à découvrir les différentes institutions et pouvoir nouer ses premiers contacts.

La belle histoire continue en 2015, lorsque le Chancelier de l’Institut de France et Mme Garnier le nomme conservateur du patrimoine au musée Condé, au sein du château de Chantilly. L’élève fera son nid. C’est tout naturellement que notre interrogé prend la direction du musée Condé ce mois-ci.

Je vous laisse découvrir le portrait de Monsieur Mathieu Deldicque, directeur au musée Condé du château de Chantilly.

M. Mathieu Deldicque, directeur au musée Condé – ©château de Chantilly

Ce portrait a été réalisé par un entretien en visioconférence avec M. Deldicque le 18 juillet 2022.

Bonne lecture !

@romainbgb – 22/07/22

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Biographie Express de M. Mathieu Deldicque :

*1987 : naissance à Douarnenez (Finistère).

*2005-2008 : Classe Prépa pour l’École nationale des chartes au Lycée Henri IV (Paris).

*2005-2010 : Master 2 en Histoire de l’Art à l’Université de la Sorbonne.

*2008-2012 : diplômé de l’École nationale des chartes.

*été 2010 : stagiaire au British Museum.

*2012-2018 : Doctorat en Histoire de l’Art à l’Université de Picardie – Jules Verne.

*juin-oct.2012 : conservateur stagiaire au Domaine de Chantilly.

*oct-nov.2012 : conservateur stagiaire au musée du Louvre-Lens.

*fev-mars 2013 : conservateur stagiaire au The Art Institute à Chicago (États-Unis).

*jan.2012-juin2013 : conservateur du patrimoine stagiaire à l’I.N.P.

*juil.2013-juil.2015 : conservateur chargé des musées-châteaux nationaux au Service des musées de France au sein du ministère de la Culture et de la Communication.

*août 2015-juin 2022 : conservateur du patrimoine au musée Condé du Château de Chantilly.

*depuis juillet 2022 : directeur au musée Condé du château de Chantilly.

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À quoi rêvait le petit Mathieu lorsqu’il était enfant ?

« Enfant, j’adorais l’Histoire, les châteaux et les chevaliers. Vous allez me dire que ce n’est pas très éloigné de ce que je fais de nos jours.

« L’Art a pris sa place relativement assez tardivement, toute proportion gardée. Je suis un historien, à la base. Je me suis beaucoup intéressé à l’Histoire depuis tout petit. J’adorai les langues anciennes, le Latin et le Grec, durant mes années de Collège et de Lycée. Je me suis demandé, à un moment donné, si je pouvais en faire mon métier. Dans mon Lycée, dans le Nord de la France, j’ai eu une professeure d’Histoire qui m’a dit : « Pourquoi ne seriez-vous pas archiviste ou conservateur d’archives ? » Je n’avais jamais entendu parler de ces métiers auparavant.

« En Seconde, j’ai fait un stage d’observation aux Archives Départementales du Nord. J’ai pu y découvrir des documents historiques. Je me souviens que la Directrice, qui était une conservatrice du patrimoine, m’avait montré une lettre de Jeanne d’Arc. J’ai été sensibilisé assez vite grâce à cette petite expérience professionnalisante. Je me suis dit qu’effectivement l’on pouvait en faire un métier où le goût de l’Histoire et des langues anciennes étaient tout à fait utiles. C’est là où j’ai eu l’idée d’en faire un métier, de poursuivre dans mes connaissances, et donc de préparer l’École nationale des chartes.

« C’est en Prépa et au fur et à mesure du temps que je me suis rendu compte que j’aimais surtout l’Histoire par les monuments et les œuvres. L’Histoire de l’Art et l’Histoire étaient 2 disciplines qui m’intéressaient beaucoup. »

 

Comment est née votre rencontre avec l’Art ?

« C’est difficile à dire.

« J’ai un souvenir assez marquant. En 2004, Lille est Capitale Européenne de la Culture. Avec le Lycée nous étions allés visiter la grande exposition sur Rubens au Palais des Beaux-Arts de Lille. On avait suivi une très belle visite guidée. Je me souviens de ce grand tableau de Rubens, La Descente de Croix, qui m’avait beaucoup marqué. J’avais eu des sensations, des fortes impressions.

« Je m’étais dit que finalement le monde des musées était assez intéressant. On pouvait s’y procurer un certain nombre d’expérience. C’est un de mes souvenirs. Il y en a plein d’autres, je pense. En termes de rencontre avec un tableau, c’est l’une des premières qui m’ait vraiment marqué. »

 

Que retenez-vous de vos années d’étudiant à l’École nationale des chartes ?

« Pour moi l’École des chartes est fondatrice. C’est une formation qui est constitutive de ma vision de l’Histoire de l’Art, de ma pratique professionnelle, de ma pratique de chercheur comme historien d’Art.

« C’est une École assez atypique, confidentielle et extrêmement exigeante, qui m’a introduit à des disciplines de niches qui va de la paléographie, en passant par la sigillographie, l’ancien Français etc… Des choses que l’on trouve d’ailleurs enseigné que dans cette École.

« Au-delà de ces savoirs extrêmement précis, ce que j’ai retenu c’est une méthode. C’est aussi une certaine humilité face aux documents historiques, face aux faits historiques, et une rigueur, qui nous poursuit, mes confrères et moi, durant toute notre carrière. Cela nous donne des outils pour essayer d’exploiter toutes les sources d’époque disponibles pour appréhender le mieux possible le fait historique ou le fait artistique. »

 

Quelle expérience gardez-vous de vos diplômes d’Histoire de l’Art à la Sorbonne puis à l’Université de Picardie ?

« À l’École des chartes on prépare toujours une thèse. C’est une École qui a un statut atypique parce que c’est un niveau supérieur qu’un Master 2 mais ce n’est pas encore un Doctorat. J’ai eu ce souhait de transformer cette thèse d’École des chartes en thèse de Doctorat pour faire aboutir mes travaux de recherches. Finalement, j’ai passé quasiment 10 ans sur le même sujet.

« Je m’intéressais, je m’intéresse toujours, au phénomène du mécénat à la Cour de France au début de la Renaissance. J’ai eu le souhait de faire aboutir ces recherches au dernier niveau, en thèse de Doctorat, ensuite de les publier. C’était un aboutissement personnel mais aussi une reconnaissance internationale. C’est-à-dire que lorsque l’on est conservateur en France, l’on n’est pas forcément doctorant en Histoire de l’Art. On n’a pas besoin d’être Doctorant en Histoire de l’Art pour être conservateur en France. Or, sur le plan international, c’est le diplôme de Doctorat qui est le plus reconnu. Cela faisait partie d’un projet personnel et d’une reconnaissance internationale sur un domaine d’expertise. »

 

Comment avez-vous vécu vos différents stages dans les musées nationaux ?

« Une fois que j’ai eu le concours de conservateur, j’ai intégré l’Institut National du Patrimoine. C’est là où j’ai effectué un certain nombre de stages. J’en avais effectué déjà auparavant. J’ai voulu voir des Institutions assez différentes dans une Région qui m’est chère, les Hauts-de-France, d’où je suis originaire.

« D’une part, le musée Condé du château de Chantilly parce que c’est une collection incroyable, avec une politique dynamique, le tout dans un cadre assez contraint, celui du testament du Duc d’Aumale, le donateur de la collection à l’Institut de France.

« D’autre part au Louvre-Lens, proche du lieu où j’ai été élevé. Le musée n’était pas encore ouvert. C’était les derniers mois avant l’ouverture. Cet objet muséal m’intéressait beaucoup dans son emprise avec le territoire, dans son projet muséographique transversal, dans sa nouveauté. À l’époque, c’était révolutionnaire, même en termes d’installation muséographique, de présentation d’œuvres, de médiation. J’ai participé au montage des œuvres mais aussi à la préparation de certaines expositions.

« C’était intéressant pour moi de conjuguer ces 2 types de musées. Ce sont 2 types d’institutions muséales très diverses mais très complémentaires. On était vraiment dans le cœur de l’actualité dans les 2 cas. Parce qu’à Chantilly, il y a l’Agha Khan avec un projet très intéressant et ambitieux. »

 

Quelle expérience retenez-vous de vos stages au British Museum et à The Art Institute de Chicago ?

« Cela fait vraiment parti de ma curiosité de toujours voir ce qu’il se passe à l’étranger, de bâtir des ponts avec nos collègues à l’international.

« J’ai commencé assez jeune avec certains stages dans de grandes institutions où j’ai pu remarquer beaucoup de points de convergence avec les musées français en général. Parfois aussi des aspects plus avancés, c’était le cas de la médiation au British Museum, qui était beaucoup plus importante qu’en France à la même époque.

« J’ai toujours travaillé dans des domaines précis lorsque l’on m’a fait confiance pour ces stages. Au British Museum, j’avais travaillé sur les matrices de sceaux du Moyen-Âge. J’ai participé à toute cette base de données pour dater, essayer de déchiffrer tous ces sceaux médiévaux français. À l’Art Institute, j’avais travaillé sur les tableaux des Primitifs Français et Germaniques dans une perspective plus large de la peinture de la fin du Moyen-Âge et de la Renaissance. Ce que j’avais également apprécié aux États-Unis, c’était les grands moyens qui étaient alloués à la recherche, aux projets d’expositions, à la conservation. Puis, le côté extraordinaire des collections américaines avec des chefs-d ’œuvres inouïs qui ont été conservé par des privés, en général. »

 

Comment avez-vous vécu votre expérience de conservateur du patrimoine stagiaire à l’INP ?

« Ceci est une École très française d’avoir un Institut de formation une fois que l’on a réussi le Concours de conservateur du patrimoine. On est envoyé pendant 18 mois dans une École d’application, une sorte d’ENA du Ministère de la Culture, où tous les conservateurs se retrouvent pour une formation complète et commune. Dans ce cadre-là, on alterne les stages. C’est ainsi que je suis parti à Chantilly et au Louvre-Lens. On a des enseignements professionnalisants. On apprend tout ce qui est juridique, la gestion budgétaire, la gestion des marchés publics, le management, les doctrines de restauration… Tous les outils pour pouvoir ensuite travailler dans un musée en tant que conservateur et même diriger un musée.

« C’est une École très française mais qui est très précieuse. Cela nous permet de disposer de toutes les clefs pour ensuite servir les musées en France. D’habitude, à l’étranger, les conservateurs sortent des Universités. »

 

Vous avez été ensuite au sein du Ministère de la Culture, conservateur chargé des musées-châteaux dans le cadre du Service des musées de France. Qu’en retenez-vous ?

« C’était mon premier poste. C’était un poste assez instructif. Ce n’était pas un poste de gestionnaire de collection. Ce n’était pas forcément ma vocation première.

« C’était un poste assez intéressant de lien entre le Ministère et les musées et châteaux nationaux, c’est-à-dire Versailles, Fontainebleau, Compiègne, la Malmaison, le château de Pau, le château d’Ecouen Être leurs portes d’entrées pour des questions de restaurations ou d’acquisition mais surtout de budget, de problème juridique, de ressources humaines, de projets scientifiques et culturels. J’ai pu appréhender toutes les facettes de la gestion d’un musée et ceci avec le regard du côté du Ministère de la Culture.

« J’ai pu connaître assez vite beaucoup d’acteurs mais ma vocation première était vraiment d’être conservateur d’une collection. C’est pour cela que je suis parti 2 ans plus tard, au musée Condé de Chantilly. »

 

M. Mathieu Deldicque, directeur au musée Condé – ©château de Chantilly

 

En 2015, vous devenez conservateur du patrimoine au musée Condé. Comment s’est produit la nomination ?

« Lorsque j’avais été conservateur stagiaire au musée Condé, cela avait été une expérience assez concluante avec la conservatrice du musée, Nicole Garnier, qui était toute seul pour s’occuper de cette incroyable collection pour mener de front toutes les expositions qui aller se multiplier parce qu’était projeté la création d’un cabinet d’arts graphiques permettant d’abriter 3 expositions supplémentaires de dessin. La tâche devenait immense. Nicole Garnier a émis le souhait de me recruter pour le seconder en tant qu’adjoint au musée Condé.

« C’est une chose qui a été faire à partir de 2015 où j’ai pu prendre toute ma part. Avec le Chancelier de l’Institut de France, ils sont venus me chercher. Parce que Chantilly appartient à l’Institut de France, comme vous le savez. »

 

Comment avez-vous vécu votre expérience de conservateur du patrimoine au musée Condé ?

« Il y a eu la convergence de plusieurs facteurs. En 2015, cela faisait 10 ans que son Altesse l’Agha Khan investissait largement dans le domaine de Chantilly pour remettre à niveau les espaces, pour restaurer les monuments historiques, pour professionnaliser un certain nombre de fonctions. Tout ceci en créant aussi des outils. Cela a été la Salle du Jeu de Paume, où nous avons maintenant nos grandes expositions temporaires. C’était, lorsque j’ai été nommé, la création du cabinet d’arts graphiques pour les expositions d’arts graphiques. Il y avait ce cadre-là, infiniment accueillant et enthousiasment.

« Ceci conjugué au doublement du personnel de conservation, puisque l’on passait de 1 à 2 conservateurs. On pouvait se répartir les tâches, les missions. J’étais, j’espère encore le rester, tout frais, dynamique, plein d’envies, plein d’ardeurs. J’avais envie de servir la collection de Chantilly avec mes projets mais aussi une forme de dynamisme et d’entrain vis-à-vis de la communication, vis-à-vis du mécénat, de tous ces champs qui méritaient d’être exploités. Le contexte était très favorable à tout cela. »

 

M. Mathieu Deldicque, directeur au musée Condé – ©château de Chantilly

 

Vous venez d’être nommé Directeur au musée Condé. Vous succédez à Mme Garnier qui a veillé sur le musée pendant plus de 30 ans. Une certaine pression ?

« En effet, il faut dire qu’en premier lieu c’est un véritable défi que de pouvoir succéder à Nicole Garnier pour pouvoir continuer à faire rayonner aussi bien les collections de Chantilly, en suivant son exemple.

« Néanmoins, en ayant pu travailler à ses côtés pendant 7 ans, en ayant eu tout ces encouragements et une grande liberté aussi pour porter mes propres projets… Je me suis en fait préparé pendant toutes ces années. Je n’ai pas sur mes épaules une pression phénoménale parce que je suis prêt, tout simplement.

« Je connais tous les acteurs qui gravitent autour de Chantilly. Je connais assez bien les collections, l’histoire du site, tout ce qui n’est pas dit ici, aussi, au sein du château. Ce n’est pas une terre inconnue, loin de là.

« J’appréhende ce poste en toute sérénité mais avec une grande détermination. »

 

Quels sont vos rapports avec l’Institut de France ?

« L’Institut de France est le propriétaire de Chantilly. J’ai été nommé par le Chancelier de l’Institut, avec les différents Instituts et surtout les différentes Académies qui constituent l’Institut, nous avons un travail très étroit.

« Il faut savoir que le musée Condé est placé sous la haute surveillance d’un Collège des conservateurs qui est composé de 3 académiciens, qui ont un regard sur notre programmation culturelle, sur tout ce qui touche à l’art et l’agréement. Le président, il vient d’être nommé, c’est Daniel Rondeau, de l’Académie française. Ensuite, vous avez Yves-Marie Bercé de l’Académie des inscriptions et des belles-lettres et Alain-Charles Perrot, de l’Académie des beaux-arts.

« Ce qui s’est accru depuis 2020, lorsque son Altesse l’Agha Khan a retiré finalement la Fondation qu’il avait créé. Ce qui donne à l’Institut de France la gestion totale et direct du domaine de Chantilly. »

 

Vous vous imaginez où dans 10 ans ?

« C’est très difficile à dire. Est-ce que j’aurai fini ma tâche ici, à Chantilly dans 10 ans ? Est-ce qu’il y aura d’autres opportunités ? Je commence juste à prendre en main la direction du musée Condé, ici, à Chantilly. Je ne suis pas dans le temps d’après. Au contraire, je suis plutôt dans le projet des années qui viennent, les grandes expositions, les grands projets de restaurations. Je suis dans le moyen terme en tous les cas, ici à Chantilly.

« Quand on est conservateur, on pense toujours au temps long parce que l’on est en charge de collections, d’un patrimoine qui doit être légué aux générations futures. Cela fait vraiment parti de notre quotidien, le temps long.

« Après, le temps personnel du déroulement d’une carrière… Pour l’instant, je suis à moyen terme. C’est-à-dire que je pense aux futures prochaines années que je vais mener ici. »

 

Quel regard portez-vous sur le rapport des Français avec l’Art ?

« Le rapport des Français avec l’Art c’est une question assez fascinante et assez complexe. Je distinguerai 2 choses.

« Je pense que les Français ont un rapport très étroit, très charnel, avec leur patrimoine. Ce qui constitue finalement leurs identités, leurs quotidiens, leurs racines. C’est, par exemple, ce que l’on voit ici au château de Chantilly. On a beaucoup de visiteurs, qui sont bien revenus depuis la crise Covid, avec un vrai attachement, une vraie curiosité, une vraie connaissance.

« En termes d’Art, le grand problème que connait la France c’est en termes d’éducation artistique dans les petites classes, puis au Collège et au Lycée. Contrairement, par exemple, aux Italiens, les Français ne connaissent pas leurs grands maîtres, ou trop peu. Je parle de l’Art Ancien, ce qui est vraiment mon domaine. C’est ainsi que nous menons une politique à Chantilly depuis plusieurs années, qui va continuer, d’exposer les grands maîtres, de continuer à faire de grandes expositions autour de ces grands maîtres pour les donner à voir, pour les donner à comprendre notamment au public français.

« On a fait en 2020, une exposition autour de Raphaël. On est en train d’exposer pour la 1ère fois depuis 25 ans, Albrecht Dürer, ici à Chantilly. On a beaucoup d’autres projets très importants autour de grands maîtres qui vont suivre pour combler une sorte de déficience de l’Éducation nationale. Parce que malheureusement lorsque vous parlez à tout à chacun de Nicolas Poussin, cela ne réveille pas beaucoup de réactions. Alors que c’est l’un des plus grands peintres qu’est porté la France.

« Les Français ont le goût des vieilles pierres mais pas assez des beaux tableaux. Pas assez encore ! »

 

Quel rapport avez-vous avec les réseaux sociaux ?

« Je suis un conservateur de la nouvelle génération. En tous les cas, j’essaie de me considérer comme tel. C’est vrai que les nouvelles technologies, les technologies de communication, sont essentielles pour servir de médiation entre un patrimoine et des collections et des visiteurs ou des potentiels visiteurs. Surtout dans un musée comme Chantilly, qui est soumis à un testament strict, ne permettant pas de prêter les collections, ne permettant pas de modifier leurs accrochages.

« Les nouvelles technologies sont une chance pour une institution comme la notre. Les réseaux sociaux en font partie. Cela permet d’établir un rapport direct entre ce patrimoine et nos concitoyens. Cela permet de faire rayonner dans le monde entier, aussi, le château de Chantilly et ses incroyables collections qui sont de rang international. Cela permet aussi d’être innovant, d’imaginer de nouveaux formats etc… Je n’y vois que des bénéfices.

« C’est extrêmement chronophage. Cela implique une certaine prudence mais les apports sont considérables. Depuis quelques années, Chantilly mais aussi moi, personnellement, sur mes comptes personnels, nous nous efforçons de promouvoir les collections de Chantilly et de rentrer en interaction.

« Ceci pour éveiller la curiosité et provoquer la visite. Parce que tout cela doit être préparatoire ou faire suivre une visite. La rencontre physique avec l’œuvre d’art demeure et demeurera primordiale et essentielle. »

 

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Merci à Mme Agri pour son aide précieuse à la réalisation de ce portrait.

Merci à M. Deldicque pour son écoute et sa bienveillance.

Publié par RomainBGB

Franco-sicilien né en Helvetie. Co-auteur de l'ouvrage "Dans l'ombre des Présidents" paru en mars 2016 aux éditions Fayard.

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