Madame Sylvie Pierre-Brossolette

De la Condition féminine à la Cité Audacieuse.

 

Chers Lecteurs,

Dans la continuité de ma galerie de portraits, je souhaiterais partager avec vous le portrait d’une Femme, dans un univers ô combien masculin.

Condition féminine. Diplômée de l’IEP de Paris, notre nouvelle personnalité débutera sa carrière professionnelle en rejoignant le Cabinet de la toute nouvelle secrétaire d’État à la Condition féminine, Françoise Giroud.

Pierre Brossolette. J’ai tenu rendre hommage à ce grand Résistant panthéonisé en 2015 par le président de la République, François Hollande. En effet, notre nouvelle interrogée est sa petite-fille. Elle-même, fille d’un grand homme de l’ombre, ancien secrétaire général de la présidence de la République, Claude Pierre-Brossolette.

L’Express. Fort de cette expérience en cabinet ministériel, une nouvelle aventure professionnelle commence : le journalisme. Il faudra 17 ans avant que notre interrogée puisse pleinement devenir Cheffe du service politique de l’hebdomadaire l’employant.

Presse écrite. On parcourra la carrière journalistique de notre interrogée qui se poursuivra, notamment, au Figaro Magazine et au Point.

CSA. En janvier 2013, le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, soumet son nom pour être désignée membre du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. Nous verrons ensemble la découverte de ce mandat qui l’occupera pleinement jusqu’en 2019.

Cité Audacieuse. Fort de son engagement, de la première heure, face aux droits des femmes, notre interrogée rejoint la Fondation des Femmes, à la fin de son mandat au CSA. Elle est également nommée membre du Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes où elle préside la commission de lutte contre les stéréotypes.  La boucle est bouclée, quelques décennies après avoir débuté ce combat-là.

Je vous laisse découvrir le portrait de Madame Sylvie Pierre-Brossolette, présidente du Comité d’orientation de la Cité Audacieuse.

Mme Sylvie PIERRE-BROSSOLETTE, présidente du Comité d’orientation de la Cité Audacieuse – ©droits réservés.

Compte-tenu des règles sanitaires que nous connaissons, la réalisation de ce portrait a été réalisé lors d’un appel téléphonique, le 28 mai 2021.

 

Bonne lecture !

@romainbgb – 08/06/21

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Biographie Express de Mme Sylvie PIERRE-BROSSOLETTE :

*1954 : naissance à Paris.

*1972-1974 : diplômée de l’Institut d’Études Politiques de Paris.

*1974-1976 : chargée des relations avec la presse puis conseillère technique au cabinet de la secrétaire d’État à la Condition féminine, Mme Giroud.

*1976-1977 : conseillère technique au cabinet de la secrétaire d’État à la Culture, Mme Giroud.

*1977-1991 : rédactrice au service politique puis chef d’enquête à L’Express.

*1991-1996 : rédactrice en chef adjointe du service France de L’Express.

*1994-2001 : éditorialiste politique à BFM TV.

*1996-2010 : directrice littéraire d’Hachette Littératures.

*1996-2012 : éditorialiste du Nouvel Économiste.

*2001-2003 : collaboratrice de l’émission « A dire vrai » sur BFM TV.

*2004-2007 : rédactrice en chef (France-Actualité) au Figaro Magazine.

*2006 : nommée Chevalier dans l’ordre national de la Légion d’honneur.

*2007-2008 : co-présentatrice de l’émission Sans Interdit sur I-Télé.

*2007-2012 : co-animatrice du « Duel » sur France Info.

-éditorialiste sur I-Télé.

*2007-2010 : rédactrice en chef du service France et Politique du Point.

*2010-2013 : directrice de collection aux Éditions Fayard.

*2010- janv.2013 : directrice-adjointe de la direction, responsable du service Politique au Point.

*janv.2013-janv.2019 : membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel, nommée par le président de l’Assemblée nationale, M. Bartolone.

*2015 : promue Officier dans l’ordre national de la Légion d’Honneur.

*2019 : nommée Commandeur dans l’ordre national du Mérite.

-depuis 2019 : membre de la Fondation des femmes, présidente du Comité d’orientation de la Cité Audacieuse.

-membre du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, présidente de la Commission de Lutte contre les stéréotypes.

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A quoi rêve la petite Sylvie quand elle est enfant ?

« Je ne me le rappelle plus très bien.  Je crois que dans mes premiers rêves, j’avais envie d’être architecte. Mais je ne me posais pas trop de question.

« Plus tard, j’ai commencé à m’en poser à l’école pour mon orientation scolaire. J’ai choisi la section économique. Je pensais m’orienter vers des études économiques pour travailler dans ce secteur.

« Puis il s’est passé un évènement qui m’a fait évoluée. J’ai eu une mention bien à mon Baccalauréat. À l’époque, cette mention Bien ouvrait les portes de Sciences-Po, sans examen ni concours. Je m’étais inscrite, juste avant de passer le Bac, à la Faculté de Dauphine pour y faire des études économiques. Finalement, je suis entrée à Sciences-Po.

« C’était un concours de circonstances. C’était un tel privilège de pouvoir rentrer à Sciences-Po, sans examen, grâce à ma mention Bien, que j’en ai profité.

Que retenez-vous de vos années étudiantes à l’IEP de Paris ?

« Mon année la plus importante a été la première année, que l’on appelait, de mon temps, l’A.P. « L’année préparatoire ». Je ne sais pas si cela existe toujours. J’y ai eu un très bon maître de conférence. On travaillait en petites équipes. Il y avait une quinzaine d’élèves dans chaque unité de conférence.

« J’ai eu un maître de conférence qui s’appelait Guy de Panafieu. Il était absolument excellent. J’ai beaucoup aimé y apprendre le droit constitutionnel, l’économie et diverses autres matières avec lui. J’ai si bien profité de sa pédagogie que je suis sortie 1ère de ce petit troupeau. Quand on est 1ère, on devient l’assistante, pour l’année d’après, du même maître de conférence. J’ai donc été l’assistante de Guy de Panafieu pour l’AP des élèves de l’année suivante. Cela m’a pas mal marquée.

« Ensuite j’ai fait la 2ème et la 3ème année. Cela ne durait que 3 ans, à l’époque, Sciences-Po. J’étais très jeune parce que j’ai eu mon Bac à 17 ans. J’ai fini Sciences-Po à 20 ans. J’y avais choisi la spécialité Service Public, ce qui menait à une prep’ENA. Puis là aussi, concours de circonstance… Pendant l’été, j’ai rencontré le directeur de Cabinet de la toute nouvelle Secrétaire d’État à la Condition féminine, Françoise Giroud. »

Mme Françoise GIROUD et les membres de son Cabinet (dont Mme Sylvie PIERRE-BROSSOLETTE) – ©droits réservés.

Vous démarrez votre vie professionnelle comme conseillère chargée des relations avec la presse puis conseillère technique au cabinet de Mme Giroud. Comment s’est produit la rencontre ? Que retenez-vous de cette expérience ?

« À la sortie de Sciences-Po, pendant l’été, j’ai rencontré le directeur de Cabinet de Françoise Giroud, Yves Sabouret. Il rendait service à Françoise Giroud en étant son directeur de Cabinet. Il sortait de Matignon, où il avait été le conseiller social de Pierre Messmer. En toute amitié, il avait accepté de lui donner un coup de main. Françoise Giroud avait été nommée courant juillet 1974, après les autres membres du gouvernement, lorsque Jean-Jacques Servan-Schreiber avait été démissionné.

« C’est ainsi qu’il m’a proposé de faire un tour au Cabinet de Françoise Giroud. Mon amie Valérie-Anne Giscard d’Estaing, la fille du président, était entrée chez Michel Guy, Secrétaire d’État à la Culture. Je n’ai pas hésité longtemps. J’ai dit « Oui » tout de suite, tellement cela m’enthousiasmait. J’avais lu peu de temps avant, Si je mens… ; j’admirais beaucoup Françoise Giroud. Pour moi, à 20 ans, c’était un rôle modèle une icône. J’ai sauté de joie. J’ai accepté tout de suite.

« Yves Sabouret me présente Françoise Giroud en septembre. C’était lors d’une conférence de presse, qu’elle donnait pour présenter son action au ministère. J’y suis allée. Puis j’ai rejoint le cabinet. J’étais évidemment la plus jeune ; une toute petite main modeste. J’étais l’adjointe de l’attachée de presse. Peu à peu, Françoise Giroud m’a intégrée dans l’équipe, très cordialement. Elle m’a associé à énormément de choses.

« Cela m’a beaucoup marquée, ce passage à la Condition féminine. À la fois pour le sujet de fond (j’adhérais totalement au combat pour les femmes) et pour Françoise Giroud en tant que personne, parce qu’elle a été vraiment formidable avec moi. Elle m’a quasi-adoptée, emmenée partout. Elle a achevé, en quelque sorte, ma formation, et m’a témoigné une confiance et une affection extraordinaires.

« J’ai pu pleinement profiter de ce deuxième enseignement. Après 3 ans de Sciences-Po, j’ai eu 3 ans de Françoise Giroud. D’abord à la Condition féminine puis à la Culture. C’est la meilleure école de formation que l’on puisse recevoir. J’y ai appris énormément. J’y ai surtout fait une très belle rencontre. Nous avons noué des liens qui se sont maintenus jusqu’à la fin de la vie de Françoise Giroud. Nous sommes restées très proches. Elle m’invitait parfois chez elle, à Antibes, pour y passer des week-ends. Nous déjeunions ou dinions souvent ensemble. Elle a été témoin à mon mariage. Elle m’a prodigué beaucoup d’attention. Françoise Giroud a vraiment été très maternelle avec moi. Elle a été un phare pour moi. Je pense souvent à elle, en particulier dans mes activités actuelles au service des femmes »

Mesdames Sylvie PIERRE-BROSSOLETTE et Françoise GIROUD – ©droits réservés

Votre père, Claude Pierre-Brossolette, a été secrétaire général de la présidence de la République de 1974 à 1977. Son père, Pierre Brossolette est entré au Panthéon en 2015. Comment faire vivre cet héritage familial auprès de votre fille et vos petites-filles ?

« J’ai agi en animant la campagne pour faire entrer mon grand-père, Pierre Brossolette, au Panthéon, avec l’aide de mon père qui vivait toujours. Ma grand-mère avait essayé mais n’y était pas parvenue auprès des présidents précédents.

« Avec François Hollande, nous avons pu trouver une oreille attentive et un moment propice.  L’opinion a pu découvrir un peu mieux Pierre Brossolette car malgré les noms de rues, et de Lycées, son image n’était pas très claire. Celle de Jean Moulin était beaucoup plus forte. Avec l’entrée de Brossolette au Panthéon, les choses ont commencé à se rééquilibrer.

« J’ai agi non seulement pour la mémoire de mon grand-père mais aussi pour que ma fille, ma famille, tous ses descendants, puissent honorer la mémoire de Pierre Brossolette dans des bonnes conditions. Je pense que c’est important de transmettre l’image de ce grand-père qui était avant tout un esprit libre et courageux.

« C’est un exemple qu’il faut transmettre, non seulement à ma famille mais aussi à tous les Français. L’idée n’est pas de faire un culte familial.  Je souhaite que les Français bénéficient de cet exemple, de cette image splendide de mon grand-père qui a eu une mort tragique – il s’est suicidé pour échapper à ses tortionnaires nazis – mais aussi une vie lumineuse faite de lucidité, d’étincelles intellectuelles, de courage physique et moral. C’est un parcours extraordinaire, exemplaire, qui peut servir à chaque génération de rôle modèle.

« Il finit en héros, se jetant par la fenêtre de la Gestapo, avenue Foch, pour ne pas parler. Mon père était à ce moment-là au Lycée Français de Londres, qui était situé au Nord de l’Angleterre. Au début de la Guerre, en 1942, lorsque mon grand-père était parti pour Londres, les Allemands le recherchaient. Ils ont essayé de faire parler ma grand-mère et ses deux enfants. Ils ont trouvé dans la chambre de mon père affichée une carte d’Europe barbouillée d’une inscription flamboyante « Vive Churchill, Vive de Gaulle ! ».

« Mon père avait 14 ans. Les Allemands espéraient que ce jeune garçon saurait peut-être des choses sur son père. Ils sont allés le cueillir au Lycée. Ils l’ont gardé pendant 48 heures en le cuisinant. Mon père a très bien tenu le coup.

« Ceci en répétant la version qui avait été arrangé en famille, avant le départ de mon grand-père pour Londres, à savoir que ce dernier était parti avec une belle blonde et que son épouse, ma grand-mère, pleurait à chaudes larmes le départ de son mari. Mon père n’a pas craqué.

« C’est pour cela qu’il a été médaillé de la Résistance. C’est l’un des plus jeunes. »

 

Comment s’est déroulé votre expérience journalistique à l’Express ?

« C’était intéressant. J’ai pu entrer au service politique. Je connaissais la politique mais pas encore le journalisme. J’ai fait mon apprentissage de journaliste auprès de bons professionnels. Je n’ai pas été accueillie à bras ouvert ; cela a été difficile. Il a fallu que je fasse mes preuves. Ce que j’ai fait peu à peu. Mes collègues se demandaient si j’étais vraiment sérieuse. Si j’allais rester. Si je n’allais pas me marier, avoir des enfants et cesser de travailler. Je me suis marié. J’ai eu un enfant. J’ai continué de travailler.

« J’ai fait mes preuves mais cela a été très long, pour que je devienne Cheffe de service. C’était une époque où l’on ne confiait pas encore de responsabilités aux femmes. Cela a pris 17 ans. 17 ANS !!! C’est Christine Ockrent qui m’a nommée Cheffe du service politique. À partir de là, que ce soit à L’Express, au Figaro Magazine ou au Point, je n’ai pas eu de difficultés pour que l’on me confie des responsabilités. C’est le premier pas qui est le plus difficile. C’était une autre époque même si tout n’est pas encore facile pour mes jeunes consœurs »

Quel regard portez-vous sur votre expérience de directrice littéraire chez Hachette Littératures et de directrice de collection aux Éditions Fayard ?

« La fin de L’Express a été un peu brutale. Il y a eu un changement de propriétaire. Christine Ockrent a été démissionnée. De même que moi, qui dirigeais le service politique, et toute mon équipe. Christine Ockrent a été remplacée par Denis Jeambar. J’ai été remplacée par Christophe Barbier. Je me suis retrouvée au chômage.

« Hachette est venu me chercher pour participer à la création d’Hachette Littératures. C’était une nouvelle petite maison d’édition au sein du groupe Hachette, qui portait ainsi la marque Hachette, ce qui n’était pas le cas, à l’époque, des autres maisons de la marque Hachette. C’était une petite maison de qualité. J’y était chargée de trouver des auteurs essentiellement politiques. J’ai commencé comme cela. C’était un nouveau métier. C’était intéressant. Nous étions installés Place Saint Sulpice.

« Un jour, Hachette Littératures a disparu du groupe Hachette On m’a affectée chez Fayard. J’ai démissionné quand je suis rentrée au CSA. Je ne pouvais pas avoir d’autres fonctions ailleurs.

« En parallèle de mes fonctions chez Hachette, j’ai continué le métier de journaliste politique en tant que pigiste au Nouvel Économiste et au Figaro Magazine. Finalement, c’est le Figaro Magazine qui a proposé de m’embaucher. J’ai accepté parce que j’y retrouvais notamment Franz-Olivier Giesbert. Je m’entendais très bien avec lui. »

Quel souvenir gardez-vous du rôle de rédactrice en chef du Figaro Magazine ?

« Cela a été plus un titre de courtoisie qu’autre chose. Je n’avais pas vraiment d’équipe. C’était une reconnaissance de mon rôle. J’ai fait beaucoup de papiers, en grande liberté. Il y avait des directeurs de rédaction que je connaissais et qui m’appréciaient, comme Franz-Olivier Giesbert, Bernard Lecomte ou Michel Schiffres.

« J’ai gardé ma liberté sur les ondes, où je continuais à être invité à droite, à gauche, à la télévision comme à la radio. En ce qui concerne mes papiers, j’écrivais, à peu près, ce que je souhaitais. »

Comment s’est déroulée votre expérience journalistique au Point ?

« Une très bonne expérience. Il se trouve que Catherine Pégard, qui s’occupait du service politique, venait de partir à l’Élysée. Franz-Olivier Giesbert, qui en était devenu le directeur, m’a proposé de la remplacer. Je suis arrivée dans un journal qui s’occupait beaucoup de politique. Ce qui m’allait bien.

« J’étais rédacteur en chef du service politique à une période où l’actualité était très dense. Nicolas Sarkozy venait d’être élu président. Cela a été passionnant. J’ai eu une équipe de très bons journalistes avec moi. Cela a si bien fonctionné que Franz-Olivier Giesbert m’a promue directrice-adjointe de la rédaction. Poste que j’ai occupé jusqu’à mon départ pour le CSA en 2013, en restant chef du service politique.

« C’est une période où j’ai énormément travaillé. Il y avait des élections tout le temps. Il y avait des évènements politiques importants. Le Point a une grande spécialité politique. Il y avait beaucoup de couvertures politiques. Les années du Point sont sans doute la période la plus dense que j’ai vécu dans le journalisme. On travaillait non-stop et moi en particulier dans la section politique, qui était très sollicitée. »

Que retenez-vous de votre rôle de membre du CSA ?

« J’ai découvert un monde que je connaissais mal, celui de l’audiovisuel. Ce n’est pas parce que je participais à des émissions que je connaissais l’envers du décor. J’ai appris ce que c’était que l’économie de l’audiovisuel, l’aspect technique des choses, les fréquences… Toute une partie dont on ne s’occupe pas lorsque l’on est journaliste politique. J’ai appris tout cela.

« J’ai pu développer une influence sociétale puisque j’avais le dossier des droits des femmes au CSA. Au même moment, le Gouvernement a voté une loi qui donnait comme responsabilité au CSA de veiller à l’image des femmes dans les médias. Pendant les 6 ans que j’ai passé au CSA, je me suis attelée à faire appliquer cette loi.

« C’est une grande fierté dans ma vie d’avoir pu faire appliquer une loi, de l’avoir fait entrer en vigueur, de l’avoir fait respecter. D’avoir pu faire progresser la présence des femmes, améliorer l’image des femmes, à la télévision et à la radio. On a, par exemple, mesuré le nombre des expertes. Elles étaient moins de 20% quand je suis arrivée. Elles sont passée à 35%. Cela reste toujours insuffisant mais c’est un sacré bond en avant.

« L’image des femmes est mieux respectée. Quand il y a eu des dérapages, j’ai pu faire condamner par le CSA, à ma demande, des manquements manifestes à l’image des femmes. On a pu faire condamner des chaînes, en l’occurrence Canal Plus, pour un dérapage de Cyril Hanouna, et NRJ, pour un dérapage de Sébastien Cauet. Le Conseil d’État a confirmé nos sanctions, qui étaient des sanctions financières importantes. J’ai fait rentrer dans la jurisprudence la manière qu’a eu le CSA d’appliquer la loi qui lui demande de veiller à l’image des femmes. J’en suis très fière. »

Comment vivez-vous votre expérience de membre de la Fondation des Femmes ?

« Lorsque j’ai quitté le CSA, j’ai rejoins Anne-Cécile Mailfert, qui est la présidente de la Fondation des Femmes. Je l’avais rencontrée deux ans auparavant, lorsqu’elle était venue me raconter ce qu’elle faisait en créant la Fondation des Femmes. Cela m’intéressait beaucoup.

« Elle avait un projet en gestation qui était de créer une Cité consacrée aux droits des femmes à Paris. Je lui ai donné un grand coup de main lors de mon arrivée en janvier 2019, pour arracher à la Mairie de Paris un lieu. Cela faisait des années que le projet était dans les tiroirs de la Mairie. Anne-Cécile Mailfert l’avait ressorti des tiroirs en se battant pour essayer de l’obtenir. Pour ma part, j’ai joué un rôle en allant voir à la fois les adjoints à la Mairie de Paris, Anne Hidalgo, son directeur de cabinet…

« J’ai fait une intense campagne afin que l’on nous donne un lieu. Je l’ai obtenu en 3 mois puisque pour le 8 mars 2019, Anne Hidalgo a pu annoncer qu’elle confiait à la Fondation des Femmes le lieu du 9 rue de Vaugirard, qui est une ancienne école primaire, pour que nous installions la Cité qui est devenue la Cité Audacieuse. Un lieu consacré aux droits des femmes où l’on abrite une trentaine d’associations dans les étages et où, au rez-de-chaussée, on organise des évènements consacrés aux femmes, des colloques, des interviews. Cela n’existait pas en France alors que cela existe à New-York, à Bruxelles et dans d’autres lieux.

« Je suis présidente de cette Cité Audacieuse. J’aide aussi Anne-Cécile Mailfert pour représenter la Fondation dans son rôle institutionnel que ce soit au Parlement, au CSA, ailleurs… Je l’aide sur tous les dossiers que je peux. Elle s’occupe beaucoup des violences faites aux femmes mais il n’y a pas que cela. Il y a encore l’audiovisuel, le travail, tous les domaines où les droits des femmes doivent être défendus. Nous faisons des rapports, nous prenons position. Je continue le combat comme cela.

« Parallèlement, j’ai été nommée présidente de la commission de la lutte contre les stéréotypes au Haut Conseil à l’Égalité Femmes – Hommes. Je m’y occupe de lutter contre les stéréotypes. Notre mission, en particulier, est de faire un rapport annuel remis au Premier ministre sur l’état du sexisme en France. Je l’ai fait l’année dernière. Je vais le faire cette année.

« On fait des focus sur certaines situations. L’an passé j’avais fait un focus sur la présence et l’image des femmes dans l’audiovisuel, notamment les émissions de téléréalité. Cette année je ferai un focus sur les femmes dans la presse écrite, qui a encore beaucoup de retard par rapport à l’audiovisuel. »

Vous êtes depuis 2019 présidente du Comité d’orientation de la Cité Audacieuse. Comment vivez-vous cette expérience ?

« Je le vis très bien. Je continue à mener le combat qui me tiens le plus à cœur, celui pour les droits des femmes et la condition des femmes. La boucle est bouclée.

« J’avais commencé avec Françoise Giroud quand j’avais 20 ans. J’ai pas loin d’un demi-siècle de plus. [Rires] je suis toujours heureuse de continuer à me battre pour les femmes. Je l’ai fait tout au long de mon parcours où cela n’a pas été facile. Il y a toujours eu un peu de machisme et de misogynie partout dans la société française. Je me suis battue. Je suis très heureuse de pouvoir continuer, que ce soit au HCE, ou à la Fondation, ou à la Cité, à œuvrer pour les droits des femmes. »

Comment vivez-vous cette pandémie ?

« Comme tout le monde, je trouve cela désagréable. J’ai dû faire très attention, réduire mes contacts, voir moins de monde.

« On a pu continuer à travailler parce que grâce à la visioconférence, on peut faire des réunions, faire des rapports. Le travail ne s’est pas arrêté, sauf pour les évènements de la Fondation qui nécessitaient des grands rassemblements. Nous avons dû mettre en veilleuse ces évènements-là.

« À la Cité Audacieuse, nous avons ouvert le 5 mars 2020. Malheureusement on a dû fermer le 12 mars suivant. Nous n’avons pas pu faire tous les évènements que nous avions prévu de faire dans le rez-de-chaussée de ce beau bâtiment mais les associations ont pu s’installer. Cela a été un peu frustrant du point de vue des réunions collectives. Maintenant cela va reprendre petit à petit. De beaux évènements sont prévus dès la rentrée prochaine. »

Quels rapports avez-vous avec les réseaux sociaux ?

« J’ai été réticente, il y a quelques années. En arrivant au CSA il a fallu, pour des raisons professionnelles, que j’ouvre un compte Twitter. Ceci pour pouvoir dire ce que l’on faisait surtout dans mes domaines. J’ai gardé ce compte-là. Finalement, cela me satisfait. Je peux ainsi participer au débat sur Twitter. Je n’en n’abuse pas.

« C’est le seul réseau social sur lequel j’apparais. C’est parce que je ne suis pas fanatique. Je trouve cela très chronophage, ces réseaux sociaux. Mais ils sont quand même très utiles malgré tous leurs inconvénients. Je me suis limitée à Twitter, pour l’instant, lorsque j’ai quelque chose à dire, pour me réjouir ou m’indigner. Cela me suffit. Je ne vais pas passer ma vie sur les réseaux sociaux. Même si je considère que cela peut être une très bonne chose de communiquer ainsi, il y a le revers de la médaille… »

 

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Un grand merci à Mme Pierre-Brossolette pour son écoute, sa bienveillance et sa participation à ce portrait.

 

Publié par RomainBGB

Franco-sicilien né en Helvetie. Co-auteur de l'ouvrage "Dans l'ombre des Présidents" paru en mars 2016 aux éditions Fayard.

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